Le déficit des hôpitaux publics a atteint 2,9 milliards d’euros en 2024, soit 2,7 % des recettes. Une proportion d’ampleur inédite en vingt ans.
Pour la quatrième année consécutive, les hôpitaux publics français ont creusé leur déficit. Il a atteint 2,9 milliards d’euros en 2024, contre 2,4 milliards l’année précédente (+21 %), d’après l’étude annuelle de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), publiée ce mercredi.
« Rapporté aux recettes, le résultat net est de -2,7 % en 2024 contre -2,3 % en 2023. C’est le déficit le plus important depuis 2005, point de départ des observations », relève l’organisme.
Cette nouvelle dégradation de la situation financière des hôpitaux publics s’explique principalement par la détérioration du résultat d’exploitation, autrement dit des activités courantes. Ce, en raison notamment de la baisse des mesures de soutien mises en place pendant la crise sanitaire liée au Covid-19, mais aussi de la décision du gouvernement de ne pas dégeler le coefficient prudentiel (dispositif de retenue financière mis en place par l’État consistant à mettre de côté une fraction des dotations attribuées aux hôpitaux).
7 hôpitaux sur 10 déficitaires
Au total, plus de sept hôpitaux publics sur dix (72 %) se révèlent déficitaires en 2024. Ils sont moins nombreux que l’année précédente (75 %), mais largement plus qu’avant la crise sanitaire (58 % en 2019).
Dans le détail, ce sont surtout les « très grands » et les « grands établissements », qui représentent près de 90 % des recettes, qui ont vu leur situation financière se dégrader en 2024, rapporte la Drees. Leur déficit s’est creusé de 0,6 point pour les premiers et de 0,4 pour les seconds, pour chacun s’établir à -2,8 % des recettes.
À l’inverse, les petits établissements ont réduit leur déficit global en un an. Il est passé de -3 % des recettes en 2023 à -1,7 % l’année suivante (+1,3 point).
Alors qu’il était en hausse continue depuis 2021, l’effort d’investissement des hôpitaux publics a reculé en 2024 sur un an. Il a représenté 5,1 % des recettes (soit 5,5 milliards d’euros), contre 5,4 % en 2023.
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« Ce léger repli traduit vraisemblablement le retard pris sur de nombreux projets, en raison de la dégradation de la situation financière des établissements, du renchérissement des coûts des projets et d’importants compléments d’instruction potentiels », précise la Drees.
C’est largement moins comparé à quinze ans en arrière, où l’effort d’investissement représentait plus de 10 % des dépenses en 2009, plus haut niveau enregistré depuis le début des observations par la Drees. Il avait ensuite tendanciellement baissé jusqu’à atteindre un point bas en 2020, à 4,4 %. Avant de remonter.
A contrario, l’encours de la dette des hôpitaux publics a diminué en 2024, pour la troisième année consécutive. Mesuré par la part de la dette dans les capitaux permanents, le poids relatif de cet endettement s’est établi à 29,9 milliards d’euros, soit 27,9 % des recettes (contre 29 % en 2023). Une baisse liée aux « mesures prévues dans le cadre du Ségur de la santé, qui prévoient un engagement de 6,5 milliards d’euros pour la restauration des capacités financières des hôpitaux d’ici 2029 », indique la Drees.
« Le bilan est donc contrasté : les plans de soutien et de relance mis en place depuis la crise sanitaire portent leurs fruits sur la dette mais l’effort d’investissement marque le pas », conclut la Drees.
Les hôpitaux privés toujours en excédent, mais moins qu’avant La situation financière des cliniques privées se révèlent, en revanche, dans le vert. Leur résultat net a été positif à hauteur de 194 millions d’euros en 2024, ce qui représente 1 % de leurs recettes. Cet excédent s’avère toutefois en recul sur un an (331 millions d’euros en 2023, soit 1,7 % des dépenses). Et les raisons sont majoritairement les mêmes que pour les hôpitaux publics : la sortie progressive de dispositifs mis en place pendant la crise sanitaire et le non-dégel du coefficient prudentiel. Le repli du résultat net des cliniques privées n’est néanmoins pas nouveau. Il s’observe depuis 2021, où il tutoyait des sommets à 600 millions d’euros (3,4 % des recettes). Il s’affiche même à son niveau le plus bas depuis 2006, début des observations par la Drees, signe d’une détérioration de la situation.