Roland Lescure, un macroniste « pragmatique » à Bercy
latribune.fr
Sur le plan politique et sociétal, Roland Lescure cultive le sens du compromis, tout en affirmant son penchant à gauche dans le spectre de la "Macronie".
Ministre délégué chargé de l’Industrie puis de l’Énergie entre 2022 et 2024 dans les gouvernements Borne puis Attal, Roland Lescure reste à Bercy après la nomination du gouvernement Lecornu 2 dimanche.
Le week-end dernier, il avait remplacé Éric Lombard à Bercy dans le gouvernement Lecornu 1. Une semaine plus tard, Roland Lescure va de nouveau s'asseoir dans le cockpit de Bercy aux côtés d'Amélie de Montchalin qui conserve elle aussi les Comptes publics. Un Bercy dont tous les rouages sont en surchauffe sur le dossier brûlant du budget 2026. Le nouveau ministre de l'Économie occupe une place singulière au sein de la « Macronie ». Né à Paris en 1971 et ayant grandi entre la France et le Canada, il suit des études scientifiques, puis en économie et gestion, les pieds entre plusieurs mondes (École polytechnique, Ensae, London School of Economics).
À 58 ans, ce fils d'un journaliste à L'Humanité et d'une syndicaliste CGT de la RATP, assume volontiers l'étiquette de « libéral » sur le plan économique. Mais, paradoxe, il est classé à l'aile gauche de Renaissance. « C'est que le mouvement a bougé à droite », rétorque à l'envi ce grand fan du PSG. Père de trois enfants, le petit-fils de Pierre Lescure, fondateur des Éditions de Minuit, a été élevé dans un HLM de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il est aussi le demi-frère de l'ex-patron de Canal+ Pierre Lescure.
Son parcours professionnel, qui inclut des postes à Bercy et l'Insee, se poursuivra chez Natixis, Groupama et la Caisse de dépôt et placement du Québec, de l'autre côté de l'Atlantique. Il basculera finalement dans le monde politique sous l'impulsion d'Emmanuel Macron. En 2012, lors d'une réunion d'investisseurs étrangers, il rencontre celui qui deviendra en 2017 Président.
Quatre ans après cette rencontre, il plonge en politique, inquiet par les tournures internationales, à l'heure du Brexit et de la première élection de Donald Trump. Élu député des Français d’Amérique du Nord en 2017 sous La République En Marche, puis réélu en 2022 sous l'étiquette Renaissance, il s’impose rapidement comme une voix jugée « pragmatique » de l’Assemblée nationale, capable de concilier rigueur budgétaire et enjeux sociaux. L'homme connaîtra aussi des échecs, manquant de prendre la tête du groupe LREM, ou la présidence de l'Assemblée en 2022, pourtant soutenu par Emmanuel Macron.
Le sens du compromis
Roland Lescure fut rapporteur général de la loi Pacte en 2018. Ce texte très dense visait entre autres à faire grandir les PME françaises en ETI et mieux associer les salariés aux résultats des entreprises. Symbole de la politique de l'offre du chef de l'État, la loi Pacte avait été saluée par les dirigeants. Mais la crise sanitaire a grandement chamboulé l'application de cette loi. Et dans le contexte post-pandémique, il héritera d'un autre dossier épineux : les entreprises touchées par la crise énergétique.
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Ministre délégué chargé de l’Industrie puis de l’Énergie entre 2022 et 2024 dans les gouvernements Borne puis Attal, le Franco-Canadien s’est aussi confronté à plusieurs dossiers majeurs qui ont marqué la période. Il a notamment piloté le plan de soutien à la filière industrielle française, avec un focus particulier sur les secteurs stratégiques comme l’aéronautique, l’automobile et la chimie. L'ouverture d'usines « c'est une arme anti-colère, anti-Rassemblement National », estimait-il alors.
Alors que le député Sébastien Martin a été nommé, dimanche, ministre délégué chargé de l’Industrie, aucun ministre délégué n’a été nommé pour les questions de souveraineté énergétique. Ce qui laisse à penser que ce périmètre sera directement piloté par Roland Lescure. Un domaine où l'ancien ministre de l'Énergie avait peiné à y laisser sa patte, marchand souvent dans l’ombre de Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie.
C'est néanmoins lui qui avait pris la décision de renoncer à faire adopter la feuille de route énergétique de la France par voie législative, lui préférant l’alternative réglementaire. Un an plus tard, le décret en question n’a toujours pas été publié…
Sur le plan politique et sociétal, Roland Lescure cultive également le sens du compromis, tout en affirmant un certain penchant à gauche dans le spectre de la « Macronie ». En février 2025, il s’oppose ainsi à la remise en question du droit du sol et à la nouvelle circulaire sur la régularisation des travailleurs sans papiers, jugeant ces mesures inadaptées et nuisibles à la cohésion sociale et à la stabilité économique. De ses 10 années passées au Canada, il retient également des idées qu'il aimerait soulever en France : la légalisation du cannabis ou encore la mise en œuvre de statistiques ethniques pour lutter contre les discriminations.
À l’Assemblée, où il était vice-président depuis juillet 2024, il se présente comme un « bâtisseur de ponts » entre différentes sensibilités politiques, plaidant pour une coalition incluant Républicains et socialistes ou, à défaut, un accord de non-censure pour sécuriser l’adoption du budget 2026. Sa récente décision de renoncer à sa réélection comme vice-président afin de faciliter les négociations internes illustre cette approche. Reste désormais à voir la durée de vie du gouvernement Lecornu 2.