Iran : Khamenei juge « justes » les revendications économiques, tout en appelant à la fermeté
latribune.fr
S'exprimant samedi devant des fidèles réunis à Téhéran à l'occasion d'une fête chiite, le guide suprême Ali Khamenei a reconnu la gravité de la situation économique.
En pleine vague de contestation liée au coût de la vie, le guide suprême iranien Ali Khamenei a reconnu le caractère « juste » des revendications économiques des manifestants, tout en réaffirmant la détermination du pouvoir à réprimer toute dérive violente. Une prise de parole qui illustre l’équilibre fragile entre ouverture sociale et contrôle politique.
Reconnaître la colère sans céder sur l’ordre : c’est sur cette ligne étroite qu’avance désormais le pouvoir iranien face à un mouvement de protestation inédit par sa durée depuis plusieurs années. S’exprimant samedi devant des fidèles réunis à Téhéran à l’occasion d’une fête chiite, le guide suprême Ali Khamenei a reconnu la gravité de la situation économique. « Les autorités du pays le reconnaissent, le président et d’autres responsables de haut rang s’efforcent de résoudre ce problème », a-t-il déclaré. « C’est pourquoi les commerçants ont protesté contre cette situation, et c’est tout à fait juste », a-t-il ajouté.
Mais le chef de l’État iranien a aussitôt durci le ton. « Nous dialoguons avec les manifestants mais il est inutile de dialoguer avec les émeutiers. Ces derniers doivent être remis à leur place », a-t-il affirmé, reprenant la rhétorique classique du régime distinguant revendication sociale et tentative de déstabilisation.
Une contestation née de l’hyperinflation
Le mouvement a débuté le 28 décembre à Téhéran, lorsque des commerçants ont fermé boutique pour dénoncer l’hyperinflation et la dégradation rapide du pouvoir d’achat. Rapidement, la contestation s’est étendue à d’autres villes et s’est élargie à des revendications politiques, dans un pays confronté à une économie asphyxiée par les sanctions et une monnaie en chute libre.
Selon les autorités, au moins huit personnes ont été tuées depuis mercredi lors d’affrontements, parmi lesquelles des membres des forces de sécurité. L’agence Mehr a annoncé samedi la mort d’un membre du Bassidj, milice de volontaires islamistes affiliée aux Gardiens de la Révolution, tué « à l’arme blanche et par balles » dans l’ouest du pays.
La contestation a touché au moins 25 villes à travers l’Iran, principalement dans l’ouest et le sud-ouest, où des affrontements et des dégradations ont été signalés. À Téhéran, plusieurs rassemblements ont eu lieu ces derniers jours dans des quartiers populaires, même si la situation semblait plus calme samedi, jour férié.
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Dans certaines localités, les autorités font état de violences importantes. À Darehshahr, environ 300 personnes auraient lancé des cocktails Molotov et bloqué des rues, selon l’agence Fars. À Qom, un homme aurait été tué par l’explosion d’une grenade qu’il comptait utiliser, d’après l’agence Tasnim. Des incidents symboliques ont également été rapportés, notamment à Karaj, où des manifestants ont brûlé le drapeau iranien et scandé des slogans hostiles au régime, évoquant le retour de la dynastie Pahlavi, renversée en 1979.