"Nous avons besoin de déboucher sur le Tigre standard 3" (Général Thierry Burkhard)

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Une Formule 1 va gagner la course mais elle n'est pas soutenable sur un théâtre d'opérations. Moi, ce que je veux, c'est gagner la guerre. Oui, il faut conserver une certaine supériorité technologique mais si c'est pour disposer d'une F1 qui est efficace seulement sur un circuit avec une écurie autour d'elle, c'est un leurre. Il ne faut donc pas se laisser entraîner dans la très haute technologie. (Général Thierry Burkhard, chef d'état-major de l'armée de Terre)
"Une Formule 1 va gagner la course mais elle n'est pas soutenable sur un théâtre d'opérations. Moi, ce que je veux, c'est gagner la guerre. Oui, il faut conserver une certaine supériorité technologique mais si c'est pour disposer d'une F1 qui est efficace seulement sur un circuit avec une écurie autour d'elle, c'est un leurre. Il ne faut donc pas se laisser entraîner dans la très haute technologie". (Général Thierry Burkhard, chef d'état-major de l'armée de Terre) (Crédits : Reuters)
Dans une longue interview accordée à La Tribune, le chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Thierry Burkhard, aborde sa vision de l'armée de Terre, notamment dans le domaine capacitaire. Alors que le programme Scorpion est actuellement en cours de livraison, il souhaite désormais avancer rapidement sur la modernisation du segment lourd dans le cadre du programme Titan (char du futur MGCS, artillerie du futur CIFS, engins du génie, Tigre Mk3). Mais il met également en garde ses troupes de ne pas se laisser entraîner dans la très haute technologie.

LA TRIBUNE : Quelle est votre vision sur le débat « rusticité versus technologie » ?
GENERAL THIERRY BURKHARD :
C'est un faux débat de dire qu'il faut plus de technologie et moins de matériel. Il faut bien sûr moderniser nos matériels mais cela doit se faire avec des coûts raisonnables. La technologie ne doit pas augmenter les coûts de manière inconsidérée. La question que l'armée de Terre doit clairement se poser, c'est comment elle peut soutenir tous ses systèmes d'armes qui ont nécessairement un certain niveau technologique. Une Formule 1 va gagner la course mais elle n'est pas soutenable sur un théâtre d'opérations. Moi, ce que je veux, c'est gagner la guerre. Oui, il faut conserver une certaine supériorité technologique mais si c'est pour disposer d'une F1 qui est efficace seulement sur un circuit avec une écurie autour d'elle, c'est un leurre. Il ne faut donc pas se laisser entraîner dans la très haute technologie. Il faut que nos systèmes d'armes soient toujours relativement résilients et stables et qu'en plus, ils soient capables de fonctionner en mode dégradé. Un des défis de l'armée de Terre est de savoir toujours poursuivre sa mission en mode dégradé.

Mais l'expression du besoin, ce sont bien les armées qui la donnent...
... Il faut qu'on soit, nous militaires, raisonnables dans l'expression du besoin et qu'on ne se laisse pas entraîner par les industriels, qui vont naturellement et logiquement essayer de développer ce qu'ils peuvent faire de mieux. Nous, en tant que praticiens, il faut qu'on soit capable de faire des choix de compromis en leur disant : "votre projet paraît fabuleux, mais, en fait, sur le terrain, je n'arriverai pas à le mettre en œuvre". Sur la bande sahélo-saharienne (BSS), qui n'est pas un théâtre de haute intensité mais qui est un théâtre très dur et très abrasif, nous avons du mal à soutenir certains équipements. C'est probablement parce que nous n'avons pas réussi à trouver le bon équilibre dans nos choix antérieurs. Dans la définition des besoins, nous devons être très vigilants sur ce paramètre.

Pour gagner la guerre au sol, la technologie reste-t-elle déterminante ?
Pour ne pas être dépassés d'emblée, nous devons disposer de systèmes d'armes qui soient le plus en avance possible sur le plan technologique. Mais, compte tenu de l'évolution très, très rapide de la technologie, il faut que nous ayons également une vraie réflexion de fond sur l'évolutivité et l'agilité avec laquelle nous faisons évoluer nos programmes. Par exemple, entre les premiers véhicules blindés Griffon livrés actuellement et les derniers qui le seront en 2033, il y aura plus de dix ans. On voit bien que durant cette période, il y aura forcément des nouvelles technologies à intégrer sur le Griffon. On doit probablement réfléchir à une nouvelle façon de conduire les programmes en partenariat avec l'état-major des armées (EMA) et la direction générale de l'armement (DGA).

