Classement Choiseul : les 200 ETI françaises qui défient l’incertitude économique

Un artisan du fabricant de clarinettes français double centenaire Buffet Crampon.
© Estelle Poulalion

Un artisan du fabricant de clarinettes français double centenaire Buffet Crampon.
© Estelle Poulalion
Face aux droits de douane et à l’incertitude budgétaire, « les ETI résistent, mais leur traditionnelle résilience a tendance à s’émousser, avec des chiffres d’affaires en baisse et une rentabilité plus fébrile pour la moitié d’entre elles ».
Florence Naillat, déléguée générale adjointe du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI), ne cache pas son inquiétude quant à la passe difficile que vivent les 6 200 ETI françaises. Ces entreprises de 250 à 5 000 salariés constituent en effet un véritable poumon économique pour la France : elles génèrent près de 30 % de la richesse produite et pourvoient un quart des emplois du privé.
L’instabilité économique n’a pas empêché certaines de tirer leur épingle du jeu. En témoigne l’édition 2025 du classement « Conquérants » de l’Institut Choiseul, publié en exclusivité par La Tribune et BFM Business. Chaque année depuis 2019, le palmarès met en lumière les 200 ETI qui ont su démontrer « leur durabilité et leur agilité » économique.
Pour faire partie du classement, les entreprises devaient remplir trois critères : un chiffre d’affaires compris entre 50 millions et 3 milliards d’euros, une capacité à apporter une contribution active à l’économie française, et à améliorer la compétitivité de l’Hexagone à l’étranger.
Les sociétés sélectionnées sont classées en cinq catégories :
Pour rechercher une ETI dans le classement ci-dessous, saisissez son nom dans l’espace « Search… » en haut à gauche. La première page visible de chaque catégorie n'est pas la seule. Retrouvez les autres entreprises en faisant la recherche dans l'espace « Search ».
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

« Fleurons de la French Excellence » (qui exporte fortement leur savoir-faire à l’étranger)
« Fers de lance de l’autonomie stratégique » (souveraineté industrielle)
« Moteurs de l’emploi »
« Pépites de l’innovation »
« Pionniers de la transition durable »
Les secteurs dans lesquels ces ETI opèrent sont très divers, et certaines d’entre elles sont connues du grand public : le panel va de l’industrie-ingénierie (Humens, Cadiou Industrie, Snef, Vernet group, etc.), aux composants électroniques (Soitec), en passant par l’agroalimentaire/restauration (Biocoop, La Vie Claire, Brasserie Meteor, Cafés Richard, groupe Holder, etc.).
Le secteur de la santé est également bien représenté (laboratoires Pierre Fabre, Urgo, Thuasne, UPSA, etc.), ainsi que le transport-logistique (Poma, Exotec, FM Logistic, Kiloutou, etc.), ou encore la tech/logiciels (Back Market, Voodoo, Hardis group etc.).
On retrouve aussi le textile (Veja, Armor Lux, Louboutin, etc.), et le commerce non alimentaire (Afflelou, Gemy automobiles, etc.), puis l’énergie-environnement (Valorem, Paprec, etc.), enfin, l’assurance (MatMut, April, etc.) et le BTP-immobilier (KS group, NGE, etc.).
Si plusieurs ETI du classement sont relativement récentes, une grande partie a déjà plusieurs décennies d’existence, voire… plusieurs siècles. Précision de Paul Gadel, directeur de la stratégie du développement de l’Institut Choiseul : « Si l’on fait le portrait-robot des ETI, on remarque qu’aujourd’hui encore, elles s’inscrivent dans le temps long, ont une capitalisation familiale, opèrent souvent dans une seule filière dont elles sont spécialistes, et sont ancrées dans les territoires. »
Le groupe Buffet Crampon, fabricant mondialement connu de clarinettes et d’instruments à vent (saxophone, hautbois, bassons, flûtes etc.), illustre particulièrement ce fait. Cette ETI, dont les ateliers principaux se situent à Mantes-la-Jolie, en Île-de-France, fête cette année ses 200 ans.
Laurence Guiramand-Lemoine, directrice de la communication de la société explique : « Depuis 1825, on fabrique ici nos instruments haut de gamme, car à l’origine, on utilisait le bois des forêts alentour. Sur ce site, il y a 250 salariés sur un effectif de 1000, avec des artisans parfois issus de la même famille depuis plusieurs générations. C’est un savoir-faire unique et reconnu mondialement. »
Ancré sur son marché français, Buffet Crampon exporte aussi dans le monde entier, et possède d’autres sites aux États-Unis, en Allemagne et en Chine. « Un marché où la concurrence est très rude », confie Laurence Guiramand-Lemoine. Entre 2022 et 2024, le chiffre d’affaires de l’ETI est passé de 100 à 110 millions d’euros, « mais il n’augmentera pas en 2025 ».
En effet, malgré une forte résilience et une clientèle fidèle et solide, Buffet Crampon n’échappe pas à la conjoncture. Les turbulences géopolitiques liées à la guerre en Ukraine et les droits de douane de Donald Trump sont passées par là. « Cela s’est répercuté sur la hausse du prix de l’énergie, comme beaucoup d’ETI d’ailleurs, mais aussi sur l’augmentation du prix de certains métaux, comme l’argent, l’or ou le cuivre, que nous utilisons pour fabriquer nos instruments », précise la cadre de Buffet Crampon.
Et d’ajouter un autre facteur, plus spécifique : « Il y a une demande client qui baisse, avec des écoles de musique qui ont moins de budget ou de subventions, voire ferment leurs portes, mais aussi moins de jeunes qui débutent la pratique des instruments à vent. »
Reste le problème de l’incertitude budgétaire en France. Pour Laurence Guiramand-Lemoine, l’impact direct est moindre chez Buffet Crampon, « même si cela crée une ambiance économique morose ».
De son côté, Florence Naillat du METI qualifie la situation de « préoccupante » : « Comme vous le savez, dans les ETI, la majorité des sites de production sont en France. Elles sont donc très affectées par les conditions de compétitivité, qui ne sont pas favorisées par les turbulences budgétaires et le taux de prélèvements obligatoires. »
À lire également
Même son de cloche chez Paul Gadel de l’institut Choiseul, pour qui « cette incertitude politique est devenue systémique. Cela produit un manque de visibilité pour les ETI, et cela pèse sur leurs investissements et les recrutements, notamment de cadres. »
Fraude fiscale et sociale : le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi, la gauche dénonce « un virage libertarien »
Île-de-France : Valérie Pécresse dévoile sa vision pour Saclay 2035
Sabrina Roubache, ministre : « On ne touche pas une politique publique qui fonctionne »
Philippe Labarde, homme de presse, 1939-2026