Sur le champ de bataille comme autour des infrastructures critiques, la lutte anti-drones est devenue une priorité des armées et autorités européennes et, par ricochet, des industriels. Mais ce nouvel espace de combat en constante évolution représente un défi particulièrement complexe.Essaims de drones dévastateurs en Ukraine, opérations spéciales menées en Russie, survols suspects d’aéroports européens… La lutte anti-drones fait les gros titres de l’actualité ces dernières semaines marquant une prise de conscience politique sur la réalité de ce danger diffus, évolutif et imprévisible. « La lutte anti-drones n’a pas été considérée comme prioritaire jusqu’à très récemment. On voit qu’il a fallu un incident pour déclencher des investissements », observe Loïc Brivezac, le directeur d’Hologarde, une filiale du groupe ADP dédiée à la lutte anti-drones.
Alors que les dirigeants de l’Otan et des pays européens discutaient à Bruxelles d’un « mur anti-drones » à l’Est de l’Europe, le sujet était largement discuté lors de l’UAV Show, le Salon européen du drone qui s’est tenu à Bordeaux du 13 au 15 octobre.
« Tout s’est accéléré depuis deux ans avec les essaims de drones pour taper des cibles qui sont devenus courants et accessibles à n’importe qui », note Vincent Van Steenbergen, directeur général de Thinkdeep, une start-up qui développe des logiciels de reconnaissance automatique des drones. « C’est d’autant plus délicat que la lutte anti-drones se trouve à la frontière des défenses terrestres et aériennes et qu’elle déstabilise donc toutes les deux », illustre le colonel de l’Armée de l’air et de l’espace Jérôme Fleith.
Une menace permanente et diffuse
Car c’est bien la principale difficulté de la lutte anti-drones : cette nouvelle menace est multiforme, avec des appareils de plusieurs mètres et d’autres de quelques grammes, en constante évolution et nécessite des délais de réponse extrêmement rapides. La plupart des drones parcourent un kilomètre en une minute tandis que les plus rapides volent à 200 km/h. « L’enjeu principal c’est de se donner du temps pour pouvoir prendre une décision éclairée. Il faut être en mesure de détecter, caractériser, suivre et neutraliser des cibles de manière très rapide », pointe Julien Charrier, responsable de Retia, une filiale du fabricant français de radars Asman.