La Banque européenne pour la reconstruction et le développement met en garde contre le vieillissement de la planète, dont les effets vont bouleverser de multiples orientations.
C'est une véritable bombe à retardement, tant sur le plan social, que sur les plans politique et économique. Cette bombe ? La démographie mondiale qui tourne au ralenti, et le vieillissement inéluctable de la population qui en découle. Selon un rapport de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) publié ce mardi, ce sont désormais plus des deux tiers de la population mondiale qui vivent dans un pays où la fécondité est inférieure au taux de remplacement à long terme.
Or, selon la Berd, cette chute de la démographie va entraîner directement un tassement de la croissance économique. « Dans les économies d’Europe émergente, indique le rapport, les déclins de la part de la population en âge de travailler devraient réduire la croissance annuelle du PIB par habitant de près de 0,4 point de pourcentage entre 2024 et 2050 . » Beata Javorcik, économiste en chef de la Berd, souligne que « aujourd'hui déjà, la démographie érode l'amélioration des niveaux de vie et constituera à l'avenir un frein à la croissance du PIB ».
2,1 enfants par femme
La Berd pointe également un problème structurel : malgré les mesures incitatives mises en place par la plupart des pays, le taux de fécondité reste très bas. « De nombreux pays de la Berd (Europe centrale et orientale, Asie centrale, Méditerranée, ndlr) ont désormais des taux de fécondité bien en dessous du niveau de remplacement de 2,1 enfants par femme, reflétant un retard dans la mise en place d’une politique démographique familiale durable. »
Pour faire face au défi du vieillissement de la planète, le rapport identifie trois premiers leviers essentiels : prolonger la durée de vie active, améliorer la productivité via l’automatisation, et faciliter la mobilité de la main-d’œuvre. L’allongement de la vie active impliquerait, selon la Berd, davantage de reconversions professionnelles, et potentiellement des modifications des régimes de retraite. Des mesures que les députés et sénateurs français, en plein débat budgétaire, sauront apprécier.
Autre levier mentionné, l'immigration. Cependant, souligne le rapport, l’immigration seule ne pourra pas compenser le vieillissement de la population au sein de chaque pays. « Un seul instrument politique ne suffira pas, estime la Berd, car une immigration à un niveau sans précédent serait nécessaire pour compenser l’ampleur du vieillissement démographique. » Un niveau tel d'immigration qui pourrait, suggère en creux l'étude, alimenter une radicalisation politique dans les pays concernés.
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Clivage générationnel
Le rapport attire enfin l’attention sur l’impact du vieillissement sur les priorités politiques à proprement parler, et le risque associé de clivage générationnel. « À mesure que la population vieillit, les électeurs plus âgés – dont la participation électorale est de plus en plus élevée – tendent à privilégier les dépenses pour les pensions, la santé, indique le rapport, tandis que les plus jeunes se focalisent davantage sur l’éducation, le logement et le climat. »
Beata Javorcik insiste lourdement sur ce dernier point, aux enjeux politiques multiples. « Nous devons informer en particulier les jeunes électeurs, car ce sont eux qui porteront le fardeau des régimes de retraite par répartition », insiste-t-il. Là aussi, les députés et sénateurs français apprécieront.