Tenez-vous compte dans votre réflexion du coût de possession d'un programme ?
Bien sûr. Le coût de possession est un enjeu financier mais aussi humain. Combien d'heures faut-il pour entretenir un matériel ? Peut-on l'entretenir facilement ? Quelle est la qualification des gens ? Dans le cas d'une Formule 1, s'il ne faut que des mécaniciens, qui soient tous ingénieurs, je n'y arriverai pas. On aura peut-être développé un équipement qui, sur le papier, me donnera la supériorité technologique et opérationnelle sur l'adversaire, mais si je n'arrive pas à le mettre en œuvre en raison de sa soutenabilité, in fine je n'aurais pas gagné.

Quand vous dites que vous n'avez pas trouvé la bonne balance en BSS pour les équipements, qu'est-ce que cela veut dire exactement ?
La BSS est un filtre extrêmement rigoureux et sans concession. En BSS, on voit bien qu'il y a des matériels qu'on arrive à entretenir relativement facilement, y compris dans les situations les plus rustiques. Et il y a des matériels pour lesquels l'entretien est plus lourd et plus complexe, même s'il fonctionne très bien. Par exemple, le temps d'entretien et l'empreinte logistique des NH90 (hélicoptère tactique, ndlr) pour ce type de théâtre sont encore très importants. Heureusement, tous les acteurs travaillent pour améliorer cela et on va progresser. Mais ce constat montre bien qu'au départ, la soutenabilité n'a probablement pas été suffisamment prise en compte. Pour moi, la priorité c'est disposer de matériels dont l'emploi va être efficace et soutenable.

Ce problème de soutenabilité du NH90, l'Armée de Terre doit le régler puisqu'à l'horizon de 2030, la flotte de NH90 devrait s'élever à 115 appareils à l'issue des retraits de service des Puma, des Cougars...
La modernisation va effectivement permettre d'uniformiser la flotte des hélicoptères de l'armée de Terre. Cela concerne surtout les hélicoptères de manœuvre. Nous avons une flotte très diversifiée : les Puma, qui sont le matériel le plus ancien, les Cougar, les Caracal et les NH90. Nous devons avoir une vraie réflexion sur la gestion de la fin de vie et le retrait de certains types de machines, pour pouvoir mieux se concentrer sur un nombre de types d'appareils plus réduit. Car conserver un type d'appareil, cela veut dire qu'il faut continuer à former des pilotes et des mécaniciens pour ce type d'appareil, mais aussi continuer à disposer de stock de pièces pour la maintenance, de l'outillage. D'où l'intérêt de prendre rapidement une décision tout en prenant bien en compte l'ensemble des paramètres, et prioritairement le besoin opérationnel. Mais l'objectif est de disposer au final le plus rapidement possible d'une machine moderne et efficace en dépit des éventuels défauts de jeunesse lors de sa mise en service.

Êtes-vous rassuré par Airbus Helicopters ?
Nous avons parlé de la soutenabilité avec Airbus Helicopters. Ils en sont parfaitement conscients. Le HIL (Hélicoptère interarmées léger, ndlr) est dérivé d'une plateforme civile avec un gros retour d'expérience. Airbus Helicopters dispose là d'une plateforme qui a déjà absorbé d'éventuels défauts de jeunesse. En tout cas, ils ne sont pas en découverte. Mais nous aussi, nous devons être raisonnables et ne pas demander trop de modifications et d'ajouts sur cette plateforme, qui se traduiraient par une augmentation de la masse. Une augmentation trop importante de la masse pourrait nécessiter de changer la motorisation et donc de sortir de l'épure initiale qui est le choix d'un hélicoptère déjà éprouvé, avec une certaine maturité, gage d'un emploi soutenable.

