Canada-Chine : Mark Carney tente de relancer le commerce après huit ans de froid diplomatique
latribune.fr
Attendu en Chine du 13 au 17 janvier, à l'invitation du président Xi Jinping, le chef du gouvernement canadien entend relancer une relation bilatérale durablement fragilisée depuis 2018.
Le Premier ministre canadien Mark Carney entame mardi une visite d’État de quatre jours en Chine, la première d’un chef de gouvernement canadien depuis 2017. Objectif : rétablir des liens commerciaux dégradés et réduire la dépendance d’Ottawa au marché américain.
Huit ans après la dernière visite d’un Premier ministre canadien à Pékin, Mark Carney s’apprête à tourner une page diplomatique sensible. Attendu en Chine du 13 au 17 janvier, à l’invitation du président Xi Jinping, le chef du gouvernement canadien entend relancer une relation bilatérale durablement fragilisée depuis 2018.
Les deux dirigeants avaient amorcé un rapprochement à l’automne dernier en Corée du Sud, en marge du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), une rencontre que Mark Carney avait alors qualifiée de « tournant » dans les relations sino-canadiennes. Sa visite doit désormais concrétiser cette inflexion.
Selon un communiqué de ses services, le déplacement vise à « renforcer la collaboration dans les domaines du commerce, de l’énergie, de l’agriculture et de la sécurité internationale ». Mark Carney doit notamment rencontrer le Premier ministre chinois Li Qiang ainsi que plusieurs dirigeants d’entreprises.
Une relation à reconstruire
La portée symbolique du déplacement est forte. La dernière visite d’un Premier ministre canadien en Chine remonte à décembre 2017, sous Justin Trudeau, avant une longue période de tensions diplomatiques.
« Ce voyage est une avancée majeure », estime Gordon Houlden, ancien diplomate canadien et directeur de l’Institut de la Chine à l’University of Alberta. « Si certains des problèmes commerciaux qui affectent nos exportations sont d’origine politique, leur résolution devrait avoir un effet positif sur le commerce », explique-t-il.
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Les relations se sont brutalement dégradées en 2018 après l’arrestation au Canada d’une dirigeante du groupe Huawei, à la demande des États-Unis, suivie de l’emprisonnement en Chine de deux ressortissants canadiens accusés d’espionnage. Depuis, Pékin a également été accusé d’ingérences dans les élections canadiennes.
Au-delà du réchauffement diplomatique, Ottawa poursuit un objectif économique clair : diversifier ses échanges commerciaux dans un contexte de durcissement des relations avec les États-Unis et de pressions protectionnistes de l’administration Donald Trump.
La Chine est aujourd’hui le deuxième partenaire commercial du Canada, avec 118.7 milliards de dollars canadiens d’échanges bilatéraux de marchandises en 2024. « La Chine est une superpuissance incontournable », souligne Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada à Pékin, qui anticipe un « recalibrage important » de la relation.
Selon lui, des avancées pourraient notamment émerger sur les véhicules électriques et l’approvisionnement énergétique. Mais « l’éléphant dans la pièce » demeure la question des droits de douane.
Depuis l’été 2024, Ottawa et Pékin s’opposent frontalement : surtaxes canadiennes sur les véhicules électriques et l’acier chinois, ripostes de Pékin sur des produits agricoles canadiens, dont le canola. « Tous les accords conclus avec la Chine seront scrutés à Washington », avertit Vina Nadjibulla, de la Fondation Asie Pacifique du Canada, rappelant que ces discussions pourraient peser sur l’avenir de l’accord de libre-échange nord-américain.
Pour Mark Carney, l’équation est délicate. « Le défi sera de faire progresser les objectifs économiques sans sacrifier les priorités de sécurité nationale », estime Vina Nadjibulla. Une ligne de crête que le gouvernement canadien devra tenir, entre opportunités commerciales et prudence stratégique.
À l’issue de sa visite en Chine, le Premier ministre canadien se rendra au Qatar pour une visite bilatérale, avant de participer en Suisse à la réunion annuelle du Forum économique mondial, où la recomposition des échanges mondiaux devrait à nouveau s’imposer au cœur des débats.