Entre formule mathématique et arbitrage politique, le futur taux du livret A est au cœur des enjeux de pouvoir d'achat. Voici ce que les épargnants peuvent attendre des prochaines décisions.
Les informations à retenir
Le taux du livret A va-t-il augmenter en août ?
L'inflation à 2,2 % en avril plaide pour une hausse mécanique du taux de 1,5 % vers 1,8 %.
Le ministre de l'Économie peut déroger à la règle pour protéger le financement du logement social.
Le LEP pourrait être privilégié avec un taux cible de 2,8 % pour protéger les ménages modestes.
Le livret A et le LDDS affichent aujourd’hui le même taux de 1,50 % net, tandis que le livret d’épargne populaire bénéficie d’une rémunération plus élevée, pensée pour amortir le choc de l’inflation pour les ménages modestes. Le LEP est actuellement payé 2,50 %, soit un point de plus que le livret A. Si l’on appliquait mécaniquement la formule au 1ᵉʳ août, la remontée de l’inflation et la stabilité de l’€STR suggéreraient une hausse d’environ trois dixièmes de point.
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Si la formule est suivie, le livret A progresse mais ne couvre pas les prix
En cas d’application stricte de la règle, avec une inflation hors tabac repassée au‑dessus de 2 % et un €STR peu fluctuant depuis le début de l’année, le livret A et le LDDS gagneraient de l’ordre de 0,30 point. On se dirigerait alors vers un livret A à environ 1,8 % net et un LEP autour de 2,8 %. Cette progression irait dans le sens de la remontée des prix et resterait cohérente avec le maintien en l'état décidé fin avril par la Banque centrale européenne, qui a maintenu son taux de dépôt à 2,00 % et son taux de refinancement à 2,15 %.
Pour l’État, la Caisse des dépôts et les organismes qui se financent via la ressource centralisée du livret A, cette option a un coût, mais il reste maîtrisable. Une hausse d’environ trois dixièmes de point renchérit les prêts indexés sur ce taux, notamment pour les bailleurs sociaux et les collectivités locales qui portent des programmes de logements ou d’infrastructures. Le choc demeure toutefois loin de celui observé lorsque l’inflation était beaucoup plus élevée et tirait violemment les taux réglementés vers le haut. Cette voie apparaît donc comme un compromis : l’épargne suit partiellement les prix sans faire dérailler le financement du logement social.
Stabilité ou coup de pouce : à qui profite chaque scénario ?
Pour les détenteurs de livret A, en revanche, ce scénario se traduirait par une érosion plus marquée du capital en valeur réelle. Avec une inflation durablement supérieure à 2 %, un taux figé à 1,5 % signifie un rendement réel négatif proche d’un point, selon le profil exact des prix dans les prochains mois. Le message implicite, dans ce cas, serait que l’épargne réglementée ne doit pas absorber à elle seule un choc énergétique perçu comme transitoire. Politiquement, assumer une telle ligne face à des ménages déjà mis sous pression par des hausses de plus de 40 % du gazole et près de 18 % de l’essence reste un pari risqué.
1 000 euros sur livret A ou LEP : ce que vous gagnez (ou perdez)
Sur 1 000 euros placés pendant un an, avec une inflation moyenne de 2,2 % comme en avril, voici ce que donnerait chaque option.
La formule s’applique : livret A à 1,8 %, LEP à 2,8 % – 1 000 euros sur livret A à 1,8 % rapportent environ 18 euros d’intérêts en un an. Avec une inflation de 2,2 %, la hausse des prix rogne environ 22 euros de pouvoir d’achat. Au final, vos 1 018 euros ne valent plus que l’équivalent d’environ 996 euros d’aujourd’hui : la perte réelle tourne autour de quatre euros sur l’année. – 1 000 euros sur LEP à 2,8 % rapportent environ 28 euros d’intérêts. Face à 22 euros de hausse des prix, vos 1 028 euros gardent quasiment la même valeur réelle : votre pouvoir d’achat est globalement préservé, voire très légèrement positif.
Stabilité : livret A figé à 1,5 % – 1 000 euros sur livret A à 1,5 % génèrent environ 15 euros d’intérêts sur un an. Avec une inflation de 2,2 %, la perte de pouvoir d’achat liée à la hausse des prix avoisine 22 euros. Vos 1 015 euros ne valent plus que l’équivalent d’environ 993 euros d’aujourd'hui : la perte réelle se situe autour de sept euros sur l’année, soit le scénario le plus défavorable pour l’épargne de précaution si la flambée de l’énergie dure. Coup de pouce : livret A vers 2 %, LEP relevé en proportion – Si le livret A montait à 2 %, 1 000 euros rapporteraient environ 20 euros d’intérêts. Avec une inflation à 2,2 %, la perte de pouvoir d’achat serait limitée à environ deux euros sur l’année : l’érosion serait presque neutralisée. – Si le LEP était poussé au‑delà de 3 %, un épargnant modeste verrait au contraire son pouvoir d’achat légèrement progresser : les intérêts dépasseraient la hausse des prix, même dans un contexte de carburants durablement chers.
Comment se décide le taux du livret A et du LEP ?