Les entreprises chinoises reçoivent « un soutien public trois à huit fois plus important » que les autres pays, alerte l'OCDE
latribune.fr
Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont ainsi reçu en moyenne " un soutien public trois à huit fois plus important que celles basées " dans les 38 pays membres de l'OCDE.
Un rapport de l'OCDE publié ce lundi révèle que les entreprises chinoises ont reçu, entre 2005 et 2024, des subventions publiques trois à huit fois supérieures à celles de ses 38 pays membres. Ce soutien massif, estimé à 108 milliards de dollars en 2024, fausse la concurrence internationale.
L'OCDE a compilé sur deux décennies les subventions publiques accordées à certains secteurs industriels dans le monde. Dans un rapport publié lundi, elle pointe ainsi un grand responsable des « distorsions de concurrence » dans une quinzaine de secteurs industriels clés : la Chine.
Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont ainsi reçu en moyenne « un soutien public trois à huit fois plus important que celles basées » dans les 38 pays membres de l'OCDE, explique l'organisation. Encore cette estimation est-elle « prudente ».
Les aides se font via des aides directes, via des allègements fiscaux mais aussi par des prêts à des taux très avantageux, « en général accordés par des institutions financières publiques », explique une experte de l'OCDE. Elles donnent aux entreprises chinoises davantage de marge de manœuvre financière pour investir dans de nouveaux sites de production, de temps pour parvenir à la rentabilité, ou de résistance aux vents contraires. Elles ont aussi entraîné des surcapacités de production dans certains secteurs, tirant les prix mondiaux vers le bas au détriment des autres acteurs internationaux.
Une base de données « MAGIC »
Ce constat s'appuie sur une importante base de données, appelée « MAGIC », pour « Manufacturing Groups and Industrial Corporations ». Pour la nourrir, l'organisation a compulsé les rapports financiers de 525 grandes entreprises internationales de quinze secteurs industriels clés : aéronautique et défense ; aluminium ; automobile ; ciment ; chimie ; engrais ; verre et céramiques ; machinerie lourde ; semi-conducteurs ; construction navale ; panneaux photovoltaïques ; acier ; équipements de télécommunications ; matériel roulant ; éoliennes. « Depuis deux ans, la base est partagée de manière confidentielle » avec les gouvernements des 38 pays membres de l'organisation, explique un autre expert de l'OCDE.
Pour la première fois lundi, une « version agrégée qui anonymise les entreprises » mais reposant sur les mêmes données a été rendue publique. Elle montre que le soutien aux industries a atteint, avec 108 milliards de dollars en 2024, un plus haut niveau depuis la crise des subprimes en 2008.
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« Comme le dopage dans le sport, le risque est que les aides publiques aident des acteurs moins productifs à gagner de manière injuste, au détriment des meilleurs », rapporte le secrétaire général australien, Mathias Cormann, dans une conférence de presse lundi.
Auparavant, une experte de l'OCDE avait aussi estimé auprès de plusieurs médias, dont l'AFP, que « si on ne fait rien concernant les distorsions de concurrence sur les marchés internationaux, tout le monde va surpayer » son soutien à l'industrie, « et personne n'aura les effets recherchés » en matière de « résilience et de compétitivité ».
Parts de marché gigantesques
Dans les secteurs étudiés, qui sont déterminants car à la base de pans entiers de l'économie mondiale, ces subventions dessinent les marchés mondiaux, permettant aux entreprises chinoises de se tailler des parts de marché gigantesques dans les panneaux solaires, l'acier ou la construction navale. L'OCDE estime que « près de 60 % des gains des parts de marché mondiales » des entreprises chinoises sur la période 2005-2024 « peuvent être expliqués par les aides publiques reçues ».
« Les aides publiques accroissent la part de marché, mais ne conduisent pas à une meilleure productivité ou rentabilité », a détaillé Mathias Cormann. Autrement dit, « les entreprises n'ont pas gagné les marchés en étant plus efficaces ou innovantes, mais en étant plus massivement subventionnées ».
Les gouvernements allemand, français, australien, américain, japonais, israélien ou britannique - parmi la liste des membres de l'OCDE - peuvent toujours tenter de combler l'écart en subventionnant leurs propres champions. Mais au vu des conditions dont bénéficient les entreprises chinoises, ce soutien peut être sans fin. « Ce n'est pas un problème que l'on peut résoudre chacun de son côté », conclut un expert de l'OCDE en soulignant l'importance de la coopération internationale.