Le blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, ce passage stratégique qui voit passer près de 20 % du pétrole mondial, a provoqué une envolée des prix du baril à plus de 100 dollars.
L'envolée des prix de l'énergie et des intrants bouscule l'économie de l'Union européenne. Selon les nouvelles prévisions de printemps de la Commission, ce choc énergétique va propulser l'inflation à 3,1 % en 2026 et faire fléchir la croissance du bloc à 1,1 %.
Hausse de l’inflation, ralentissement de la croissance… Les perspectives économiques de l’Union européenne subissent désormais les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient. Le blocage par l’Iran du détroit d’Ormuz, ce passage stratégique qui voit passer près de 20 % du pétrole mondial, a provoqué une envolée des prix du baril à plus de 100 dollars. « Pour les marchés pétroliers, cela représente l'une des plus graves perturbations de l'approvisionnement de l'histoire moderne », note la Commission européenne dans ses prévisions de printemps.
Un choc des prix de l’énergie qui se transmet rapidement à l’économie réelle. Au-delà des prix du carburant, le pétrole est utilisé dans la fabrication de nombreux produits, en passant par le plastique et les emballages jusqu'aux médicaments. De quoi augmenter le prix final de nombreux produits pour les consommateurs européens. L’inflation devrait ainsi remonter à 3,1 % en 2026 selon les prévisions de la Commission. Bien au-dessus de la cible des 2 % de la Banque centrale européenne.
Une croissance faible, des déficits élevés
Un contexte peu favorable pour les anticipations d’investissement des entreprises et pour la consommation des ménages. D’autant que la Banque centrale européenne devrait relever cette année ses taux pour contrer l’inflation. Un resserrement de la politique monétaire qui devrait conduire à des coûts d’emprunt plus sévères pour les entreprises européennes et les particuliers.
La croissance en Europe devrait ainsi ralentir à 1,1 % cette année contre 1,5 % l’année dernière. En France, elle devrait s’établir à 0,8 % et 0,6 % pour l’Allemagne ou encore à 2,4 % pour l’Espagne et 1,7 % pour le Portugal.
Si la croissance ralentit en Europe, les déficits, eux, continuent leur progression. Face à l’augmentation des prix de l’énergie, les États mettent en place des mesures pour la population. Baisse de la TVA en Espagne et en Pologne, plafonnement des prix des carburants en Hongrie, plafond sur les marges bénéficiaires des distributeurs en Grèce. De son côté, la France a instauré des aides pour les travailleurs les plus touchés comme les transporteurs ou encore les agriculteurs. Des mesures de court terme qui pèsent lourdement sur le budget des États.
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Par ailleurs, la hausse des taux obligataires à long terme des États a flambé ces derniers jours et avoisine les 5 % pour la France et l’Allemagne. Une augmentation qui pèse sur le déficit des pays puisque la charge des intérêts augmente. En France, cette charge devrait représenter cette année 2,8 % du PIB.
Couplé à une baisse de l’activité, le déficit public agrégé de l’UE devrait ainsi atteindre les 3,5 % du PIB en 2026. Une dizaine de pays sont au-dessus des 3 % et 6 ont un déficit supérieur à 5 %, dont la France, la Belgique, la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie.
Certains membres de l’UE seront davantage touchés par le choc énergétique. « L'inflation en Europe centrale et orientale devrait rester plus élevée, ce qui s'explique à la fois par la part plus importante de l'énergie dans le panier de consommation de la région et par une croissance plus dynamique des salaires nominaux », pointe du doigt la Commission européenne. La Roumanie, la Slovaquie, la Croatie, la Lituanie et la Bulgarie sont les plus concernées par l’inflation.
En Europe du Sud et de l’Ouest, ce sont les économies industrielles, davantage dépendantes du pétrole et du gaz, qui vont observer un ralentissement de leur activité. C’est le cas de l’Allemagne avec son modèle économique soumis en grande partie aux exportations. En Italie, le système électrique italien est tributaire du gaz naturel, le rendant vulnérable à la crise énergétique.
Enfin, les pays avec des déficits publics élevés vont avoir moins de marges de manœuvre pour mettre en place des aides afin de protéger leurs habitants du choc. Si, en France, le gouvernement doit présenter ce jeudi de nouvelles mesures qui se veulent « ciblées » sur « ceux qui en ont le plus besoin », Roland Lescure, le ministre de l’Économie, a bien répété dimanche que le « quoi qu’il en coûte, c’est terminé ».