Dans une note publiée ce mercredi, le Conseil d’analyse économique (CAE) détaille les freins structurels à la défense européenne. Malgré une hausse prévue des budgets à 3,5 % du PIB d'ici à 2035, le continent reste entravé par sa dépendance aux États-Unis, la fragmentation de son industrie et un décrochage technologique massif.Les informations à retenir
Un réarmement européen en « ordre dispersé »
La note du CAE révèle que les importations américaines d'armement ont augmenté dans la période allant de 2020 à 2024.
En raison de la fragmentation du marché européen, les pays de l'Union utilisent 98 systèmes d'armes majeurs contre 18 aux États-Unis.
En 2024, les dépenses de recherche et développement militaire cumulées des pays de l’Union atteignent environ 13 milliards d’euros, contre plus de 80 milliards de dollars aux États-Unis.
Dans une note publiée ce mercredi, le Conseil d’analyse économique (CAE), rattaché au Premier ministre, analyse les implications du réarmement européen. Derrière l’augmentation rapide des dépenses se cachent trois défis structurants : la dépendance industrielle aux États-Unis, la fragmentation du marché européen de la défense et le retard technologique du continent. Ces obstacles pourraient limiter l’efficacité économique du processus.
Une autonomie stratégique bridée par Washington
La guerre en Ukraine et la dégradation de l’environnement stratégique ont bouleversé les budgets militaires européens. Après trois décennies de baisse, les dépenses progressent pour atteindre près de 2 % du PIB en moyenne en 2025. Cet objectif avait été fixé initialement en 2014 par les alliés de l’Otan. Les pays européens visent désormais 3,5 % d’ici à 2035. Pour sécuriser la réussite de cet objectif, les auteurs recommandent d'actualiser la loi de programmation militaire (LPM). Cette montée en puissance, comparable à celle de la guerre froide, représente, selon eux, « à la fois un coût, un défi et une opportunité stratégique ».
Pourtant, ce réarmement reste largement dépendant des capacités américaines. L’Europe s’appuie encore sur les États-Unis pour des fonctions clés comme le renseignement, la logistique ou la planification militaire. Cette dépendance est aussi industrielle : un tiers des équipements militaires achetés par les pays européens est importé. Plus de la moitié de ces importations proviennent des États-Unis.
En somme, la défense européenne reste intégrée au système de l’Otan. Elle repose fortement sur les capacités américaines en matière de commandement, de renseignement, de logistique et de parapluie nucléaire. La part américaine dans les importations européennes d'armement est passée de 41 % sur la période 2015-2019 à 53 % entre 2020 et 2024.