Pour vous, la ligne jaune à ne pas franchir, c'est donc la motorisation...
...
si on augmente inconsidérément le poids de la machine, il faudra qu'on change la motorisation. Dans ce cas de figure, nous perdons l'avantage d'avoir une plateforme éprouvée.  Nous ne voulons pas perdre la maturité du H160. Par ailleurs, nous sommes très heureux d'être les premiers à recevoir cet appareil. Ce programme a été avancé, ce qui est une bonne décision. Car si le HIL arrive en avance et tient ses promesses, cela va nous permettre de mieux gérer la fin de vie de la flotte Puma.

Si l'Allemagne renonce à la modernisation des Tigre, qu'est-ce qui se passe pour les Tigre français, qui sont un équipement très important pour l'armée de Terre ?
Pour l'armée de Terre française, comme pour l'armée de Terre allemande, on ne peut vouloir être une armée de premier rang en Europe, une armée de référence, être capable de faire de la haute intensité et ne pas avoir une composante aéro-combat intégrée. On le voit pour toutes nos opérations : la composante aéromobile est indispensable. Elle produit des effets très significatifs sur le terrain et sur l'ennemi. Elle passe par le NH90, le HIL qui arrive, et le Tigre, qui avait été le premier hélicoptère de nouvelle génération. Bien évidemment, il faut que cette composante reste à un niveau technologique suffisant pour pouvoir être engagée au combat. D'où le Tigre standard 3. On possède cette machine en commun avec les Allemands et les Espagnols. Nous avons beaucoup de projets industriels et capacitaires en commun avec les Allemands ce qui est le reflet de la solidité et de l'importance de la relation franco-allemande au niveau politique. Le binôme franco-allemand fonctionne bien dans de nombreux domaines et tout particulièrement celui de la formation initiale croisée de certains de nos officiers, à un niveau probablement sans équivalent.

Ce qui est un peu moins vrai au niveau opérationnel ?
Sur la partie entraînement, notre partenariat fonctionne relativement bien aussi, même s'il faut encore améliorer la coordination entre nos cycles de préparation opérationnelle. Sans surprise, l'armée de Terre française a un cycle qui prend en compte son engagement permanent et reste à un niveau élevé en OPEX. C'est moins vrai pour l'armée de Terre allemande. Mais la priorité qui doit être donnée à la préparation à la haute intensité et sur laquelle nous avons une évaluation assez similaire va logiquement faciliter les choses.

Dans le domaine capacitaire, existe-t-il des divergences entre les deux armées ?
A ce stade, sur les sujets capacitaires et industriels, mon homologue, comme moi, ne sommes pas en première ligne. Mais nous avons besoin de déboucher sur le Tigre standard 3. Nous avons besoin d'avancer sur le MGCS (Main Ground Combat Systems, ndlr) et nous en avons parlé ensemble avec mon homologue, le général Mais.

Mais si les Allemands ne modernisent pas leur Tigre, que faites-vous ?
Moi, j'en ai besoin. Et je pense que les Allemands ont également besoin d'une composante aéro-combat modernisée, tout comme les Espagnols.

On a quand même l'impression qu'ils hésitent...
... Je pense que les Allemands sont encore dans la phase de négociation avec les industriels ; il peut arriver que tout n'aille pas aussi vite qu'on le voudrait.

Cela veut-il dire que vous êtes prêts à avoir une modernisation, entre guillemets, dégradée ?
Chaque chose en son temps.

Les Allemands ont déjà renoncé au missile MHT...
Je ne tire pas de conclusion sur ce sujet. Nous avons déjà aujourd'hui des missiles différents sur nos Tigre.

Sur le MGCS, les observateurs ont l'impression qu'il y a une approche différente entre l'armée de Terre française, qui veut un système disruptif, et les Allemands qui souhaitent simplement un Leopard + ?
Je ne sais pas si les Allemands veulent un Leopard 3 et nous un système disruptif. C'est justement ce à quoi servent les études qui ont commencé. Nous avons deux officiers à Coblence dans l'équipe de projet commune depuis l'été 2020. Nous devons maintenant imaginer quelle sera la composante lourde dont nous aurons besoin en 2035/2040.

