Terres rares : malgré la trêve de Busan, pas de retour à la normale en vue pour les exportations chinoises

Xi Jinping et Donald Trump à Busan (Corée du Sud) le 30 octobre 2025.
/FW1FP/Sonali Paul - REUTERS - Evelyn Hockstein

Xi Jinping et Donald Trump à Busan (Corée du Sud) le 30 octobre 2025.
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Lorsqu’ils évoquent les nombreux flous et l’absence de suivi qui entourent les accords diplomatiques et commerciaux passés par l’administration Trump, les plus confiants parlent « d’ambiguïté stratégique ».
Les plus critiques préfèrent le terme « amateurisme ». La prolongation de la trêve commerciale conclue entre le président américain et son homologue chinois à Busan (Corée du Sud) a offert à ces commentateurs son nouveau lot d’incertitudes, dont certaines sur les exportations de terres rares planent encore une semaine après la rencontre. Difficile de faire de cette visite une trêve, et de cette trêve une réalité.
À la sortie du sommet jeudi 29 octobre, le soulagement affiché par les deux parties n’a pas totalement rassuré les marchés. En dépit d’une rencontre notée 12/10 par Donald Trump, le S&P 500 et le Nasdaq reculaient respectivement de 0,99 % et 1,57 %, observant Busan comme une détente tactique et non comme une avancée structurelle. C’est du côté des industriels de la défense et de l’automobile que l’espoir était cependant le plus fort : les annonces de Pékin du 2 octobre dernier, qui devaient mener à une expansion des contrôles à l’exportation de terres rares, ont été repoussées d’un an. Si le ministère chinois du commerce a rapidement confirmé l’information, les détails ont un temps manqué, et la Maison Blanche a profité du flou pour donner sa version, signalant que « la Chine délivrera des licences générales valables pour les exportations de terres rares, de gallium, de germanium, d'antimoine et de graphite au profit des utilisateurs finaux américains et de leurs fournisseurs dans le monde entier (…) La licence générale signifie la suppression de facto des contrôles imposés par la Chine en avril 2025 et octobre 2022. »
Autrement dit, la Chine n’aurait pas seulement renoncé aux mesures annoncées début octobre mais également à de plus anciennes décisions, notamment celles d’avril sur les terres rares, et qui ont durement frappé certaines industries européennes et américaines. Mieux encore, Pékin pourrait octroyer des licences générales - une autorisation pour des clients étrangers d’importer un produit pendant une période longue - aux entreprises occidentales.
Seulement, la parole de Washington n’aura pas résisté à l’épreuve du temps. Dès lundi, les autorités locales de Mongolie intérieure - région chinoise d’où est extraite près de 50% de la production mondiale de terres rares -, ont contredit la version américaine : samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutétium, scandium et yttrium, ces 7 terres rares dont la Chine contrôle déjà les exportations depuis avril continueront à faire l’objet de restrictions. Alors, fallait-il que tout change pour que rien ne change ? Pas si sûr. Si les Américains n’ont pas obtenu à Busan un retour à la normale, la mise en place de licences générales pourrait soulager une partie des industries.
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Concrètement, au lieu de demander une licence au cas par cas, certaines entreprises occidentales pourraient obtenir une autorisation d’importer des terres rares pendant un an et dans des volumes plus importants. Véritable changement ou écran de fumée ? Pour le moment, Pékin n’a pas dévoilé les détails de ces nouvelles méthodes, mais a signalé jeudi qu’elle « optimisera continuellement les procédures de licence, s'adaptera activement aux mesures de facilitation telles que les licences générales. » D’après les spécialistes du secteur, les licences générales seront probablement plus difficiles à obtenir pour des industriels de la défense ou d'autres secteurs sensibles, pourtant largement dépendant en terres rares. Ainsi, la trêve de Busan pourrait bien se concrétiser uniquement dans les secteurs choisis par Pékin, ce dernier gardant la main. En l’absence de communiqué commun, ni d’accord écrit à l’issue du sommet, chaque partie sera libre d’appliquer le fruit des discussions à son bon vouloir.