Face à un déficit de 100 millions d’euros, Jean-Luc Gleyze, président (PS) du Département de la Gironde, est contraint d’adopter un plan drastique de retour à l’équilibre d’ici trois ans.
Le Département de la Gironde a adopté un plan historique de baisse de ses dépenses de fonctionnement et d’investissement pour revenir à l’équilibre d’ici 2028. Menacée d’une mise sous tutelle après le dérapage de ses comptes, la collectivité va « devoir dégrader le service public au détriment des usagers. »
Un vote sous haute surveillance pour résoudre une situation inédite. Le conseil départemental de la Gironde a adopté ce lundi 1er décembre un nouveau budget supplémentaire pour 2025 et, surtout, un « plan de retour à l’équilibre » d’ici 2028. Ce plan d’économies, unique en France par son ampleur, vise à résorber le déficit historique de 101 millions d’euros auquel fait face le plus grand département de France.
Son contenu a été largement balisé par la Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine qui dira, d’ici le 15 décembre, si l’effort consenti est suffisant pour revenir à l’équilibre. Sinon, la collectivité sera mise sous tutelle par l’État.
Pour éviter ce scénario, la majorité (PS) dirigée par Jean-Luc Gleyze a été contrainte d’élaborer ce qui s’assimile à une cure d’austérité sans précédent. 95 mesures doivent permettre d’économiser 91 millions d’euros par an à l’horizon 2028, avec un effort de 54 millions d’euros dès l’an prochain, sur un budget total de 2,2 milliards d’euros.
Les investissements divisés par deux
Ces efforts toucheront toutes les dépenses dont la masse salariale avec 232 postes supprimés dès 2025 sur un effectif de 5 800 agents, puis 200 postes en 2026 et une centaine de postes en 2027 et en 2028. S’y ajoute le gel des promotions et avancements internes et des ajustements à la baisse sur les rémunérations variables. Les dépenses sociales contraintes (RSA, PCH, APA), nettement plus favorables en Gironde qu’ailleurs en France, seront réajustées.
Parallèlement, les investissements seront réduits de moitié pour tomber à 116 millions par an entre 2026 et 2028 contre 244 millions d’euros par an entre 2019 et 2024. Les dépenses seront strictement limitées aux travaux indispensables ou déjà engagés mais aucune opération nouvelle ne sera lancée.
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De même les subventions aux tiers, notamment le secteur associatif, seront divisées par deux tandis que 20 millions d’euros d’économies viendront de la réduction du train de vie de la collectivité et de ses satellites. Cette rationalisation touchera notamment le Service d’incendie et de secours (SDIS) qui devra compter davantage sur le soutien financier des communes.
Une situation unique… pour l’instant
« C’est une situation inédite. Il faudrait remonter très loin dans le temps pour trouver un cas analogue », assure Luc Alain Vervisch, le directeur des études et des recherches de La Banque Postale. « La Chambre régionale des comptes pointe des politiques départementales trop généreuses et considère que la fiabilisation des comptes pourrait être améliorée ce qui est étonnant pour une collectivité de cette taille. Elle estime, ce qui peut se comprendre au regard du modèle économique actuel, que le département doit réinterroger structurellement les conséquences financières de ses choix politiques », poursuit cet expert des finances locales.
De son côté, Jean-Luc Gleyze, qui préside la collectivité depuis dix ans, renvoie d’abord vers l’effet de ciseaux qui frappe tous les départements avec une baisse des recettes, notamment celles issues du marché immobilier, face à une hausse des dépenses contraintes. Mais il reconnaît également une part de responsabilité : « Nous avons notre part d’autocritique et nous allons transformer assez fortement notre fonctionnement interne. Nous avons chercher à l’éviter mais nous allons désormais devoir dégrader le service public au détriment des usagers », regrette-t-il.
Un cas isolé qui pourrait bientôt se multiplier. « On ne peut pas exclure que d’autres départements connaissent en 2026 ou 2027 les mêmes difficultés que la Gironde », prévient Luc Alain Vervisch. « Mais il est aussi possible que, si la reprise du marché immobilier se confirme, cela change la donne et entraîne de nouvelles discussions entre le Département et la Chambre. » L’équation dépendra aussi du vote du projet de loi de finances pour 2026 qui contient des mesures d’aides aux départements.