Mais entre un pays qui s'engage dans les opérations extérieures et un autre pays qui privilégie la défense collective, le concept d'un char de combat semble si éloigné...
... Sur le segment lourd, Français et Allemands se rejoignent plus facilement. Sur le segment médian et le segment léger, nous n'avons pas effectivement la même approche. On emploie nos véhicules au combat. Eux, en revanche, ils ont un segment médian qui est assez lourd et est plutôt en appui direct de leur segment lourd avec la même vocation d'engagement que le segment lourd. Cela n'est pas notre cas, mais nous, on cherche à trouver un équilibre, lié à notre expérience opérationnelle. Sur la définition du MGCS, qui est en cours, je n'ai pas de crainte sur le fait qu'on arrive à s'entendre.

Quelle est votre vision sur le futur char ?
Nous avons lancé la Task force Vulcain pour justement tenter de définir les grandes lignes de ce programme. Cette initiative doit nous forcer, nous, armée de Terre, non pas à réfléchir à demain matin, mais après-demain, voire après, après-demain. Ce qui n'est pas si facile pour nous car nous sommes naturellement plus accrochés au concret. Nous travaillons avec l'AID (Agence de l'innovation de défense, ndlr) pour nous aider à imaginer les évolutions à plus ou moins longue échéance dans les domaines comme la robotisation, l'intelligence artificielle... Comment ces technologies pourraient-elles entraîner des modifications profondes dans la manière de combattre et d'être engagé en opération ? Ce qu'il faut réussir à imaginer, c'est comment, en 2030, on pourrait avoir dans des GTIA (groupements tactiques interarmes) des unités robotisées, qui prendront leur place dans le dispositif. Ces robots ou drones conçus pour prendre des risques, pourraient par exemple agir davantage dans la profondeur. Sans homme à bord, on pourrait imaginer des matériels destinés à être engagés sans forcément pouvoir les récupérer, au moins dans l'immédiat. Ce qui était d'ailleurs à l'origine le principe d'un drone. Aujourd'hui, ce n'est plus exactement le cas.

Le coût des drones est-il prohibitif pour pouvoir les sacrifier ?
Aujourd'hui, on fabrique des drones, qui coûtent assez chers. Certes, il n'y a pas de pilote embarqué mais on ne prend pas de risques, car la 3e dimension ne nous est pas contestée sur nos théâtres d'opération actuels. De fait, les choix ne se sont pas portés sur des équipements « consommables », et donc forcément moins onéreux. Il faut vraiment se poser la question : ne faut-il pas avoir un matériel qui puisse être éventuellement sacrifiable ? On voit bien ce que ce concept peut induire comme nouvelles approches tactiques. Je souhaite donc que l'on réfléchisse à ces nouveaux concepts. L'AID nous y aide dans le cadre d'un partenariat avec notre Battle Lab et la DGA. La question du char en fait évidemment partie.

Le char n'existe que s'il y a un environnement qui le protège, non ?
Exactement. Comment le char se positionnera dans ce contexte, c'est une des questions à laquelle il faudra répondre. Tout comme il faut éviter toujours de penser qu'on va trouver l'arme absolue, qui résoudra tout. C'est une façon de penser qui est très dangereuse. Nous avons en France un modèle d'armée complet, ce qui nous permet de gérer un large spectre de menaces et d'éviter de nous faire contourner.

Justement le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie a montré cette stratégie de contournement. Quel retour d'expérience avez-vous fait sur ce conflit ?
Le conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie est assez intéressant. On voit bien qu'il y a une stratégie de contournement par la troisième dimension. Les Arméniens se sont dit qu'ils allaient livrer le combat au sol, en position défensive. Et finalement, ils se font contourner par la troisième dimension. Je constate que les Arméniens n'avaient probablement pas un modèle d'armée complet, en particulier en termes de défense sol-air. Les drones qui étaient utilisés par les Azéris n'étaient pas des drones furtifs impossibles à abattre. Ensuite, il faut se méfier de l'effet loupe que ce type d'images produit : je constate que le drone (plus exactement les frappes réalisées par des drones) est une arme dont l'emploi est facile à médiatiser. Ça donne toujours des images très impressionnantes et très faciles à comprendre même pour un observateur peu averti. C'est loin d'être le cas pour les combats au sol par exemple, mais aussi pour des combats aériens. Avec un drone, ce sont toujours des images plutôt nettes. On voit l'objectif, la bombe frappe l'objectif, qui est détruit... C'est un bon outil de guerre informationnelle et d'effets psychologiques. Cela fonctionne très, très bien.

