Émission d'obligations en pesos : le pari de Javier Milei en Argentine

Agathe Perrier

Le président argentin Javier Milei après avoir voté aux élections législatives à Buenos Aires le 18 mai 2025.
REUTERS/Tomas Cuesta

Agathe Perrier

Le président argentin Javier Milei après avoir voté aux élections législatives à Buenos Aires le 18 mai 2025.
REUTERS/Tomas Cuesta
Ce n'était plus arrivé depuis neuf ans. Le gouvernement argentin va émettre des bons du Trésor sur cinq ans libellés en pesos, qui devront être acquis en dollars. Annoncée lundi, cette émission aura lieu ce mercredi et portera sur un montant maximum d'un milliard de dollars (880 millions d'euros). Le taux, fixe, sera déterminé à cette occasion.
« L'Argentine retrouve l'accès aux marchés internationaux pour refinancer son capital de dette en monnaie locale », s'est réjoui lundi le ministre de l'Économie, Luis Caputo, sur X. « Quelque chose que la grande majorité des pays font normalement, mais qui n'a pas été possible pour l'Argentine, compte tenu du désastre économique dont elle a hérité. »
L'instrument comprend un « put » en 2027, c'est-à-dire une option pour l'acheteur d'obliger l'émetteur à lui racheter l'obligation à cette date.
Cette mesure, destinée aux investisseurs étrangers, doit permettre de renflouer les faibles réserves en devises de l'Argentine. Une priorité que s'est fixée le président Javier Milei pour réussir à « exterminer l'inflation » durablement, selon ses mots. La hausse générale des prix est un fléau de longue date dans le pays. Bien qu'en baisse ces derniers temps, elle s'est encore affichée à +47 % sur les douze derniers mois en avril. Un niveau toujours élevé qui reste néanmoins très loin des +211 % de la fin 2023, lors de l'arrivée au pouvoir de l'actuel dirigeant.
Disposer de solides réserves de devises est en outre indispensable pour réformer le système monétaire de l'Argentine, comme le veut Javier Milei. Il s'est pour cela récemment attaqué à la libéralisation du marché des changes et à la levée du contrôle des capitaux, qui sévissait depuis 2019, pour attirer les investisseurs et permettre à l'Argentine d'emprunter sur les marchés. Un régime de flottement semi-libre du peso a également été instauré.
En contrepartie de ces mesures, l'Argentine a reçu de l'argent frais de la part du Fonds monétaire international (FMI). L'organisation lui a versé mi-avril 12 milliards de dollars (10,6 milliards d'euros), première tranche d'un prêt total de 20 milliards de dollars (17,6 milliards d'euros) destiné à l'aider dans la mise en place de son plan de stabilisation de son économie. Une deuxième tranche, de deux milliards de dollars (1,77 milliard d'euros), se profile d'ores et déjà pour ce mois de juin.
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D'autres versements sont attendus. La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement ont aussi respectivement annoncé mi-avril une aide de 12 milliards de dollars (10,6 milliards d'euros) et de 10 milliards (8,8 milliards d'euros), cette dernière sur trois ans.
Le gouvernement entend par ailleurs aller chercher les dollars qui dorment dans le pays en dehors des banques. Selon l'Institut de la statistique, 271 milliards de dollars (239 milliards d'euros) sont ainsi détenus hors du circuit financier national, soit cinq fois les réserves brutes de la Banque centrale. Une habitude prise par les Argentins en raison de décennies d'inflation galopante, de crises économiques et d'un traumatisant gel des avoirs bancaires en 2001.
Pour les inciter à remettre cette manne financière dans le circuit officiel, une série de mesures va entrer en vigueur le 1er juin prochain. Elles visent à libéraliser les flux, notamment en élevant les plafonds de transferts, achats, dépôts possibles, sans devoir justifier l'origine des fonds au fisc.
Ce changement de système n'est pas sans risque. Il pourrait conduire à une ruée massive des Argentins vers le billet vert, ce qui provoquerait une importante dévaluation du peso, qui mènerait... à une accélération de l'inflation. Un scénario que le gouvernement serait à même de gérer grâce à des réserves fortes. Tout le défi est d'arriver à les remplir rapidement.
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Derrière, c'est une relance de la croissance que vise le gouvernement. Il compte atteindre - et a promis à la population - une hausse du produit intérieur brut (PIB) de +5 % en 2025. Après une récession de -1,8 % l'année dernière, le pari est osé.
Agathe Perrier