États-Unis : la croissance américaine dépend excessivement de l’IA

Cette dynamique des investissements dans l'IA est à chercher du côté des hyperscalers qui investissent à grande échelle dans des centres de données
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Cette dynamique des investissements dans l'IA est à chercher du côté des hyperscalers qui investissent à grande échelle dans des centres de données
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Consommation américaine en berne, marché de l’emploi morose… L’économie américaine a rencontré de nombreuses turbulences depuis le début de l’année. La guerre commerciale de Donald Trump a pesé sur l’inflation. Alors que le scénario d’une stagflation plane outre-Atlantique, la croissance américaine affiche pourtant une belle résistance : elle a atteint 1,2 % au premier semestre, en rythme annualisé. Elle est surtout portée par une tendance de fond : l’intelligence artificielle.
D’après une note de JP Morgan, au premier semestre 2025, « les dépenses d’investissements liées à l’IA ont contribué à hauteur de 1,1 % de la croissance du PIB ». Une contribution bien supérieure à celle des consommateurs américains : « La consommation ayant un peu ralenti, c’est le boom sur l’IA qui stimule l’investissement et contribue de manière significative à la croissance », souligne Christophe Blot, directeur adjoint à l’Observatoire français des conjonctures économiques..
Cette dynamique des investissements dans l’IA est à chercher du côté des hyperscalers, comme Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon ou encore Oracle, qui investissent à grande échelle dans des centres de données aux États-Unis. « C’est un des principaux canaux de contribution de l’IA », pointe Aurélien Duthoit, économiste sectoriel chez l’assureur-crédit Coface, « il est même probable que l’année prochaine, plus d’argent soit investi dans la construction de centre de données que dans l’immobilier de bureaux ».
Concrètement, la construction de data center a atteint 40 milliards de dollars en juin, soit une hausse de 30 % par rapport à l’année précédente, pointe JP Morgan. Les quatre plus grand hyperscalers « sont, en rythme annualisé, sur des volumes d’investissement de 350 milliards de dollars par an dans le monde », précise Aurelien Duthoit.
Sur les marchés, le boom de l’IA a déclenché une véritable frénésie. Les entreprises de la tech américaine atteignent des valorisations inédites. Microsoft atteint une valorisation de plus de 3 000 milliards de dollars, Meta de près de 2 000 milliards... Le Nasdaq et le S&P 500, indices boursiers américains, atteignent de nouveaux sommets portés encore une fois par l’IA. De quoi profiter aux portefeuilles des Américains et à leurs comptes d’épargne retraites.
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La dynamique des investissements dans l’IA devrait se poursuivre l’année prochaine d’autant que le secteur se montre indépendant face aux aléas économiques, comme les droits de douane, la hausse des prix ou encore les taux d’intérêt élevés. Le FMI anticipe même une croissance de 2 % cette année et l’année prochaine. Mais l’IA apporte sont s de complications pour les Américains. La demande en énergie pour les centres de données est telle que les prix des factures ont augmenté de 7 % depuis le début de l’année. D'un point de vue géographique, « les conséquences sur l’économie américaine sont inégalement distribuées puisque seul un petit nombre d’États, comme la Virginie ou encore le Texas, bénéficient de la construction des centres de données », pointe aussi Aurelien Duthoit.
Surtout, les retombées de l’IA sur la croissance de long terme sont incertaines. « Pour le moment, on observe une dynamique d’investissement, mais on ne voit pas encore de retour sur investissement », explique Aurelien Duthoit, « il faut que des gains de productivités se diffusent dans l’économie et dans tous les secteurs, pas uniquement dans les technologies de l’information ». Ce qui n’est pas encore le cas. Ces investissements offrent par ailleurs peu de chances de stimuler le marché du travail et la consommation car les data centers nécessitent peu d’emplois.
Une croissance américaine droguée à l'IA implique que les géants du secteur poursuivent leurs investissements à un rythme très élevé. Or, « le marché anticipe une décélération forte des CaPex (dépenses d’investissement, NDLR) à horizon 2027 », poursuit Aurelien Duthoit. Pour Alexandre Baradez, « les dépenses d’investissements masquent surtout la réalité de la dynamique américaine ». C’est-à-dire morose.
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Pire, « la rentabilité très faible des acteurs du secteur soulève des questions sur un risque de bulle », argue Alexandre Baradez, analyste chez IG. Même son de cloche chez Aurélien Duthoit, les deux experts faisant l’analogie avec la bulle Internet des années 2000 : « Si on prend la dernière bulle télécoms, on observe également un boom des CaPex, une explosion des coûts, une concentration de l’indice boursier aux mains d’un petit nombre d’entreprises, des relations croisées entre fournisseurs et donneurs d’ordre… », énumère l’économiste de chez Coface. Le salut des Américains ne passe pas forcément par l'IA.