Dans le cas de ce conflit, cela semble quand même terriblement efficace...
...
Oui, on voit que l'efficacité des drones mais on ne montre que les bombes qui vont au but. On se fait toujours un peu intoxiquer. Attention, je ne dis pas que les drones n'ont pas produit un vrai effet. Mais une fois qu'ils ont tapé, il faut quand même aller occuper le terrain.

La dronisation de l'armée de Terre est-elle un axe prioritaire pour l'armée de Terre ?
En 2023, l'armée de Terre aura 3.000 drones, du nano-drone de quelques grammes au SDT (Système de drone tactique, ndlr) qui pèse une tonne. C'est un outil aujourd'hui indispensable, au contact comme dans la profondeur du champ de bataille.

Allez-vous recevoir le premier système SDT fin 2021 ?
Safran a identifié ce qui s'était passé. Le rapport du BEA-É (Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l'aéronautique d'État, ndlr) devrait sortir prochainement. Ce dont l'armée de Terre a besoin, c'est de réceptionner et de mettre en œuvre un matériel sûr et fiable. L'arrivée de ces drones constitue un défi important pour l'armée de Terre. Les opérateurs doivent avoir une totale confiance dans leur matériel.

Sera-t-il armé ? Par du Missile haute trame (MHT) ?
Il faut qu'il soit armé pour traiter certaines cibles à haute valeur ajoutée ou des cibles extrêmement furtives. Il ne faut pas se priver de cette capacité. Quand on arme un drone, il vole moins longtemps et il y a donc toujours un équilibre à trouver. Il y a la possibilité de les armer avec des roquettes guidées laser.

Le dossier franco-allemand sur l'artillerie du futur (CIFS) semble également enlisé. Si les Allemands n'y vont pas, quelles sont vos options ?
Ce programme fait partie de la modernisation du segment lourd dans le cadre de Titan (MGCS, CIFS, engins du génie, Tigre Mk3). Nous devons lancer ce programme maintenant pour qu'il soit dans l'armée de Terre en 2035. Nous discutons beaucoup avec les Allemands, qui y réfléchissent également.

Avez-vous commencé à réfléchir à des armes comme le laser ?
C'est effectivement une problématique sur laquelle il faut avancer. Elle est un peu liée à Vulcain. Cette arme peut être une réponse aux attaques saturantes. Les ruptures technologiques ne peuvent être exclues. Cependant, j'ai la conviction que c'est dans le milieu terrestre, qui est très hétérogène et par là-même très complexe, que les percées et les ruptures technologiques sont finalement le plus atténuées.

Sur les IED (Engins explosifs improvisés), les Français ont été surpris de voir une armée sophistiquée comme l'armée française, être aussi vulnérable. Pourquoi ?
En Afghanistan, en 2011-2012, l,'armée française, après avoir acquis un peu d'expérience, maîtrisait assez bien la problématique des IED. Mais on manœuvrait sur une zone de 30 km sur 40 km. Et s'il fallait rouler à 10 km à l'heure avec la section d'ouverture d'itinéraire piégé, on mettait trois, quatre ou cinq heures. C'était réalisable. Mais en BSS, ce n'est pas 30 km, c'est entre 300 et 1.500 km. Le contexte et l'environnement sont différents. L'emploi d'une section d'ouverture d'itinéraire piégé ne permet plus de contrer cette menace d'un point de vue opérationnel. Pour mieux protéger nos hommes, on a considérablement fait évoluer la protection de nos véhicules, notamment avec les VAB Ultima et l'utilisation des VBCI.

Mais il reste encore des VAB où il y a eu des morts au combat...
... Il n'y a quasiment plus de VAB, tous aujourd'hui remplacés soit par des VAB Ultima, soit par des VBCI.Demain, nous disposerons du Griffon, qui arrive dans les unités. Ce véhicule sera en termes de protection IED très performant. Il nous faudra encore résoudre le problème du VBL, qui est très léger. Nous allons mieux les protéger avec des kits de surprotection.

