C'est non. L’État, qui n'a pas autorisé la vente par Eutelsat de ses infrastructures passives du segment sol au fonds d'investissement suédois EQT Infrastructure a pleinement joué son rôle de protection des actifs stratégiques de la France dans la cadre de la procédure IEF (Investissements étrangers en France). « Nous avons estimé collectivement, l'État et le gouvernement, que cette activité était trop stratégique pour la France. En vertu de nos propres considérations et de notre doctrine, nous n'avons pas accordé cette autorisation » de vente à EQT Infrastructure, explique-t-on à Bercy. Et de préciser que cette décision n'est « aucunement liée à la qualité d'EQT en tant qu'investisseur et actionnaire », qui est « un acteur de long terme, reconnu et solidement implanté en France ».
Eutelsat souhaitait céder notamment certains de ses actifs, notamment les antennes qui fournissent les services aux clients (antennes et réseaux de connectivité destinés au portefeuille intégré de téléports et des stations terrestres spécialisées - ou SNP). Une activité proche du cœur du réacteur nucléaire de l'opérateur de satellites, c'est-à-dire le contrôle de la flotte des satellites (33 satellites géostationnaires et plus de 600 satellites au sein d'une constellation en orbite basse). Le « détourage » (ou carve-out) de ces activités aurait été techniquement très à risque pour les activités stratégiques d'Eutelsat. Mais alors pourquoi l'opérateur de satellites avait décidé en août 2024 puis confirmé en décembre 2024 la vente de cette activité considérée en interne et par les observateurs avisés comme des « bijoux de famille » ?
On est en 2024, soit quelques mois avant la décision de l’État de sauver Eutelsat via une recapitalisation. A cette époque, l'ancienne direction cherchait désespérément et à tout prix du cash pour faire face à un endettement mortifère doublé d'un mur d'investissements crucial pour l'avenir de l'entreprise. Sans réaction, ce désastre financier pouvait mener l'opérateur de satellites direct au tribunal de commerce malgré des cessions déjà réalisées d'actifs non stratégiques mais encore très insuffisantes. D'où la décision inédite dans le monde des opérateurs de satellites d'externaliser ces activités malgré le risque élevé de perte d'autonomie stratégique pour Eutelsat. « C'était une énorme connerie », estime-t-on en interne.