Avec le projet de requalification de la friche urbaine Martelly, Grasse poursuit sa mue entamée en 2015 pour contrer la dévitalisation de son cœur historique, atone et paupérisé, en total déséquilibre avec sa forte renommée internationale. Après avoir enclenché la dynamique estudiantine, qui s’est traduite par l’accueil à la rentrée dernière d’un millier d’étudiants, la Cité des Parfums s’attelle désormais à la création d’une nouvelle centralité de 1,6 hectare à coup d’offres commerciales et touristiques, de logements, de loisirs, de services et d’équipements publics. Une transformation globale visant à rétablir et conforter cette ville moyenne de 51 000 habitants de l’arrière-pays cannois au sein du pôle d’attraction qu’est la Côte d’Azur, chiffrée à près de 73 millions d’euros hors taxes (90 millions d’euros TTC) et dont la gestation aura duré une décennie.
Il faut dire que le projet présenté par la Municipalité en décembre n’a plus grand-chose à voir avec celui imaginé par le groupement Wilmotte / Bouygues Immobilier en 2016. Celui-ci, plus massif, plus dense, fait alors l’objet d’un rejet massif des habitants et, à la multiplication des recours, s’ajoute une succession de crises – sanitaire, économique, inflationniste et politique – qui sonnent le glas. La municipalité reprend alors la main, à l’amiable, via la SPL Pays de Grasse Développement, et lance de nouvelles consultations en juillet 2023. « Nous avons changé d’approche et de méthode pour proposer un programme plus vertueux, préférant la conservation et la requalification du bâti à la démolition-reconstruction, reconnaît son directeur, Nicolas Tcherniatine. Les nombreux échanges avec les habitants, que nous avons remis au centre des préoccupations, nous ont également permis de mieux percevoir leurs attentes, notamment concernant l’offre de logements que nous avons divisée par deux, passant de 145 à 70. » Signe que, malgré une crise du logement très prégnante sur le territoire azuréen où le foncier est rare et cher, la densité souffre encore et toujours d’un déficit d’acceptabilité.