De Bigard à Framatome, du CNRS au Château de Versailles : la France en mission économique à Pékin

Emmanuel Macron a été accueilli par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi.
via REUTERS - Ludovic Marin

Emmanuel Macron a été accueilli par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi.
via REUTERS - Ludovic Marin
C’est le grand événement de la semaine : la visite d’Emmanuel Macron en Chine. Le chef de l’État a atterri ce matin à Pékin pour une visite d’État dans l’ex-Empire du milieu qui doit durer deux jours. Deux journées pendant lesquelles le Président français et son homologue chinois vont discuter de nombreux sujets et signer plusieurs accords selon l’Élysée.
Aux côtés d’Emmanuel Macron, une trentaine de dirigeants de grandes entreprises françaises sont du voyage pour tenter de renforcer leurs liens avec Pékin. Et pour quelques secteurs spécifiques, les enjeux de cette rencontre entre les deux chefs d’États pourraient bien être cruciaux.
Le premier secteur à avoir de grandes attentes sur ce déplacement est celui de l’industrie agroalimentaire. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, est présente dans le cortège présidentiel, tout comme les représentants de la Fédération des industries avicoles, de l’Industrie laitière et d’Intercéréal. A leurs côtés, se tiennent les responsables de plusieurs grosses entreprises tricolores comme Bigard, la Cooperl, Danone, Savencia, Andros, Champagne Cattier ou encore Remy Cointreau.
Il faut dire que l’agriculture française joue gros dans cette rencontre. Ces dernières années, les producteurs et industriels français se sont retrouvés dans le viseur de Pékin, qui a mené une série d’enquêtes visant les exportations de cognac, de produits laitiers ou encore de viande porcine. Avec pour menace de surtaxer les produits venant de l’Hexagone en réponse aux hausses des droits de douane mis en place par les Européens sur les voitures électriques en provenance de Chine. Or, le géant asiatique ne représente pas moins que le huitième plus gros marché de l’industrie laitière européenne et le second plus important pour les producteurs de cognac.
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Deux autres secteurs sont aussi particulièrement bien représentés dans cette délégation : l’énergie et l’industrie automobile. Rolland Lescure, le ministre de l’Économie et de la souveraineté industrielle et énergétique, est en effet du voyage. À ses côtés, de grands industriels de l’énergie comme EDF, Axens (spécialiste du gaz et de la pétrochimie) et Holosolis (pionnier du photovoltaïque) et du nucléaire comme Orano et Framatome. Et la filière de l’automobile française est aussi représentée. Le spécialiste des batteries Verkor et les équipementiers OPmobility et Valeo vont profiter de cette visite pour tenter de rattraper leur retard sur les géants chinois des véhicules électriques.
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L’un des objectifs de Paris est d’attirer plus d’investissements chinois en France. En 2023, les investissements français en Chine étaient de 40 milliards d’euros contre seulement 13,5 milliards d’euros pour les investissements chinois en France. Un déséquilibre que Paris tente de contrebalancer. En septembre, le géant français du combustible nucléaire Orano s’est ainsi associé au chinois XTC New Energy pour la production de matériaux critiques à Dunkerque, dans le nord de la France. De la même manière, une filiale du chinois Envision fabrique désormais des batteries de voitures électriques pour le groupe Renault à Douai (nord).
Des coentreprises qui font « partie des modes possibles de l’investissement en France », expliquait l’Élysée lundi lors d’un point presse. De son côté, la Chine voit l’investissement en Europe comme un moyen de « contourner les barrières douanières » européennes, estime le directeur général de la banque publique d’investissement Bpifrance Nicolas Dufourcq. L’Europe « est un grand marché, et la Chine a intérêt à vendre », a ajouté auprès de l’AFP le prix Nobel d’économie 2025 Philippe Aghion. Selon un rapport de Merics et Rhodium Group, l’année dernière, la Hongrie s’est accaparé un tiers des 10 milliards d’investissements réalisés par la Chine sur le Vieux Continent. Paris entend donc prendre sa part du gâteau.
Dans ce voyage, l’Élysée veut avancer sur le partage des innovations et des technologies chinoises. Notamment celles bien maîtrisées par Pékin dans les « mobilités durables, les batteries ou le photovoltaïque », confiait la présidence française.
C’est dans cet objectif qu’ont été conviés le ministre de l’Enseignement supérieur et la Recherche, Philippe Baptiste, et les têtes du CNRS, de l’Inserm ou encore du CEA. « Après 30 ans de mondialisation qui ont largement permis à la Chine de croître et d’innover (...) les Chinois ont aujourd’hui des technologies particulièrement avancées qui peuvent être partagées avec leurs partenaires de confiance, notamment européens », soulignait l’Élysée la semaine dernière.
De son côté, Pékin « a un intérêt également dans la science. L’Europe est encore devant la Chine dans les publications de papiers de recherche. On a de très bons chercheurs, mais on n’a pas toujours les moyens de traduire la recherche en innovation de rupture. Or la Chine sait innover. Donc les Chinois peuvent être intéressés par des collaborations », notait Philippe Aghion auprès de l’AFP.
Enfin, le monde de la culture et du tourisme est aussi bien représenté dans le cortège français. Auprès de la ministre de la Culture, Rachida Dati, se tiennent les responsables du Club Med, du zoo de Beauval, du château de Chambord et de Versailles ainsi que les représentants du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et de la Comédie-Française.
La France attend avec impatience le retour des touristes chinois. En 2019, environ 2,2 millions de touristes chinois visitaient la France et représentaient 7 % des revenus touristiques de l’Hexagone. Mais depuis la pandémie de Covid-19, les visiteurs venus de l’Est se font beaucoup plus rares. En 2024, seuls 1,1 million de touristes chinois sont venus visiter le pays des Lumières.