3 minutes, 280 millions de pertes : une enquête parlementaire argentine accuse Javier Milei d’« escroquerie » dans le scandale de la cryptomonnaie $libra
latribune.fr
Le rapport parlementaire accuse Milei d'" escroquerie présumée " et vise Karina Milei.
AM/ - REUTERS - Alessia Maccioni
Le rapport de la commission d’enquête parlementaire argentine conclut à une « escroquerie présumée » et à une « responsabilité politique » directe du président Javier Milei et de sa sœur, Karina Milei. Ces conclusions mettent la pression sur le Congrès, qui doit désormais « évaluer si le président a commis un manquement dans l’exercice de ses fonctions », ouvrant la voie à des procédures.
Le « cryptogate » argentin s'est noué le jour de la saint Valentin, le 14 février 2025. À 19 h 01 (heure argentine), trois minutes seulement après la création du jeton $libra, le président Milei a utilisé sa plateforme X (anciennement Twitter) pour vanter publiquement le projet. Il le présentait comme une initiative destinée à « stimuler la croissance économique en finançant les petites entreprises et les initiatives argentines », partageant le lien direct et l’adresse du contrat blockchain.
Ce soutien présidentiel a provoqué une réaction financière immédiate et violente. Le prix du $libra, qui démarrait autour de 21 cents, a atteint un sommet de 5,54 dollars. Mais l’euphorie a été de courte durée. Dans les heures qui ont suivi, le jeton s’est effondré de 90 à 94 %. Milei a finalement supprimé son post et s’est rétracté, affirmant n’être « pas au courant des détails du projet ». Les estimations initiales (non confirmées par le rapport final) chiffraient les pertes totales à une somme comprise entre 251 et 280 millions de dollars.
Asymétrie des gains
Les données recueillies par la commission d’enquête parlementaire, contrôlée par l’opposition, révèlent une répartition des pertes et profits qui alimente directement les soupçons de délit d’initié et d’arnaque de type pump-and-dump.
Plus de 114 000 portefeuilles virtuels ont subi des pertes. Le dommage est colossal pour 500 d’entre eux, qui ont perdu plus de 100 000 dollars chacun. D’autres sources mentionnent que 44 000 investisseurs auraient perdu l’intégralité de leurs mises.
L’enquête met en lumière une concentration des gains. Trente-six portefeuilles seulement ont chacun engrangé plus d’un million de dollars. Neuf personnes auraient à elles seules gagné 87 millions de dollars.
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Ce contraste aigu a conduit la commission à qualifier les faits « compatibles avec une escroquerie présumée ». Le rapport, qui constitue une « première étape d’enquête », a déterminé qu’il existe une « responsabilité politique de Javier Milei et de Karina Milei », ouvrant la voie à une nouvelle phase d’examen au Parlement.
« Techno-optimiste fanatique »
Face aux accusations, Javier Milei a maintenu une ligne de défense constante, rejetant le terme de « promotion » active. Il se décrit comme un « techno-optimiste fanatique », affirmant qu’il n’a fait que « diffuser » une initiative prometteuse, destinée à financer les PME argentines du secteur technologique. Il a même insisté sur le fait qu’il agissait en tant qu’économiste, et non en tant que fonctionnaire public, au moment de son post sur X.
Cette défense est fragilisée par les conclusions de la commission. Les enquêteurs affirment avoir trouvé des preuves de coordination suspecte et de liens financiers problématiques entre les figures clés du projet $libra et des membres de l’administration présidentielle. Ces découvertes mettent en doute l’affirmation du président selon laquelle il n’était pas au courant des détails du projet. L’ancien chef du cabinet des ministres, Guillermo Francos, avait bien déclaré que Milei n’avait eu « aucun lien » et qu’il n’y avait eu « à aucun niveau de l’État ni accord, ni bénéfice », mais les conclusions du rapport le contredisent.
Les poursuites judiciaires dépassent Buenos Aires
Le rapport parlementaire a été transmis à la justice pour enrichir l’enquête pénale en cours. Celle-ci centralise des dizaines de plaintes criminelles déposées par des organismes et des individus. Mais les ramifications de l’affaire s’étendent. Des poursuites civiles sont également engagées. Des cabinets d’avocats internationaux, notamment américains, ont proposé d’intenter des actions collectives au nom des investisseurs étrangers lésés. Leur argument : la promotion présidentielle constituait une pratique trompeuse ayant entraîné des investissements préjudiciables.
La commission d’enquête a par ailleurs exprimé son intention de déposer plainte contre certains membres de l’exécutif et du pouvoir judiciaire. Elle les accuse d’entrave ou de manque de collaboration avec ses travaux. Fait notable : malgré les efforts, ni Javier ni Karina Milei n’ont pu être contraints à témoigner devant la commission en l’absence de consensus parlementaire pour les forcer à comparaître.
Le nouveau congrès, un rempart pour Milei
L’avenir de l’action parlementaire sur l’affaire $libra est plus qu’incertain. Après sa victoire aux élections de mi-mandat fin octobre 2025, Javier Milei verra un nouveau Parlement être investi le 10 décembre 2025. Cette nouvelle assemblée, plus favorable au parti présidentiel, sera moins encline à poursuivre l’investigation contre le chef de l’État et à donner suite aux conclusions dérangeantes du rapport.
Si l’enquête pénale, menée par une juge et un procureur indépendants, doit se poursuivre, les efforts de l’opposition pour obtenir des responsabilités politiques ou entamer des procédures de destitution risquent d’être considérablement ralentis par le nouveau Parlement.