« Le gaz n’est bon que lorsqu’il est russe », dénonce l'ancien ministre roumain de l'Economie
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Claudiu Năsui, ancien ministre de l’économie en Roumanie, dénonce les lobbys.
Inaki Bratosin
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Claudiu Năsui, ancien ministre de l’économie en Roumanie, dénonce les lobbys.
Inaki Bratosin
Claudiu Năsui est député au Parlement roumain. Entre 2020 et 2021, il occupait le poste de ministre de l’Économie à Bucarest. Pro-européen et libéral, il a mené des politiques anticorruption et défend une ligne ferme contre les lobbys en Europe. Il observe également l’imbrication, en Roumanie, de certains lobbys avec les intérêts russes, notamment dans le secteur de l’énergie.
LA TRIBUNE - Vous avez défendu des politiques anti-lobbying durant votre passage au ministère de l’Économie. À vos yeux, tous les lobbies doivent-ils être considérés avec la même méfiance ?
CLAUDIU NASUI - D’après moi, il n’y a pas de lobby légitime. Chacun d’eux ne poursuit que ses intérêts, et c’est bien la nature humaine. Si je rencontre l’association des ouvriers, ou celui des producteurs d’aciers, ils chercheront à me convaincre de leur octroyer des privilèges. Le problème n’est pas tant qu’ils demandent cela mais qu’un système leur permette d’obtenir ce qu’ils veulent au détriment du reste de l’intérêt général. Bien sûr, légalement et juridiquement, il y a une différence entre acheter un ministre et lui proposer ses services sous forme de conférence, de publicité etc. Mais moralement, je trouve que la distinction n’est pas si claire. D’autant plus que l’impulsion pour transformer la société ne devrait pas partir des industries et des lobbys mais de l’électorat et la démocratie. On ne doit pas laisser à d’autres acteurs le choix de notre agenda politique.
L’objectif de ces lobbies, de faire remonter des réalités à des politiques que l’on juge parfois déconnecté, ne peut-il pas être louable ?
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Le lobby ne montrera qu’une perception de la réalité. On ne sait jamais ce qu’est la réalité d’une situation dans son ensemble. Un législateur doit donc avoir plusieurs perspectives. Peu de personnes, un petit groupe, avec un petit intérêt commun arrivera à s’organiser, tandis qu’un grand groupe avec un intérêt général n’y arrive pas. Voyez cet exemple : si un lobby poussait pour taxer les citoyens à hauteur d’un seul euro par mois afin de mettre cela dans les poches d’un dirigeant, cela représenterait 20 millions d’euros mensuels en Roumanie. Le lobby pourrait ainsi avoir intérêt à dépenser jusqu’à 19 millions en campagne d’influence pour une telle règle, d’autant plus que la taxe serait si diffuse et imperceptible que les citoyens ne s’organiseraient pas face à cela. Ce n’est pas un simple problème européen, c’est un problème commun à toute démocratie.