Comment la Commission européenne veut aider les États membres à loger leurs classes moyennes
César Armand et Olivier Mirguet

Dan Jørgensen est commissaire européen chargé de l’Énergie et du Logement depuis septembre 2024.
Commission européenne
César Armand et Olivier Mirguet

Dan Jørgensen est commissaire européen chargé de l’Énergie et du Logement depuis septembre 2024.
Commission européenne
C’est une vieille promesse d’Ursula von der Leyen qui est en passe d’être tenue. Quinze mois après sa nomination au poste de commissaire de l’Énergie et du Logement, le Danois Dan Jørgensen vient de présenter, ce mardi au Parlement européen, son « plan européen pour le logement abordable ». Une feuille de route qui repose sur quatre piliers : « augmenter l’offre », « mobiliser les investissements », « permettre un soutien immédiat tout en menant des réformes » et « soutenir les personnes les plus touchées ».
Le commissaire à l’Énergie et au Logement a ainsi confirmé la présentation, l’année prochaine, d’une nouvelle proposition législative sur les locations de courte durée. « Il ne s’agira pas d’une interdiction », a-t-il aussitôt précisé, mais d’aider « à définir les zones soumises à une pression en matière de logement ». « Elle permettra aux autorités locales de promouvoir des logements abordables dans leurs villes et régions, et de prendre des mesures proportionnées pour faire face aux impacts négatifs », a ajouté le Danois.
Cela tombe bien : le social-démocrate Dan Jørgensen a évoqué un certain nombre de mesures, parmi lesquelles un nombre maximal de nuitées louées par an, ou la limitation des locations à la saison estivale tout en louant aux étudiants le reste de l’année. « Les autorités locales pourraient également suspendre temporairement l’octroi de nouvelles autorisations de locations de courte durée dans les quartiers centraux et exiger une autorisation des opérateurs souhaitant louer des logements à des fins touristiques de manière commerciale », a encore affirmé le commissaire danois au Logement.
De son côté, Airbnb « salue » cette initiative mais pointe le fait que « restreindre drastiquement les locations de courte durée n’améliore pas l’accès au logement ». « Au contraire, de telles mesures pénalisent les nombreuses familles qui dépendent de la location occasionnelle de leur hébergement pour faire face à l’augmentation du coût de la vie, elles font augmenter les prix des hôtels et rendent les voyages moins abordables pour les familles, en particulier », déclare, à La Tribune, la plateforme.
Et d'ajouter : « Seul un cadre clair, fondé sur des mesures proportionnées, ciblées et reposant sur des analyses factuelles des problématiques locales permettra d’éviter la mise en place de restrictions drastiques ou d’interdictions injustifiées de la location de courte durée, qui ne répondront pas aux enjeux locaux du logement ».
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Plus généralement, pour augmenter l’offre de logements, le représentant de la Commission européenne s’est engagé à renforcer la productivité et l’innovation dans le secteur de la construction, à lutter contre les pénuries de compétences grâce à la formation et à l’apprentissage, à réduire les charges administratives et les délais de permis ainsi qu’à favoriser la rénovation, la reconversion des bâtiments existants et la remise sur le marché des logements vacants.
Cela passera aussi par une meilleure mobilisation des investissements publics et privés, que ce soit via les fonds de cohésion « InvestUE » et « NextGenerationEU » ou au travers d’une plateforme paneuropéenne d’investissement en coopération avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et les banques publiques. À savoir 10 milliards d’euros sur la table pour construire ou rénover 1,5 million de logements dans les 27 Etats-membres. Sans parler du futur cadre financier pluriannuel 2028-2034.
Dan Jørgensen a d’ailleurs confirmé la révision des règles en matière d’aides d’État pour permettre aux États membres de soutenir plus facilement le logement social et abordable, y compris pour les ménages à revenus intermédiaires et les travailleurs essentiels. « Cela devrait officiellement reconnaître le logement abordable comme un service d’intérêt économique général et permettrait d’étendre le soutien public au-delà du logement social traditionnel pour inclure les ménages à revenu intermédiaire avec une plus grande flexibilité et moins d’exigences de notification », estime la secrétaire générale de l’Association internationale des propriétaires privés, Emmanuelle Causse.
Le commissaire européen a également promis d'« accompagner » les États membres dans la mise en œuvre de réformes structurelles (urbanisme, fiscalité, procédures administratives, utilisation du parc existant), en parallèle d’une « attention particulière » aux jeunes, aux travailleurs essentiels, aux personnes vulnérables et aux sans-abri.
Une loi pour la construction, enfin, est prévue pour le 4e trimestre 2026. Elle sera portée par Stéphane Séjourné, commissaire chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle. Dès le 2 décembre, le Français a en effet réuni quinze acteurs de l’ensemble de la chaîne de valeur « pour examiner les obstacles et défis pesant sur la compétitivité et la productivité [ainsi] que les solutions envisageables pour y répondre », a-t-il fait savoir à la presse dans la foulée.
D’ores et déjà, la députée européenne LR-PPE, Isabelle Le Callennec, encourage la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) ainsi que la Fédération française du bâtiment (FFB) « à se saisir du sujet pour que cette loi réponde à leurs besoins ». Et pour cause : leurs contributions seront prises en compte dans la prochaine stratégie européenne pour la construction de logements, qui visera à renforcer la compétitivité, la productivité, l’innovation et la durabilité du secteur.
César Armand et Olivier Mirguet