Ce qu’il faut retenir de la conférence de Munich sur la sécurité
latribune.fr
Un an après le discours offensif du vice-président JD Vance, les États-Unis ont envoyé à Munich des figures jugées plus modérées : le secrétaire d'État Marco Rubio et le sous-secrétaire à la Défense Eldridge Colby.
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À l’issue de la Conférence de Munich sur la sécurité, Rachel Ellehuus, directrice générale du centre de recherche britannique RUSI, analyse une relation transatlantique stabilisée en surface mais encore traversée de fortes incertitudes stratégiques.
Une Amérique plus mesurée, mais qui ne dissipe pas totalement les doutes. Une Europe plus mobilisée, mais encore contrainte par ses moyens. Pour Rachel Ellehuus, directrice générale du Royal United Services Institute (RUSI), la Conférence de Munich sur la sécurité a mis en lumière un rééquilibrage transatlantique encore fragile.
Washington rassure… à court terme
Un an après le discours offensif du vice-président JD Vance, les États-Unis ont envoyé à Munich des figures jugées plus modérées : le secrétaire d’État Marco Rubio et le sous-secrétaire à la Défense Eldridge Colby.
« Ils ont signalé qu’ils considèrent l’Europe comme un partenaire, que les États-Unis estiment que l’Otan est bénéfique pour eux et qu’ils veulent faire fonctionner ce partenariat », explique Rachel Ellehuus, à condition que les Européens prennent davantage en main leur propre défense.
Eldridge Colby a été « très direct » : les Européens sont « assez riches » et doivent conduire les opérations de défense conventionnelle au sein de l’Otan. « Il est important de souligner qu’ils n’ont pas dit que les États-Unis allaient remballer le parapluie nucléaire », nuance-t-elle.
Mais les interrogations persistent. Les pays nordiques restent préoccupés par le risque de résurgence du projet d’achat du Groenland par Donald Trump. L’expression de « réalisme flexible » employée par Colby suscite également des doutes : « Je ne vois pas très bien comment le réalisme peut être flexible », s’interroge-t-elle, redoutant une hiérarchisation implicite des alliés selon leurs efforts budgétaires.
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Une Europe plus alignée, mais sous contrainte
Côté européen, plusieurs dirigeants ont affiché une volonté de resserrement. Le chancelier allemand Friedrich Merz a plaidé pour une Otan plus européenne. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a évoqué un rapprochement avec l’Union européenne. Et Emmanuel Macron a défendu une défense européenne élargie, incluant des partenaires comme la Norvège, la Turquie ou le Royaume-Uni.
« Les grands pays européens s’alignent davantage en faveur d’une défense européenne », constate Rachel Ellehuus, y compris sur le volet nucléaire.
Mais les contraintes budgétaires en France et au Royaume-Uni, la lente montée en puissance des dépenses militaires et la complexité des coopérations industrielles limitent les avancées concrètes.
La Chine en embuscade
La présence du chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a souligné l’arrière-plan stratégique plus large. Pékin se présente comme défenseur du multilatéralisme et propose un rapprochement économique avec certains partenaires occidentaux.
« Pékin est enchanté d’occuper le siège que les États-Unis sont en train de libérer », analyse Rachel Ellehuus, même si peu d’acteurs européens se font d’illusions sur les intentions chinoises.
Enfin, les Européens restent prudents quant aux perspectives d’un cessez-le-feu en Ukraine. « Le sentiment général était que la Russie n’était pas sincère quant à la fin de la guerre », résume-t-elle, les discussions étant perçues comme une tentative de Moscou de gagner du temps.
Malgré les gains territoriaux revendiqués par la Russie, les coûts humains et économiques restent élevés. « Ce n’est pas exactement gagner », conclut-elle.