Industrie de défense : les obstacles persistent malgré les besoins croissants

La 5e édition du Sommet aéronautique et spatial de Bordeaux Métropole a réuni plus de 600 personnes à Bordeaux le 25 novembre.
Quentin Salinier

La 5e édition du Sommet aéronautique et spatial de Bordeaux Métropole a réuni plus de 600 personnes à Bordeaux le 25 novembre.
Quentin Salinier
Troisième région française dans le secteur de l’aéronautique, du spatial et de la défense (ASD) avec 13 % de l’activité nationale, la Nouvelle-Aquitaine grimpe même sur la première marche en matière d'aéronautique de défense. « Ici, il y a les industriels, le Commandement territorial de l’armée de l’air et de l’espace, la Direction de la maintenance aéronautique, c'est-à-dire tout ceux qui passent les commandes », dépeint Marie Récalde, députée de le 6ème circonscription de la Gironde.
Côté fournisseurs, il y a les grands donneurs d’ordre mais aussi de jeunes pousses. Ainsi, à proximité des chaines d’assemblage final de Dassault Aviation à Mérignac, qui fonctionne sur un modèle dual (civil et militaire), la technopôle Bordeaux Technowest accueille des start-up comme Aerix Systems spécialisée dans les drones à propulsion omnidirectionnelle qui se positionne notamment sur la lutte anti-drone.
Mais si les besoins augmentent et s’accélèrent, « la supply chain souffre dans un contexte géostratégique et géopolitique mouvant », insiste Marie Récalde. « Le temps industriel n’est pas celui de la puissance publique, ni des organismes bancaires. C’est encore plus difficile, trop difficile pour les entreprises et en particulier les plus petites », ajoute-t-elle.
Cette inertie et ces difficultés de financement, Aerix les connaît bien : « Cela commence à changer depuis le début de l’année, mais ça ne va pas jusqu’aux gestionnaires de dossier. Et si, en ce qui nous concerne, nous avons réussi à lever les verrous, il nous a fallu un an », explique Hugo Mayounove, co-fondateur et président d’Aerix.
Il ajoute à cela, une concurrence allemande très en avance grâce à des commandes publiques massives qui font émerger des champions européens en train d’inonder le marché, et pointe du doigt des blocages sur le contrôle à l'export. « Fin 2024, la lutte anti-drone est tombée dans la catégorie matériel de guerre. Cela a nécessité huit mois de délais supplémentaires pour pouvoir exporter des solutions qui sont aujourd'hui vitales pour nos partenaires européens, nos alliés et l’Ukraine », souligne Hugo Mayounove.
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Le colonel Emmanuel Taboni, adjoint au chef d’état major du Commandement territorial de l’armée de l’air et de l’Espace (CTAAE), était précisément là pour témoigner du changement de paradigme. « Le maintien en condition opérationnelle (MCO) de contrat, qui suit une logique très normative, a basculé vers un MCO de combat, agile et fondé sur une approche par le risque. » Des risques non conformes aux référentiels habituels, mais nécessaires à la mission.
Et si, à la fin, « c’est l’opérationnel qui décide, il embarque toute la chaîne industrielle pour faciliter la prise de décision », fait valoir le colonel Emmanuel Taboni. Un outil d’aide à la décision, Adara, a ainsi été réalisé avec Safran Helicopters Engines à Tarnos dans les Landes.
C’est précisément la force de la Nouvelle-Aquitaine, rappelle Marie Récalde. « Ici, les forces armées parlent à ceux qui fabriquent et ceux qui fabriquent parlent à ceux qui utilisent, l’idée étant de toujours de s’adapter aux besoins des forces. »
Dassault appuie ainsi l'Armée de l'air et les Forces armées à l’occasion d’exercices. « Nous essayons d’injecter un petit peu plus de réactivité », glisse Eric Bernard, directeur général du soutien militaire de Dassault. « Si l’entreprise s’est renforcée sur Mérignac ces dernières années, c'est aussi avec une volonté forte de rapprocher les bureaux d'études des lieux où il y a des avions, de l'objet physique », ajoute-t-il.
Mais les échanges en proximité ont beau être de rigueur en Nouvelle-Aquitaine, il reste à synchroniser le temps de l’Etat avec celui des armées et des industriels. « L'idée est aussi de modifier un peu les règles de prise de commande publique », ajoute Marie Récalde, qui siège à la commission de la Défense nationale et des forces armées à l’Assemblée nationale. La députée précise qu’un amendement sur le budget a été déposé sur « la proposition d'une enveloppe de subsidiarité qui, par commandement de région, pourrait permettre d'accélérer la prise de commande. »