AME : Lecornu engage une réforme ciblée avec la signature de deux décrets
latribune.fr
Entre impératif sanitaire, maîtrise budgétaire et pression politique, la réforme progressive de l'AME engagée par l'exécutif illustre la recherche d'un équilibre délicat sur un dossier hautement sensible.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a signé ce dimanche deux décrets réformant l’Aide médicale d’État (AME) aux étrangers en situation irrégulière, sans toucher pour l’instant au panier de soins. L’exécutif met en avant un renforcement des contrôles et une modernisation administrative, dans un contexte de débat politique persistant sur ce dispositif.
Sous pression d’une droite qui réclame depuis des mois un durcissement du dispositif, le gouvernement avance par petites touches sur l’Aide médicale d’État, cherchant à démontrer qu’il peut conjuguer fermeté administrative et maintien d’un filet sanitaire minimal.
Sébastien Lecornu, le Premier ministre, a signé deux décrets de « réforme » parus de dimanche au Journal officiel. Le premier vise à « renforcer la lutte contre la fraude » dans l’instruction des dossiers, avec à la clé « des perspectives d’économies de 180 millions d’euros ». Le second prévoit de « moderniser les systèmes informatiques de l’État afin que tous les fonctionnaires — notamment dans les consulats — en charge du dossier puissent y avoir accès ».
L’objectif affiché est double : préserver un dispositif jugé nécessaire d’un point de vue sanitaire tout en répondant aux critiques politiques, notamment venues du Rassemblement national.
« Ce dispositif (…) est absolument indispensable d’un point de vue sanitaire. Il faut donc le conserver, mais aussi le réformer », insiste le chef du gouvernement.
Le panier de soins laissé en suspens
Sur le contenu des prestations couvertes par l’AME, le Premier ministre se montre plus prudent. « Il faudra sans doute réformer le panier de soins, mais à ce stade, les choses ne sont pas prêtes », explique-t-il.
Arrivé à Matignon en septembre, Sébastien Lecornu avait reçu les auteurs d’un rapport publié en 2023 : Claude Evin et Patrick Stefanini. Tous deux défendaient le principe de l’AME tout en recommandant plusieurs ajustements, notamment sur certaines prestations et sur la prise en compte des ressources du foyer des demandeurs.
Au-delà du champ sanitaire, le Premier ministre entend également accélérer le traitement administratif des dossiers migratoires. Il annonce avoir demandé aux ministres Laurent Nuñez et David Amiel de développer « une application d’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des visas et soulager le travail des agents ».
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