LE GRAND RETOURNEMENT DU CONSEIL RSE (3/3). Face à la rétractation de leur marché, les cabinets de conseil en transition opèrent un pivot stratégique. Le discours éthique cède la place aux arguments de rentabilité financière et de résilience économique.
« Dès que vous placez l’acronyme RSE (responsabilité sociale des entreprises, ndlr) dans l’intitulé d’une conférence, c’est fichu. Les dirigeants d’entreprise ne viennent plus. » Le constat de Sarah Guereau, responsable RSE dans le cabinet d’expertise comptable Crowe Fideliance, résume le virage à 180 degrés du secteur.
Pour remplir les ateliers de sa « Journée de l’impact », en février dernier, la commissaire aux comptes a dû revoir tout son lexique : exit l’impact écologique, sa structure parle désormais d’« arguments économiques » et de « résilience des modèles d’affaires ».
C’est là tout le paradoxe du conseil en transition environnementale et sociale : «La RSE recule comme marché, mais devient une exigence implicite du business», affirme une étude publiée par Syntec début juin. «En réalité, les entreprises n’ont jamais autant pris à bras le corps les problématiques de durabilité », veut-on croire chez Haatch, un pure player du secteur. « Seulement, le vocabulaire change, et les demandes avec. »
De la contrainte légale à la survie économique
Car ce segment n’est pas mort : il se « recalibre », pointe-t-on du côté du géant de l’audit EY. Entre le coup de frein de la directive Omnibus en Europe, le détricotage de l’IRA (Inflation Reduction Act) aux États-Unis, l’instabilité géopolitique et le déploiement de l’intelligence artificielle, les entreprises ont traversé une phase d’attentisme et gelé leurs dépenses de conseil.
« Mais c’est précisément dans ce type d’environnement qu’elles doivent évaluer les risques pesant sur leurs actifs en propre ou leur chaîne de valeur, et bâtir des scénarios de résilience », observe Alexis Gazzo, chef de l’équipe « Climate Change & Sustainability Services » chez EY.
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Résultat : ce n’est plus la seuletraction réglementaire qui « pousse le wagon » du conseil en transition et durabilité, mais les impératifs de performance. Voire de survie économique. « Quand la totalité des approvisionnements d’une entreprise, qui constituent l’essentiel de son chiffre d’affaires, sont à risque majeur dans moins de 10 ans à cause du changement climatique ou de l’érosion de la biodiversité, les sujets de durabilité prennent un éclairage stratégique », souligne-t-on chez PwC.