Guerre au Moyen-Orient : la Fed pourrait retarder une baisse des taux
latribune.fr
La Fed doit tenir mardi et mercredi sa réunion de politique monétaire, sans doute l'une des dernières présidées par Jerome Powell qui est dans le viseur de Donald Trump.
Reuters
Guerre au Moyen-Orient : la Fed pourrait retarder une baisse des taux
Le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient pourrait pousser la Réserve fédérale à maintenir ses taux d’intérêt élevés plus longtemps, à rebours des appels de Donald Trump à une détente monétaire.
La guerre au Moyen-Orient pourrait rebattre les cartes de la politique monétaire américaine. Face à la flambée des prix de l’énergie provoquée par le conflit, la Réserve fédérale pourrait être contrainte de maintenir ses taux d’intérêt inchangés plus longtemps que prévu, au risque de contrarier les attentes de la Maison Blanche.
Avant même la guerre, déclenchée le 28 février, nombre de responsables monétaires semblaient enclins à geler les taux pendant plusieurs mois afin de s’assurer que l’inflation revienne durablement vers l’objectif de 2 % fixé par la banque centrale.
À 2,8 % en janvier, « cela fait cinq ans » que l’inflation reste au-dessus de la cible de la Fed, rappelle auprès de l’AFP Diane Swonk, économiste en chef du cabinet KPMG aux États-Unis. « Il n’y a rien de plus épidermique pour les consommateurs que de voir les prix à la pompe augmenter rapidement », souligne-t-elle.
Résultat : la banque centrale américaine dispose de moins de marge de manœuvre que d’autres institutions monétaires face à un nouveau choc inflationniste. La Fed doit tenir mardi et mercredi sa réunion de politique monétaire. Après trois baisses consécutives en fin d’année dernière, les taux directeurs se situent désormais entre 3,50 % et 3,75 % et n’ont plus bougé depuis.
Risque d’emballement inflationniste
Chaque jour de guerre supplémentaire prolonge les perturbations dans les flux d’hydrocarbures du Golfe, alimentant les tensions sur les marchés énergétiques. Dans ce contexte, Donald Trump continue de réclamer une détente monétaire « immédiate » afin de réduire les coûts d’emprunt pour les ménages et les entreprises américaines.
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Le président américain avait fait de l’amélioration du pouvoir d’achat une promesse centrale de sa campagne, à l’approche des élections législatives prévues à l’automne. La Réserve fédérale est chargée d’un équilibre délicat : contenir l’inflation sans freiner excessivement l’économie et l’emploi.
Des taux élevés contribuent à calmer la hausse des prix, tandis qu’une baisse des taux stimule l’activité économique et les embauches. Mais lorsque l’inflation et le chômage progressent simultanément, la marge de manœuvre de la banque centrale se réduit fortement.
Les responsables monétaires « sont dans une position délicate », estime Nicole Cervi, économiste à la banque Wells Fargo. « Ils doivent choisir un camp », explique-t-elle, face à ce qui pourrait s’apparenter à un choc stagflationniste, mélange d’inflation persistante et de ralentissement économique.
Faucons contre colombes
Au sein de la Fed, le débat oppose traditionnellement les responsables les plus stricts sur la lutte contre l’inflation, les « faucons », et ceux qui privilégient le soutien à l’activité et à l’emploi, les « colombes ». Stephen Miran et Christopher Waller appartiennent à ce second camp. Ils étaient les seuls, en janvier, à voter pour une baisse des taux et pourraient défendre à nouveau cette position lors de la prochaine réunion. Un récent rapport sur l’emploi est toutefois venu compliquer l’équation : plus de 90 000 emplois ont été détruits en février. Le taux de chômage reste néanmoins relativement contenu, à 4,4 %.
La réunion de cette semaine pourrait également compter parmi les dernières présidées par Jerome Powell. Le mandat du président de la Fed doit en principe prendre fin en mai. Donald Trump a désigné l’ancien gouverneur Kevin Warsh pour lui succéder, mais la procédure de confirmation reste bloquée au Sénat.
La majorité républicaine y est étroite et un sénateur du camp présidentiel, Thom Tillis, refuse pour l’instant de soutenir la nomination tant qu’une procédure visant Jerome Powell, lancée par une procureure proche de Donald Trump, reste en cours.Le sénateur voit dans cette démarche une « attaque contre l’indépendance de la Fed ».
Donald Trump compte sur Kevin Warsh pour favoriser une politique monétaire plus accommodante. Mais la guerre au Moyen-Orient pourrait compliquer cette stratégie. Avec la hausse des prix de l’énergie, « il sera beaucoup plus difficile de convaincre les faucons », estime Nicole Cervi, même si « les colombes disposent d’arguments solides concernant la situation du marché du travail ». Dans ce contexte, la Fed pourrait être contrainte de privilégier la lutte contre l’inflation, même au prix d’un ralentissement économique. Un arbitrage délicat, au moment où la guerre fait grimper les prix de l’énergie et où la pression politique s’intensifie à Washington.