Cela ne va pas régler totalement le problème...
... C'est vrai. Il faudra attendre son successeur, le VBAE pour vraiment monter en gamme dans le domaine de la protection, protection qui ne sera évidemment jamais absolue. Mais de nombreuses mesures d'atténuation sont déjà prises.

Quand allez-vous avoir en service le successeur du VBL, le VBAE ?
Le successeur désigné du VBL, le VBAE, devrait arriver en 2027. D'où, effectivement, la question de savoir s'il faut acheter sur étagère, éventuellement en urgence opérationnelle, un certain nombre de véhicules permettant de gérer l'intervalle.

Un choix a-t-il été fait ?
Non

En dépit de l'augmentation du budget du ministère des Armées, les crédits portant sur la soutenabilité des nouveaux matériels sont-ils suffisants ?
Les armées ont un budget qui augmente de 1,7 milliard tous les ans depuis 2018. C'est le cas cette année encore. Il faut être conscient que cela a des conséquences : les Griffon arrivent et les Jaguar vont arriver cette année quasiment dans les délais. C'est également le cas pour les petits équipements et les équipements de cohérence, qui sont très importants pour les soldats de l'armée de Terre. La loi de programmation militaire (LPM) a permis de les prendre en compte : le gilet pare-balles, le HK416 (fusil d'assaut, ndlr), le Glock (pistolet semi-automatique, ndlr), le SCAR (nouveau fusil de précision semi-automatique, ndlr)... La LPM a permis de lancer à la fois la réparation et la modernisation de l'armée de Terre en raccourcissant les délais de livraison pour le Griffon par exemple. Ces budgets permettent à l'armée de Terre de remplir ses missions.

Vous avez évoqué le combat à haute intensité. Pour mener cette mission, il faut des stocks. Ce que vous n'avez pas...
... Oui il faut se préparer à la haute intensité. Mais nous ne serons pas prêts pour la haute intensité à l'été 2021. Il faudra davantage de temps. Nous devons donc remonter en capacité également dans ce domaine des stocks. Même si on se doit d'être prêt le plus vite possible, viser l'horizon 2030 est raisonnable.

Y compris sur la soutenabilité ?
Il faut qu'on réfléchisse à tous ces dossiers. Il faut remonter les stocks, il faut des munitions pour s'entraîner. Il ne faut pas qu'il n'y ait non plus un déséquilibre entre modernisation des équipements et entraînement.

L'armée de Terre est l'armée la plus interarmées. Pourquoi ?
L'armée de Terre a toujours besoin des autres. J'ai besoin de l'armée de l'air, dans l'ensemble de son champ d'action. Bien sûr pour la supériorité aérienne. Mais aussi pour le transport tactique ou encore la reconnaissance ou la guerre électronique. Et j'ai aussi besoin de la marine, pour m'appuyer, pour me transporter, pour empêcher l'ennemi de se ravitailler. Le milieu terrestre est un milieu hétérogène par excellence, qui impose une forte intégration interarmées pour espérer vaincre. C'est un milieu dans lequel le déni d'accès et la supériorité technologique sont plus compliqués à imposer. On le voit bien en BSS ou en Afghanistan, où un ennemi asymétrique conserve des marges de manœuvre, même s'il ne peut pas nous vaincre militairement. Dans le milieu terrestre, la supériorité technologique ne s'applique pas directement et doit être combinée pour produire des effets efficaces et décisifs.

