Pétrole : les pays les plus touchés en cas de blocage du détroit d'Ormuz

Environ 14,2 millions de barils quotidiens de pétrole brut passaient au premier trimestre par le détroit d'Ormuz.
Hamad I Mohammed

Environ 14,2 millions de barils quotidiens de pétrole brut passaient au premier trimestre par le détroit d'Ormuz.
Hamad I Mohammed
Quels pays seraient les plus pénalisés en cas de blocage du détroit d'Ormuz ? Les bombardements américains contre des sites nucléaires iraniens ce week-end ont ravivé la crainte du pire scénario possible pour le marché pétrolier : la fermeture de ce passage situé au large des côtes iraniennes. Des députés iraniens ont à nouveau brandi cette menace, mais la décision reste aux mains du Conseil national de sécurité, la plus haute instance de sécurité du pays.
Environ 14,2 millions de barils quotidiens de pétrole brut ainsi que 5,9 millions de barils/jour d'autres produits pétroliers, soit environ 20 % de la production mondiale, passaient au premier trimestre par ce couloir stratégique, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). C'est la voie d'exportation quasi unique pour le brut d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, d'Irak, du Koweït, du Qatar et d'Iran.
Le premier pays touché en cas de blocage du détroit d'Ormuz serait la Chine : selon l'EIA, elle importait au premier trimestre 5,4 millions de barils/jour de brut franchissant Ormuz. L'Arabie saoudite était, l'an dernier, son deuxième plus gros fournisseur d'or noir, avec 1,6 million de barils/jour, soit 15 % de ses importations totales, selon l'EIA.
L'Iran lui-même est devenu une source importante d'hydrocarbures : il a exporté en avril 1,3 million de barils par jour vers la Chine, d'après le cabinet Kpler. La majeure partie est achetée par de petites raffineries chinoises (dites « théières ») fonctionnant indépendamment des compagnies pétrolières étatiques - une façon d'éviter à ces dernières des sanctions américaines. La Chine absorbe plus de 90 % des exportations pétrolières de l'Iran, selon Kpler.
Deuxième pays auquel ce pétrole est destiné : l'Inde, qui importait au premier trimestre 2,1 millions de barils/jour de brut passant par le détroit, selon l'EIA. Elle en est très dépendante, puisque le Moyen-Orient lui fournissait début 2025 quelque 53 % de son pétrole importé selon la presse financière locale, notamment d'Irak et d'Arabie saoudite. De quoi rendre Delhi nerveux face à l'escalade des tensions, même si le pays a gonflé depuis trois ans ses achats d'hydrocarbures russes.
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« Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour garantir la stabilité de l'approvisionnement en carburant de nos citoyens », a insisté sur X le ministre indien du Pétrole, Hardeep Singh Puri. « Nous avons diversifié nos approvisionnements ces dernières années (...) Nos distributeurs disposent de réserves pour plusieurs semaines et restent approvisionnés par plusieurs voies », a-t-il assuré, sans précisions.
Vient ensuite la Corée du Sud. Selon les chiffres du secteur pétrolier national, environ 68 % des importations sud-coréennes de brut transitent par le détroit d'Ormuz, un volume atteignant 1,7 million de barils/jours d'après l'EIA. Le pays est particulièrement dépendant de l'Arabie saoudite qui représentait l'an dernier un tiers de ses importations pétrolières, ce qui en fait le principal fournisseur du pays.
« Il n'y a eu aucune perturbation jusqu'à présent dans les importations sud-coréennes de pétrole brut et de GNL (gaz naturel liquéfié), mais une crise d'approvisionnement pourrait survenir selon l'évolution de la situation », a reconnu le ministère sud-coréen de l'Énergie dans un communiqué. « Le gouvernement et les acteurs du secteur se sont préparés aux situations d'urgence en maintenant une réserve stratégique de pétrole équivalant à environ 200 jours d'approvisionnement et des stocks de GNL suffisants ».
En quatrième position, le Japon importe 1,6 million de barils/jour de brut franchissant le détroit d'Ormuz (source EIA). Et selon les chiffres des douanes japonaises, 95 % du pétrole brut importé par l'archipel l'an dernier venait du Moyen-Orient. Les compagnies de fret énergétique du pays ont d'ailleurs déjà commencé à s'adapter : « Nous prenons actuellement des mesures pour réduire autant que possible le temps passé par nos navires dans le Golfe », a indiqué Mitsui OSK à l'AFP.
Parmi les autres destinations du brut traversant le détroit d'Ormuz figuraient au premier trimestre le reste de l'Asie (2 millions de barils/jour), en particulier la Thaïlande et les Philippines, mais aussi l'Europe (0,5 million) et les États-Unis (0,4 million).
Les pays asiatiques pourraient tenter de diversifier leurs sources d'approvisionnements - notamment en musclant leurs achats d'hydrocarbures américains - mais impossible de remplacer les importants volumes du Moyen-Orient.
À court terme, « les stocks mondiaux élevés de pétrole, les capacités de réserve disponibles de l'OPEP+ et la production de gaz de schiste américaine pourraient constituer une certaine protection », tempèrent les experts de la banque MUFG.
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L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d'infrastructures permettant de contourner le détroit d'Ormuz, ce qui pourrait atténuer quelque peu d'éventuelles perturbations, mais leurs capacités de transit évaluées par l'EIA à environ 2,6 millions de barils/jour restent très limitées. Et l'oléoduc Goreh-Jask établi par l'Iran pour exporter via le golfe d'Oman, inactif depuis l'an dernier, n'a qu'une capacité maximale de 300 000 barils/jour, toujours selon l'EIA.
(Avec AFP)