Veolia rachète Clean Earth pour 3 milliards et double sa taille dans les déchets dangereux américains
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Estelle Brachlianoff, DG de Veolia environnement.
LTD/Pierre Morel
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Estelle Brachlianoff, DG de Veolia environnement.
LTD/Pierre Morel
Veolia Environnement confirme sa détermination à s’imposer sur le marché nord-américain. Le groupe a conclu l’acquisition du spécialiste américain du traitement de déchets dangereux, Clean Earth, détenu par Enviri, pour une valeur d’entreprise de 3 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros). Le montant global payé en numéraire s’élève à 3,04 milliards de dollars.
Cette opération, qualifiée par la directrice générale, Estelle Brachlianoff, de « plus transformante depuis celle de Suez » en 2022, va permettre à Veolia de « doubler de taille » dans ce segment aux États-Unis. Le chiffre d’affaires de la division Déchets dangereux aux USA passera ainsi de 1,2 milliard de dollars à 2,2 milliards de dollars, portant l’activité totale du groupe dans le pays à 6,3 milliards de dollars. L’objectif est de « créer ainsi un numéro 2 dans le domaine » et de « libérer tout le potentiel de valeur » de ces activités.
L’acquisition de Clean Earth est assortie d’une ambition financière claire. Veolia s’attend à générer des synergies de 120 millions de dollars qui seront entièrement réalisées dans les quatre ans suivant la finalisation, attendue d’ici au milieu de l’année 2026. L’opération reconfigure la performance attendue de la division Déchets dangereux. Le chiffre d’affaires global de cette division atteindra 5,2 milliards d’euros (soit 5,99 milliards de dollars). Veolia annonce relever ses ambitions pour cette activité et vise désormais une croissance de l’Ebitda d’au moins 10 % sur la période du programme stratégique GreenUp (2024-2027), avec une marge d’Ebitda ciblée de 17 %. La valeur d’acquisition représente 9,8 fois l’Ebitda estimé pour 2026 après synergies.
L’IA, les semi-conducteurs et la santé : moteurs d’une demande « très forte »
Le segment des déchets dangereux est considéré comme « particulièrement robuste », notamment aux États-Unis. Il s’agit d’un service essentiel pour les industries clés en pleine transformation ou en phase de relocalisation, comme les industries de pointe, les semi-conducteurs, l’énergie propre et la santé.
Estelle Brachlianoff a identifié le boom de l’Intelligence Artificielle (IA) comme une opportunité lucrative. La gestion des déchets générés à chaque étape de la chaîne de valeur de l’IA – de la fabrication des puces à l’élimination du matériel obsolète des centres de données – représente un nouveau pan d’activité à forte valeur ajoutée.
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La dirigeante souligne l’enjeu de santé publique du traitement des polluants. Elle a notamment cité le traitement des PFAS, qualifiés de « polluants éternels ». Ce marché est soutenu par une demande structurelle, « quels que soient les soubresauts ici ou là en matière macroéconomique ou géopolitique », et reste « sous contrôle strict » même face à l’assouplissement de certaines réglementations climatiques par l’administration Trump.
L’intégration de Clean Earth offre à Veolia une couverture géographique nationale qu’elle ne détenait pas auparavant. La société américaine apporte un portefeuille d’actifs « hautement complémentaire », composé de 82 sites, incluant 19 installations de traitement, stockage et d’élimination autorisées par l’Environmental Protection Agency (EPA), ainsi que plus de 700 permis d’exploitation.
L’acquisition permet à Veolia de s’implanter dans dix nouveaux États, couvrant des régions jusque-là peu desservies comme le Sud-Est ou le Nord-Ouest Pacifique. Cette présence nationale renforcée offre une plateforme pour vendre les autres services du groupe, notamment le traitement de l’eau et l’efficacité énergétique, à une base de clientèle élargie.
Rééquilibrage Europe/Monde : Le cap vers le 50-50
Cette offensive américaine est une étape clé pour rééquilibrer le portefeuille d’activités de Veolia. Actuellement, l’Europe représente environ 60 % de l’activité. L’objectif d’Estelle Brachlianoff est de tendre vers un équilibre 50-50 avec le reste du monde (États-Unis, Moyen-Orient, et autres zones).
Toutefois, le groupe maintient une position de prudence sur l’activité de recyclage au sens large aux États-Unis, citant des conditions de marché défavorables : faible intérêt public, promotion des plastiques vierges par l’industrie des combustibles fossiles, et une réglementation du recyclage « incohérente ».
L’opération sur Clean Earth s’accompagnera d’une accélération des cessions d’actifs « matures ». Veolia prévoit 2 milliards d’euros supplémentaires de rotation d’actifs dans les deux années suivant l’acquisition, portant le total à 8,5 milliards d’euros depuis le lancement de GreenUp. Ces cessions concerneront les activités dont la « croissance des résultats a moins de perspectives ».
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