Un enregistrement révèle l'échange troublant entre Steve Witkoff, émissaire spécial du président américain, et le conseiller de Poutine, Youri Outchakov. Un enregistrement publié par Bloomberg dévoile les détails de cette diplomatie parallèle où l'on discute de flatterie présidentielle, de sabotage d'agenda et de l'abandon de territoires ukrainiens pour un « deal de paix ».
Witkoff a conseillé la Russie sur la manière de présenter son plan pour l'Ukraine à Trump. Un enregistrement d'un appel téléphonique entre l'envoyé présidentiel américain et un haut responsable du Kremlin, révélé par Bloomberg, montre la diplomatie parallèle qui caractérise l'entourage de Washington.
Les interlocuteurs
Steve Witkoff : Homme d’affaires américain et promoteur immobilier, il agit ici en tant qu'émissaire spécial du président américain pour des dossiers sensibles tels que l'Ukraine et le Proche-Orient. Sa position non institutionnelle lui confère une liberté et une discrétion considérables, mais soulève des questions sur le respect des canaux diplomatiques établis.
Youri Outchakov : Conseiller diplomatique du président russe Vladimir Poutine depuis 2012 et ancien ambassadeur de Russie à Washington. Outchakov est l'un des plus proches et expérimentés conseillers de politique étrangère du Kremlin, ce qui confère à cet échange une importance stratégique maximale côté russe.
L'enjeu de l’échange
La conversation a lieu peu après la signature d'un accord au Proche-Orient (Gaza), succès auquel le début de l'échange fait allusion. L'objectif principal de Witkoff est de préparer le terrain pour une résolution du conflit russo-ukrainien, qu'il cherche à présenter comme un « grand deal » négocié directement entre les présidents Poutine et Trump.
L'Instrumentalisation de l'ego : Witkoff fournit un mode d'emploi détaillé à son homologue russe sur la manière de flatter l'ego du président américain pour garantir le succès d'une future communication de haut niveau.
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La subversion de la politique étrangère : L'émissaire américain discute non seulement des concessions territoriales (Donetsk) à accorder à la Russie, mais il conseille également de saboter la visite officielle du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche en veillant à ce que la communication Poutine-Trump ait lieu juste avant.
Cet épisode soulève de vives inquiétudes aux États-Unis concernant un possible cas d'intelligence avec une puissance étrangère, soulignant l'érosion des frontières entre l'intérêt personnel politique et la sécurité nationale.
Le dialogue s'ouvre sur un rituel de flatterie et de reconnaissance mutuelle. Outchakov encense Witkoff pour le succès de l'accord de Gaza, établissant un capital de confiance essentiel. L'affirmation que Moscou a « mis en suspens » son propre sommet est une manœuvre pour créditer personnellement l'administration Trump d'une réussite majeure, transformant le succès de Gaza en une monnaie politique à dépenser pour aborder le dossier ukrainien.
La transition est fluide et consensuelle. Le rire d'Outchakov marque l'alignement stratégique des deux parties sur l'objectif principal : l'Ukraine. Le conseiller russe teste l'accès au canal présidentiel direct, tandis que Witkoff assure que ce canal est immédiatement disponible, soulignant que la décision repose uniquement sur la volonté personnelle de Trump (« mon gars »).
SW : Eh bien écoute. Je vais te dire quelque chose. Je pense, je pense que si on arrive à résoudre la question Russie-Ukraine, tout le monde sautera de joie.
YO : Oui, oui, oui. Oui, il ne te reste qu'un seul problème à résoudre. [rire]
SW . : Lequel ?
YO : La guerre russo-ukrainienne.
SW : Je sais ! Comment on résout ça ?
YO : Mon ami, je veux juste ton avis. Penses-tu que ce serait utile si nos chefs parlaient au téléphone ?
SW : Oui, je le pense.
YO : Tu le penses. Et quand penses-tu que ce serait possible ?
SW : Je pense que dès que tu le proposes, mon gars est prêt à le faire.
Witkoff se mue en consultant en communication pour le Kremlin, fournissant le mode d'emploi pour manipuler l'ego de son propre président. L'accès à la négociation est subordonné au protocole de flatterie : louer Trump comme l'« homme de paix » et valider la ligne narrative que la Russie est un partenaire de paix raisonnable. Le format du « Plan Trump en 20 points » est offert comme un emballage marketing pour garantir la paternité et la simplicité de l'initiative.
SW : Youri, Youri, voici ce que je ferais. Ma recommandation.
YO : Oui, je t'écoute.
SW : Je ferais l'appel et je réaffirmerais simplement que tu félicites le président pour cette réussite, que tu l'as soutenue... que tu respectes le fait qu'il est un homme de paix et que tu es vraiment heureux d'avoir vu cela se produire. Donc je dirais ça. Je pense qu'à partir de là, ce sera un très bon appel.
SW : Parce que, laisse-moi te dire ce que j'ai dit au président. J'ai dit au président que la Fédération de Russie a toujours voulu un accord de paix. C'est ce que je crois. (...) Je pense même qu'on pourrait établir une proposition de paix en 20 points, comme on l'a fait à Gaza.
YO : D'accord, d'accord mon ami. Je pense que ce point précis, nos dirigeants pourraient en discuter. Hey Steve, je suis d'accord avec toi, il va le féliciter, il va dire que M. Trump est vraiment un homme de paix, et ainsi de suite. Il va le dire.
💰 La révélation du prix et l'affirmation d'un canal parallèle
La phrase « entre nous » marque l'instant de la concession stratégique. Witkoff révèle le fond du deal en acceptant a priori les exigences maximalistes russes (cession de Donetsk). Il fournit une feuille de route pour dissimuler cette perte territoriale derrière un langage positif d'« espoir ». L'insistance sur sa propre marge de manœuvre et discrétion affirme que le canal parallèle est l'unique lieu où les termes du compromis seront définis, court-circuitant l'appareil d'État américain.
SW : Peut-être qu'il pourrait dire au président Trump : tu sais, Steve et Youri ont discuté d'un plan de paix très similaire en 20 points... Maintenant, entre nous, je sais ce qu'il faudrait pour parvenir à un accord de paix : Donetsk et peut-être un échange de territoires quelque part. Mais je dis qu'au lieu de parler comme ça, parlons avec plus d'espoir parce que je pense qu'on va arriver à un accord ici. Et je pense, Youri, que le président me donnera beaucoup de marge de manœuvre et de discrétion pour parvenir à cet accord.
⚔️ La subversion de l'agenda officiel : le sabotage de Zelensky
C'est l'étape de la neutralisation tactique. Witkoff identifie la visite de l'allié ukrainien comme un obstacle potentiel et conseille expressément à la Russie d'organiser l'appel Poutine-Trump avant celle-ci. L'objectif est de fixer le cadre de la négociation bilatérale (Moscou-Washington) et de dévaluer la position de Zelensky, le réduisant à un acteur secondaire mis devant un fait accompli par les deux grandes puissances. Le rire d'Outchakov confirme la complicité et l'acceptation de cette manœuvre.
SW : Et encore une chose : Zelensky vient à la Maison-Blanche vendredi.
YO : Je sais. [rire]
SW : Je vais aller à cette réunion parce qu'ils veulent que je sois là, mais je pense que si possible, il faudrait qu'on ait l'appel avec ton patron avant cette réunion de vendredi.
YO : Avant, avant, oui ?
SW : Exact.
YO : D'accord, d'accord. J'ai compris ton conseil. Je vais en discuter avec mon patron puis je reviens vers toi, d'accord ?