Le ministre allemand de l'Économie, Lars Klingbeil, a promis une réponse européenne "claire et unanime" aux menaces de nouveaux droits de douane de Trump au sujet du Groenland.
Les Européens préparent des contre-mesures pour répondre au « chantage » du président américain, qui menace de surtaxes douanières huit pays européens s'opposant à son ambition de s'emparer du Groenland, a dit lundi le ministre allemand de l'Économie.
L'UE prépare sa riposte au « chantage » de Trump. Le président américain a menacé samedi huit pays européens, dont la France, ayant envoyé des militaires au Groenland de nouveaux droits de douane si le territoire n'est pas « intégralement vendu » aux États-Unis. Cette surtaxe de 10 % sera effective à partir du 1ᵉʳ février et pourrait s'envoler à 25 % au 1ᵉʳ juin.
« Nous ne céderons pas au chantage. L'Europe donnera une réponse claire et unanime. Nous préparons actuellement des contre-mesures concertées », a déclaré lundi le ministre allemand de l'Économie, Lars Klingbeil, lors d'une conférence de presse avec son homologue français Roland Lescure, listant le gel de l'accord douanier américano-européen ou encore l'entrée en vigueur de taxes sur des produits américains, importés et gelés jusqu'ici jusqu'au 6 février.
Il a aussi évoqué la « boîte à outils » de l'Union européenne (UE) pour répondre « au chantage économique », une référence à l'instrument anti-coercition qui permet en particulier de limiter les importations provenant d'un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer certains investissements. Emmanuel Macron a fait savoir dimanche via son entourage que si Donald Trump instaurait ces nouvelles surtaxes douanières, il demanderait son activation.
Qu'est-ce que l'instrument anti-coercition ?
Ce dispositif est un outil commercial puissant dont le bloc s'est doté en 2023 mais qui n'a encore jamais été utilisé. Comparé par certains à un « bazooka » et pensé comme un instrument de dissuasion, il vise à répondre à tout pays qui utiliserait des armes commerciales pour faire pression sur l'un des 27 États membres.
Selon les textes de l'UE, la coercition économique existe lorsqu’un pays tiers « applique ou menace d'appliquer une mesure affectant le commerce ou les investissements » dans le but d'interférer « dans les choix souverains légitimes de l'UE ou d’un État membre ».
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Cet instrument « nous permettra de défendre avec plus d'assurance nos droits et intérêts légitimes », soulignait le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis lors de son adoption en juin 2023. À l'époque, l'utilisation de cette nouvelle arme avait été envisagée dans le conflit entre la Lituanie et la Chine. Le pays balte accusait Pékin de bloquer ses exportations pour protester contre l'ouverture d'une représentation diplomatique taïwanaise à Vilnius.
Le possible recours à cet instrument a déjà été soulevé au printemps 2025 pour répondre aux droits de douane annoncés par la locataire de la Maison-Blanche. Mais les 27 n'étaient pas passés à l'acte, au grand dam de certains eurodéputés et analystes qui avaient mis en garde contre le faible effet dissuasif d'une mesure si elle n'est jamais appliquée.
Comment activer ce dispositif ?
Combien de temps faudrait-il pour l'activer ? Quelle serait sa portée exacte ? Beaucoup d'interrogations subsistent dans la mesure où cet instrument n'a jamais été utilisé.
Concrètement, la Commission peut lancer la procédure de sa propre initiative ou à la demande d'un État membre. La décision d'activation de cette mesure doit ensuite être approuvée par le Conseil de l'UE à la majorité qualifiée, c'est-à-dire avec le soutien d'au moins 55 % des États membres représentant au moins 65 % de la population de l'UE.
En cas de feu vert s'ouvre alors une phase de médiation, sans limite de temps, durant laquelle la Commission tentera de convaincre l'État incriminé de faire cesser les mesures contestées. « Toutefois, en dernier recours, l'instrument anti-coercition pourrait être utilisé pour lancer des contre-mesures contre un pays tiers, notamment un large éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement », explique le site du Parlement européen.
Mesures de représailles
Au-delà du recours à l'instrument anti-coercition, une autre réponse possible pour les 27 serait de réactiver les mesures de représailles prévues sur une liste comprenant 93 milliards d'euros de marchandises américaines : soja, avions, voitures, etc. Cette riposte, un temps envisagée, avait été suspendue après la conclusion, à l'été 2025, d'un accord commercial.
L'accord, qui doit être examiné par les eurodéputés dans les jours qui viennent, n'est désormais plus du tout du goût des eurodéputés. L'Allemand Manfred Weber, chef de la droite au Parlement européen, a clairement indiqué qu'un feu vert n'était, en l'état, pas envisageable.
« Le PPE (droite) est favorable à l'accord commercial UE-USA mais, étant donné les menaces de Donald Trump concernant le Groenland, une approbation n'est pas possible à ce stade », a-t-il écrit sur X. Pour rappel, cet accord, négocié âprement depuis des mois, prévoit le principe d'une surtaxe de 15 % sur toutes les importations européennes aux États-Unis. Il évite le spectre des 30 %, un temps brandi par Donald Trump.
Comment activer ce dispositif ?