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Commentaires
a écrit le 19/03/2021 à 10:55 :
Le principal intérêt de ces engins c'est de semer la terreur pour se dire souverain! Alors que la tête pensante n'est pas a niveau et dors sur ses lauriers!
a écrit le 19/03/2021 à 7:19 :
"Le mieux est l'ennemi du bien" : Les constructeurs veulent anticiper les besoins futurs, mais se trompent très souvent. Il est préférable de se contenter de combler les besoins actuels, puis de faire évoluer son infrastructure en fonction de l'évolution réelle des besoins, car personne ne peut prévoir l'avenir. Les évolutions technologique ne doivent pas définir notre doctrine militaire.
a écrit le 18/03/2021 à 16:47 :
Quel bon article! Ce général a parfaitement raison: il faut de la technologie pour me pas être largué mais il faut également être prêt à fonctionner sans elle quand elle sera inefficace où mise hors de combat. Plus on en a, plus on est vulnérable aux contre-mesures. Il faut donc conserver de la rusticité et toujours avoir un plan B. Il faut également garder du budget pour l'entrainement qui est au coeur du métier.
a écrit le 18/03/2021 à 10:05 :
Qué pasa avec le Tigre dont les Australiens ne veulent plus
que les Allemands ne veulent plus moderniser ? Est-ce une si grosse daube ? On nous l'avait présenté comme l'Apache européen
Réponse de le 18/03/2021 à 16:49 :
Bon engin mais complexe et très cher à l'entretien.
a écrit le 18/03/2021 à 9:50 :
Une interview pleine de bon sens, cela change des interview des industriels ou des représentants "politiques" de l'armée. Merci
a écrit le 18/03/2021 à 9:21 :
Tout cela est bel et bon, mais qui fabrique les munitions pour l'armée en France ?
Et combien on en a pour tenir en cas de gros pépin ?
Réponse de le 19/03/2021 à 5:33 :
Aller sur le web et taper
"Fabrication des Munitions francaises".
C'est pourtant pas complique de trouver les reponses a presque toutes les questions.
a écrit le 18/03/2021 à 8:29 :
"La technologie ne doit pas augmenter les coûts de manière inconsidérée. "

Oh mince ! Pas d'essuies glaces et de phares automatiques et de voix qui nous disent comment conduire alors !? ^^

Il est évident que s'il y a bien un domaine dans lequel on doit se débarrasser de tout ces gadgets abrutissants c'est bel et bien le domaine militaire.
a écrit le 18/03/2021 à 8:27 :
he oui
si t'as un systeme ultra techno et qu'il a un pb ou tombe en panne, t'es nu comme un ver..........
avant d'utiliser un ordinateur, faut apprendre a faire le calcul a la main
avant de gerer une boite ( finance, scm ou autres) faut faire avaev un bout de papier
avant d'avoir un systeme de visee qui met dans le 1000 a 1km, faut aller au stand de tir
avant d'avoir un exosquelette, faut savoir porter le sac de 20 kgs avec arme et gilet
c'est du bon sens
mais le bon sens, c'etait avant
a écrit le 18/03/2021 à 8:12 :
On peut prendre l'exemple des chaines de fabrication de voitures qui sont arrêtées par manque de composants électroniques.
Les composants en question sont-ils ceux concernant le fonctionnement du moteur et des dispositifs de sécurité ou bien ceux concernant les gadgets des voitures "connectées" ?
Si le 2eme cas est avéré, supprimons les gadgets et livrons les véhicules.
Réponse de le 18/03/2021 à 12:15 :
Il y a une différence entre les besoins militaire ou l'on peu éliminer les gadgetws et un produit commercial où le gadget est ce qui fait la différence dans la décision d'achat.
Supprimer les gadgets pour livrer des voitures commerciale est une redéfinition unilatérale du contrat avec l'acheteur. Vous ouvrez la porte à de sérieux risque de demande de compensation.
Réponse de le 19/03/2021 à 16:44 :
A-t-on réellement besoin d'un circuit multiplexé (et les cartes électroniques qui vont avec) entre l'AV et l'AR d'un véhicule ?
A priori Dacia semble dire que non.
Je n'ose pas parler de certaines motos ou l'on doit bien gagner 1.50m de câble.
Réponse de le 22/03/2021 à 8:36 :
A fonctionnalité équivalente un bus multiplexé est plus fiable qu'une liaison parallèle, ce sont les connecteurs qui apportent le plus de défiabilité, moins il y en a mieux on se porte....Par ailleurs le faisceau entre les calculateurs de votre véhicule est plutôt sur l'avant....il y a peu de calculateurs à l'arrière....Si vous comptez faire passer toutes les données circulant dans un véhicule actuel sur des liaisons séparées, bonne chance....

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