« Excel plutôt que l’excellence » : comment les entreprises allemandes choisissent leurs patrons
latribune.fr
Une série d'études sur les dirigeants du DAX, la diversité des conseils et la culture du management décrit un modèle sous tension, qui commence à bouger.
Dans les grands groupes allemands, la loyauté maison et la maîtrise des tableaux comptables pèsent souvent plus que le leadership ou l’audace pour accéder au sommet. Une série d’études sur les dirigeants du DAX, la diversité des conseils et la culture du management décrit un modèle sous tension, qui commence à bouger.
Les grandes études sur la gouvernance allemande confirment en partie ce portrait. Le Germany Spencer Stuart Board Index 2024 montre que les conseils de surveillance des groupes du DAX 40 restent des structures stables, de taille moyenne autour de 15 membres, avec une forte proportion de mandats renouvelés et une ancienneté élevée. La rotation existe, mais elle est progressive, ce qui renforce les routines de cooptation et la continuité des profils.
Du côté des directoires, Spencer Stuart souligne que l’âge moyen des membres de directoire reste autour de la cinquantaine, avec des carrières longues dans la même entreprise. Les nominations externes au sommet restent l’exception plutôt que la règle : pour devenir CEO dans un grand groupe allemand coté DAX, il est encore largement préférable d’avoir fait l’essentiel de son parcours dans la maison, avec des passages obligés par la finance, le contrôle de gestion ou des postes opérationnels clés.
Sur le terrain de la diversité, d’autres études nuancent le tableau. Une analyse de Russell Reynolds montre que les conseils de surveillance des groupes du DAX ont atteint et dépassé le seuil de 40 % de femmes, reflet des quotas et de la pression réglementaire. Mais la même étude souligne que les présidences de conseils et les postes exécutifs clés restent largement masculins, confirmant un «plafond de verre» au sommet.
« Excel plutôt que l’excellence »
Trois ressorts, selon des experts du recrutement, déterminent encore largement qui accède aux postes les plus élevés outre-Rhin. D’abord, la logique de « Kaminkarriere », ces carrières «par la cheminée» qui se déroulent presque entièrement au sein de la même entreprise, avec des promotions étape par étape et une forte valorisation de la loyauté. Les dirigeants qui atteignent le sommet connaissent intimement la maison, ses chiffres, ses réseaux et ses impensés.
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La Hans-Böckler-Stiftung, proche des syndicats, a documenté l’enjeu de la diversité au sein de ces instances : ses travaux sur la « Diversität » dans les conseils de surveillance et les comités montrent qu’une plus grande variété de profils – genre, origine, expertise – améliore la qualité des décisions, notamment sur les sujets complexes comme le climat ou le numérique. Mais ces études soulignent aussi que cette diversité reste surtout concentrée sur les sièges de conseil, beaucoup moins sur les directoires, où dominent encore des hommes allemands de plus de 50 ans issus de filières techniques ou gestionnaires.
Cette tension est particulièrement visible sur la transformation numérique. Des analyses sur la numérisation de l’industrie allemande soulignent l’ambition d’Industrie 4.0, mais aussi les retards sur certains usages avancés du cloud et de l’IA par rapport aux États-Unis. Or les profils les plus à même de combler ces retards – spécialistes data, experts IA, cadres passés par des environnements plus agiles – ne sont pas forcément ceux que le système de promotion interne, décrit par Handelsblatt, met en avant.
Les DRH et consultants interrogés dans la presse allemande plaident pour une redéfinition des critères de promotion : intégrer systématiquement la capacité à créer une culture d’apprentissage, tolérante à l’erreur et tournée vers l’expérimentation. Des notes du Bundesverband der Personalmanager et d’autres acteurs insistent sur la nécessité de passer d’un contrôle de conformité à un leadership de confiance, si l’on veut libérer l’innovation. Mais le mouvement reste lent, surtout dans les grands groupes industriels.