Le forum Ambition Africa 2025, à Bercy a réuni plus de 1 900 personnes. En la présence de plusieurs ministres, c’était également l’occasion pour la France d’afficher ses nouveaux objectifs de partenariats économiques : codéveloppement ouverture aux marchés anglophones et lusophones.
C’est « LE grand rendez-vous d’affaire entre l’Afrique et la France », s’enthousiasme Marc Cagnard, directeur de la zone Afrique subsaharienne de Business France. L’agence gouvernementale organisait ce mardi et mercredi la 7e édition de son Salon Ambition Africa 2025 au sein du ministère de l’Économie et des Finances. 1 900 participants étaient présents au centre Pierre-Mendès-France de Bercy, dont 1 100 personnalités africaines. Outre les conférences et allocutions, la totalité des créneaux proposés pour des rendez-vous « B2B » entre entreprises françaises et africaines ont été réservés, soit pas moins de 1 400 entretiens.
Malgré la hausse post-Covid, les exportations françaises en Afrique n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant 2014. Cela n’empêche pas Paris d’être le quatrième pays investisseur sur le continent. Le forum à Bercy témoigne donc de la « force des relations entre la France et l’Afrique », a souligné le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Nicolas Forissier. Cependant, comme le rappelait déjà le nouveau directeur de la zone Afrique du Nord de Business France dans les colonnes de La Tribune, la France souhaite aller plus loin.
« Dans le monde tourmenté du commerce international que nous connaissons aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire de soutenir les partenariats gagnants-gagnants entre les pays d’Afrique et l’Union européenne », a insisté le ministre.
De nouveaux modèles de partenariats
« Gagnant-gagnant » : c’est le mot d’ordre de Paris. Car, si sur le plan politique, l’hexagone a été confrontée à la montée d’un sentiment antifrançais dans de nombreux pays d’Afrique, sur le plan économique d’autres tendance s’ajoutent et viennent challenger Paris. D’abord, la montée en puissance d’acteurs étrangers (Chine, Inde, Turquie, pays du golfe et pays européens notamment) oppose la France à toujours plus de concurrence pour certains marchés. Les Jeux olympiques de la jeunesse 2026 à Dakar (Sénégal) en sont les premiers témoins : Vinci y a décroché l’important contrat de construction de la piscine olympique, tandis que le stade Léopold Sédar Senghor sera entièrement rénové par une entreprise publique chinoise de construction.
Autre défi pour Paris : l’émergence d’un fort souverainisme économique. Déjà, fin septembre, au cours d’un forum d’affaires au Sénat, des personnalités sénégalaises étaient venues présenter aux entreprises françaises le nouveau modèle de « business », privilégié par Dakar depuis l’élection du président souverainiste Bassirou Diomaye Faye. « Il ne s’agit pas de dire venez uniquement investir au Sénégal, mais de dire venez comprendre le Sénégal », avait alors expliqué la PDG de Global Mind Consulting, Seynabou Dia Sall, dans le Palais-Bourbon.
Dans ce contexte, la France mise donc sur des partenariats nouveaux, « gagnants-gagnants » , en espérant à la fois pouvoir répondre à la demande africaine et se distinguer de ses concurrents. Quant à savoir quel modèle économique mettre en avant pour ces nouveaux partenariats, le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, Nicolas Forissier, botte en touche : « je ne privilégie pas de modèle. (…) Il y a toute sorte d’hypothèses, il faut faire confiance à la capacité d’initiative ».
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« On ne peut pas se limiter à l’Afrique francophone » Marc Cagnard
Dans les différentes hypothèses considérées, la production locale constitue une constante. « Le contenu local est de plus en plus un sujet (…). Être identifié comme une entreprise locale, vous ouvre davantage de marchés locaux », analyse Marc Cagnard de Business France. La co-industrialisation est en marche, et l’Union africaine développe parallèlement un label « made in Africa » pour des produits conçus majoritairement sur le continent.
« La France exporte déjà de moins en moins de produits finis vers l’Afrique, et a contrario de plus en plus d’intrants et produits semi-finis », détaille Philippe Garcia, directeur de la zone Afrique du Nord de Business France.
Commerce avec les pays anglophones et lusophones
Autre objectif pour la France : développer le commerce avec des régions d’Afrique moins exposées. Les pays anglophones et lusophones sont ainsi scrutés d’un nouvel œil par Paris, « on ne peut pas se limiter à l’Afrique francophone », martèle Marc Cagnard. À Bercy, l’Angola, avait ainsi une importante délégation cette semaine. Prochainement, c’est un autre forum qui occupera les promoteurs du business : pour la première fois, un sommet Afrique-France se tiendra dans un pays anglophone, en l’occurrence au Kenya les 11 et 12 mai prochain. Baptisé « Africa Forward : partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance », l’événement « s’inscrit dans le renouvellement des relations entre la France et les pays africains, fondés sur des partenariats mutuellement avantageux », d’après sa présentation.
Selon Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger, « le choix ne s’est pas fait parce que c’était un pays anglophone. C’est important de dire que la francophonie n’est pas l’opposition à l’anglais ». Pour autant, les entreprises françaises souffrent encore de certains freins à leur implantation dans ces pays. Des freins avant tout « culturels : la langue, la pratique des affaires à l’anglo-saxonne qui peut leur faire un peu peur », d’après Marc Cagnard.