Les députés ont approuvé jeudi la nouvelle trajectoire budgétaire de la loi de programmation militaire, prévoyant 36 milliards d’euros supplémentaires pour les armées d’ici 2 030. Mais l’examen du texte reste suspendu, faute de temps dans un agenda parlementaire saturé.
L’Assemblée nationale a franchi jeudi une étape clé dans l’actualisation de la loi de programmation militaire (PPM). Les députés ont adopté l’article central du texte, qui prévoit 36 milliards d’euros de crédits supplémentaires pour les armées sur la période 2024-2030.
Le projet porte désormais à 436 milliards d’euros les investissements budgétaires consacrés à la défense sur l’ensemble de la période, contre 400 milliards prévus dans la précédente programmation adoptée en 2023.
Dans un hémicycle largement déserté à la veille des commémorations du 8-Mai, le Rassemblement national et le Parti socialiste se sont abstenus, tandis que La France insoumise a voté contre.
Missiles, obus et drones au cœur du réarmement
Pour la ministre des Armées, Catherine Vautrin, cette révision budgétaire traduit la « nécessité d’accélérer » le réarmement français à la lumière des conflits récents, de l’Ukraine au Proche-Orient.
Le texte prévoit notamment 8,5 milliards d’euros supplémentaires pour les munitions, portant l’effort total à 26 milliards d’euros sur la période. Les drones bénéficient également d’un renforcement marqué, avec deux milliards d’euros additionnels, pour un total de 8,4 milliards.
L’exécutif veut ainsi adapter les capacités françaises aux nouvelles réalités des conflits contemporains, marqués par l’usure des stocks, la guerre de haute intensité et l’usage massif des drones.
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Selon cette trajectoire, le budget annuel des armées atteindrait 76,3 milliards d’euros en 2030, soit environ 2,5 % du PIB.
Des critiques sur le financement de l’effort militaire
Cette montée en puissance militaire suscite toutefois des réserves jusque dans l’opposition. Le RN accuse Emmanuel Macron de vouloir « forcer la main » du futur président élu en 2027, estimant qu’une nouvelle majorité pourrait remettre à plat la programmation.
À gauche, les critiques se concentrent sur le financement du réarmement. Le député LFI Bastien Lachaud a dénoncé l’absence de nouvelles recettes fiscales pour accompagner cet effort budgétaire, estimant qu’il risque de se faire au détriment des dépenses sociales et des services publics.
Le texte prévoit bien 13,3 milliards d’euros de ressources additionnelles, issues notamment de recettes immobilières ou du service de santé des armées, mais celles-ci restent partielles au regard de l’effort global.
L’examen du projet de loi n’est toutefois pas achevé. Les députés ont passé l’essentiel de la semaine à débattre du rapport annexé à la PPM, document sans portée normative mais politiquement sensible car il détaille les priorités stratégiques du réarmement.
Parmi les mesures adoptées figure un encadrement renforcé des publications d’agents ou anciens agents du renseignement. Le gouvernement pourrait contrôler certaines « œuvres de l’esprit » avant publication afin d’éviter la divulgation d’informations sensibles.
Les députés ont également validé un article élargissant l’usage d’algorithmes par les services de renseignement pour analyser les données de connexion sur internet, notamment dans la lutte contre la criminalité organisée ou pour la défense nationale.
Mais les débats ont pris du retard : environ 270 amendements restaient encore à examiner jeudi soir. Une reprise des discussions pourrait intervenir autour du 18 mai, dans un calendrier parlementaire déjà fortement encombré.