Patrick Martin, le patron du Medef est vent debout contre la perspective d’une nouvelle diminution des allègements de charge.
Abdullah Firas/ABACA via Reuters - Abdullah Firas/ABACA - Abdullah Firas/ABACA
Dans un communiqué publié ce mardi, trois organisations patronales ont demandé à l’exécutif de renoncer au décret qu’il prévoit de signer pour diminuer les allègements de charges pour les bas salaires.
Les patrons sont furieux contre Emmanuel Macron. Il faut « renoncer clairement à toute baisse des allègements de cotisations », ont écrit, ce mardi, le Medef, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) et l’UAP (entreprises de proximité) dans un communiqué commun. Un message étonnant vu les efforts qu’ont fait les différents gouvernements ces dernières années pour diminuer le coût du travail pour les entreprises. Entre 2004 et 2022, le montant des allègements de cotisations sociales est, en effet, passé de 30 à 69,8 milliards d’euros selon un rapport de l’Assemblée nationale de 2023.
Sauf que, face au gonflement du déficit public, la dynamique a changé. En 2025, les allègements de charges ont diminué de 1,6 milliard d’euros. Une hausse du coût du travail qui devrait continuer l’année prochaine. En marge du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026, le gouvernement pourrait acter par décret une nouvelle diminution de 1,5 milliard d’euros de ces allègements. De quoi provoquer la colère du patronat.
« On veut envoyer un message à l’exécutif avant qu’il ne prenne cette décision », confie à La Tribune une source au sein du Medef.
Une politique pro entreprises qui tire les salaires vers le bas
Depuis 1993, les gouvernements successifs ont mis en place des dispositifs d’allègements de cotisations sociales sur les bas salaires. Baisse de la CSG ou encore défiscalisation des primes d’activité… les mesures sont nombreuses qui permettent aux entreprises de diminuer le coût du travail de leurs salariés les moins bien rémunérés. Un système bénéfique aux entreprises qui a été fortement poussé par Emmanuel Macron. Sauf qu’il coûte très cher à l’État. En 2024, c’est près de 75 milliards d’euros qui ont échappé à l’État à cause de ce dispositif, soit environ 2,5 % du PIB.
Autre critique : cet allègement qui aide davantage les moins aisés engendre un effet de bord imprévu — la trappe à bas salaires. Selon le dernier rapport du groupe d’experts sur le Smic, publié fin novembre pour les salariés modestes, situés entre 1,2 et 2 Smic, toute promotion peut leur coûter plus qu’elle ne leur rapporte, car elle peut s’accompagner d’une baisse des aides sociales, comme la prime d’activité.
Trappes à bas salaire (Crédits : Rapport groupe d'experts SMIC)
Avec le système actuel d’allègements de charges, les entreprises sont, elles aussi, peu incitées à augmenter les salaires. Car pour 100 euros de rémunération supplémentaire versés par l’employeur, le salarié ne touche en réalité que 20 à 25 euros nets.
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« En 2024, deux économistes, Antoine Bozio et Etienne Wasmer ont rendu un rapport à la ministre du Travail de l’époque, Élisabeth Borne sur ce sujet avec constat. Et ils ont recommandé de revoir la courbe des allègements et de les étaler sur une échelle de salaire plus importante », reconnaît une source du Medef interrogée par La Tribune. Mais pour l’association patronale, il n’est cependant pas question d’en diminuer le volume. « Si on baisse le montant total des allègements de charges et des aides, on perd directement en compétitivité pour les entreprises françaises », ajoute-t-elle. Et pour cause, en France, chaque nouvel employé leur coûte beaucoup plus cher en France qu’ailleurs en Europe.
Un risque de perte de compétitivité pour les entreprises
« Les prélèvements sur le travail payés par les employeurs représentent 11,9 % du PIB en France, contre 9,4 % en Espagne, 9,3 % en Italie et 6,8 % en Allemagne », précisent d’ailleurs le Medef, la CPME et l’U2P dans leur communiqué. Le coût du travail pèse donc plus lourd pour les sociétés françaises que pour leurs voisines européennes. Et, selon les patrons, l’alourdir encore « est le pire message à envoyer » au moment où les défaillances d’entreprises repartent nettement à la hausse. 69 000 sociétés ont fermé boutique en 2025, avec une progression forte pour les TPE et les PME.
Une inquiétude partagée par plusieurs membres du clan macroniste. Dans lettre publiée dans le dernier numéro de La Tribune Dimanche, les anciens ministres de l’Industrie et des PME Marc Ferracci et Aurélia Grégoire ont affirmé que « la réindustrialisation du pays dépend de facteurs multiples, mais il nous faut être lucides : elle ne se poursuivra pas sans maintenir, et même amplifier nos efforts de baisse ducoût du travail. »
Pour le groupe d’experts du Smic : « certains travaux suggèrent que cette politique aurait contribué à la faiblesse de la productivité en France, en soutenant principalement des emplois peu qualifiés et faiblement rémunérés, plutôt que de favoriser la montée en gamme des activités ».
Sacrifier les salaires et les rentrées fiscales de demain
Les défenseurs des allègements de cotisations ont toutefois un autre argument dans leur besace. Pour les organisations patronales, diminuer les allègements de charges, « c’est une taxe sur l’emploi. Et une taxe sur l’emploi, c’est une taxe sur les salaires de demain », ont ajouté les signataires du communiqué, estimant que « si on augmente le coût du travail, on embauche moins, on investit moins, on augmente moins les salaires. »
Un message aussi porté par Marc Ferracci et Aurélia Grégoire qui sont même allés plus loin. « Le gain budgétaire que cela représente à court terme s’effacera rapidement, car il s’accompagnera de destructions d’emplois et au final de moindres rentrées fiscales », ont mis en garde les deux députés macronistes. Reste maintenant à savoir si l’actuel gouvernement et les députés partageront leurs inquiétudes.