Inflation en hausse, croissance en baisse, crédits immobiliers tendus : l’économie américaine vacille
latribune.fr
Le choc énergétique provoqué par la guerre contre l'Iran, déclenchée le 28 février par les États-Unis et Israël, continue de peser lourdement sur les prix.
Les derniers indicateurs économiques américains dessinent un tableau plus fragile qu’attendu, à quelques mois d’échéances électorales décisives pour la Maison Blanche.
Les voyants de l’économie américaine virent au jaune. Inflation persistante, croissance revue à la baisse, marché immobilier grippé : les statistiques publiées jeudi dressent le portrait d’une première économie mondiale bien moins flamboyante que ne le martèle régulièrement Donald Trump.
À quelques mois des élections de mi-mandat, ces chiffres tombent au mauvais moment pour la Maison Blanche, qui avait fait du retour de la prospérité économique l’un des principaux arguments du président républicain lors de sa campagne de réélection.
Le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis a ainsi été nettement révisé à la baisse pour le premier trimestre. La croissance s’établit désormais à 1,6 % en rythme annualisé, contre 2 % lors de la précédente estimation. Une correction qui fragilise les ambitions affichées par l’exécutif américain, alors que le conseiller économique de Donald Trump, Kevin Hassett, évoquait récemment une croissance comprise entre 4 % et 6 % d’ici la fin de l’année.
L’envolée des carburants
Cette contre-performance s’explique notamment par une surestimation initiale des dépenses de consommation et des investissements, selon le Bureau of Economic Analysis (BEA), l’organisme chargé des statistiques économiques.
Dans le même temps, le BEA a publié l’indice PCE, l’un des principaux baromètres de l’inflation suivis par la Réserve fédérale américaine. Les prix ont progressé de 3,8 % sur un an en avril, un rythme inédit depuis près de trois ans.
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Le choc énergétique provoqué par la guerre contre l’Iran, déclenchée le 28 février par les États-Unis et Israël, continue de peser lourdement sur les prix. L’envolée des carburants alimente directement les tensions inflationnistes et complique la tâche de la banque centrale américaine. Les ménages américains commencent à en ressentir fortement les effets. Le revenu disponible recule et l’épargne fond rapidement : le taux d’épargne est tombé à 2,6 % en avril, contre 3,2 % un mois plus tôt.
« Ouch », a commenté sur X Heather Long, économiste à la banque Navy Federal Credit Union. « Cela montre à quel point les finances des Américains sont actuellement sous pression », a-t-elle ajouté, jugeant la situation « pas tenable ».
Le front immobilier
Le ralentissement gagne également le marché du travail. Dans une note, l’économiste d’EY Gregory Daco souligne que les embauches et les hausses de salaires perdent de leur vigueur. Selon lui, l’économie américaine ne tient plus que grâce à « trois piliers étroits » : les ménages les plus aisés, les investissements dans l’intelligence artificielle et la hausse des actifs financiers. « Ces piliers masquent le fait que les fondations de l’économie sont de plus en plus instables », avertit-il, pointant notamment la faiblesse de la consommation dans de nombreux secteurs ainsi que les difficultés persistantes de l’immobilier.
Le marché résidentiel donne en effet de nouveaux signes de fatigue. Les ventes de maisons neuves ont nettement reculé en avril, loin de la reprise espérée par l’administration Trump. « Les acheteurs potentiels font face tout à la fois à la hausse des prix de l’immobilier, à l’augmentation des taux d’emprunt et à la baisse de leur pouvoir d’achat », souligne Yelena Maleyev, économiste chez KPMG.
Les crédits immobiliers restent particulièrement coûteux. Selon Freddie Mac, les prêts à trente ans — les plus répandus aux États-Unis — affichent désormais un taux moyen de 6,53 %. Ils étaient pourtant repassés sous le seuil symbolique des 6 % juste avant l’embrasement du conflit avec l’Iran.
La remontée des taux reflète les craintes persistantes des marchés face à l’inflation. Les prêteurs exigent des rendements plus élevés pour compenser l’érosion monétaire liée à la hausse des prix. Une dynamique qui fragilise l’un des principaux engagements économiques de Donald Trump : améliorer le pouvoir d’achat des Américains et faire baisser le coût du crédit.