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ÉconomieFinances personnelles

Inflation : pourquoi le rendement réel du livret A redevient négatif

latribune.fr

Publié le 13 mai 2026 à 09:28 - Mis à jour le 13 mai 2026 à 09:36

Le Conseil des prélèvements des obligatoires plaide pour baisser le plafond du livret A à 19 125 euros contre 22 950 euros actuellement.

Le Conseil des prélèvements des obligatoires plaide pour baisser le plafond du livret A à 19 125 euros contre 22 950 euros actuellement.

CP/ - Reuters - Charles Platiau

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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Entre formule mathématique et arbitrage politique, le futur taux du livret A est au cœur des enjeux de pouvoir d'achat. Voici ce que les épargnants peuvent attendre des prochaines décisions.

Les informations à retenir

Le taux du livret A va-t-il augmenter en août ?

  • L'inflation à 2,2 % en avril plaide pour une hausse mécanique du taux de 1,5 % vers 1,8 %.

  • Le ministre de l'Économie peut déroger à la règle pour protéger le financement du logement social.

  • Le LEP pourrait être privilégié avec un taux cible de 2,8 % pour protéger les ménages modestes.

En avril, l’Insee confirme un rebond de l’inflation à 2,2 % sur un an (1,7 % en mars). Ce mouvement s'explique par la hausse des prix de l’énergie (+ 14,3 %) et des produits pétroliers (+ 30 %), du gazole à l’essence. Ces chiffres contrastent avec les prévisions de mars, qui tablaient plutôt sur 1,8 % en avril.

Pendant que les prix à la pompe s’envolent, le livret A reste bloqué à 1,5 % net : son rendement réel repasse en territoire négatif, même si l’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, demeure proche de 1,2 %. La note de conjoncture de l’Insee anticipe d’ailleurs une inflation autour de 2,1 % en mai.

Comment se décide le taux du livret A et du LEP ?

Le taux du livret A repose sur une formule réglementaire qui combine deux ingrédients : l’inflation hors tabac en France et un taux monétaire de court terme, l’€STR, qui reflète le prix auquel les banques se prêtent de l’argent en zone euro. On calcule en pratique une moyenne sur six mois de ces indicateurs, puis on arrondit le résultat au dixième le plus proche. Ce mécanisme vise à garder un lien avec les prix et la politique monétaire, tout en amortissant les chocs.

Le livret A et le LDDS affichent aujourd’hui le même taux de 1,50 % net, tandis que le livret d’épargne populaire bénéficie d’une rémunération plus élevée, pensée pour amortir le choc de l’inflation pour les ménages modestes. Le LEP est actuellement payé 2,50 %, soit un point de plus que le livret A. Si l’on appliquait mécaniquement la formule au 1ᵉʳ août, la remontée de l’inflation et la stabilité de l’€STR suggéreraient une hausse d’environ trois dixièmes de point.

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Cette formule n’a toutefois rien d’intangible. Le ministre de l’Économie peut décider d’y déroger, sur la base d’une recommandation du gouverneur de la Banque de France, pour tenir compte de la situation économique et du contexte politique. Ce pouvoir de dérogation a déjà servi par le passé. Il permet d'éviter des hausses trop lourdes pour le logement social ou des baisses excessives pour les épargnants. La décision du 1ᵉʳ août sera d’autant plus observée qu’elle interviendra juste après la prise de fonctions d’un nouveau gouverneur de la Banque de France – probablement Emmanuel Moulin – appelé à arbitrer entre pouvoir d’achat et coût du crédit.

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Si la formule est suivie, le livret A progresse mais ne couvre pas les prix

En cas d’application stricte de la règle, avec une inflation hors tabac repassée au‑dessus de 2 % et un €STR peu fluctuant depuis le début de l’année, le livret A et le LDDS gagneraient de l’ordre de 0,30 point. On se dirigerait alors vers un livret A à environ 1,8 % net et un LEP autour de 2,8 %. Cette progression irait dans le sens de la remontée des prix et resterait cohérente avec le maintien en l'état décidé fin avril par la Banque centrale européenne, qui a maintenu son taux de dépôt à 2,00 % et son taux de refinancement à 2,15 %.

Pour un épargnant, la vraie variable décisive reste toutefois le rendement réel, c’est‑à‑dire le taux du livret diminué de l’inflation. Avec une inflation globale à 2,2 % en avril et un IPCH à 2,5 %, un livret A à 1,8 % resterait un peu en dessous de la hausse moyenne des prix. Le capital continuerait donc à s’effriter légèrement en termes de pouvoir d’achat, même si l’écart est moins pénalisant qu’avec un livret A laissé à 1,5 % face à une inflation supérieure à 2 %.

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Le LEP offrirait, lui, une protection sensiblement plus robuste aux foyers qui y ont droit. Un taux voisin de 2,8 % dans un environnement où l’inflation se situe entre 2 % et 2,5 % permettrait, dans les grandes lignes, de préserver la valeur réelle de l’épargne, voire de la rehausser marginalement. C’est précisément ce différentiel qui justifie que ce produit soit réservé aux revenus modestes, davantage frappés par la hausse des carburants et des factures d’énergie. Dans ce scénario, la priorité serait clairement donnée à la protection des budgets les plus fragiles.

Pour l’État, la Caisse des dépôts et les organismes qui se financent via la ressource centralisée du livret A, cette option a un coût, mais il reste maîtrisable. Une hausse d’environ trois dixièmes de point renchérit les prêts indexés sur ce taux, notamment pour les bailleurs sociaux et les collectivités locales qui portent des programmes de logements ou d’infrastructures. Le choc demeure toutefois loin de celui observé lorsque l’inflation était beaucoup plus élevée et tirait violemment les taux réglementés vers le haut. Cette voie apparaît donc comme un compromis : l’épargne suit partiellement les prix sans faire dérailler le financement du logement social.

Stabilité ou coup de pouce : à qui profite chaque scénario ?

Une deuxième option consisterait à ne pas toucher au taux du livret A, maintenu à 1,5 % malgré une inflation repassée au‑dessus de 2 %. Ce choix limiterait la hausse du coût des financements adossés au livret A pour les bailleurs sociaux et les collectivités, et éviterait de renforcer encore l’attrait de l’épargne de précaution au détriment de la consommation. Dans un contexte où la BCE maintient ses taux malgré le choc pétrolier, Bercy pourrait considérer qu’une hausse supplémentaire de la rémunération des livrets enverrait un mauvais signal aux investisseurs comme aux ménages.

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Pour les détenteurs de livret A, en revanche, ce scénario se traduirait par une érosion plus marquée du capital en valeur réelle. Avec une inflation durablement supérieure à 2 %, un taux figé à 1,5 % signifie un rendement réel négatif proche d’un point, selon le profil exact des prix dans les prochains mois. Le message implicite, dans ce cas, serait que l’épargne réglementée ne doit pas absorber à elle seule un choc énergétique perçu comme transitoire. Politiquement, assumer une telle ligne face à des ménages déjà mis sous pression par des hausses de plus de 40 % du gazole et près de 18 % de l’essence reste un pari risqué.

Reste l’hypothèse d’un coup de pouce, assumé comme un geste en faveur du pouvoir d’achat. Si l’inflation devait se rapprocher de 3 % et si le conflit au Moyen-Orient continuait de maintenir le pétrole à des niveaux élevés, il deviendrait difficile de justifier un livret A durablement bloqué à 1,5 %. Le nouveau gouverneur pourrait alors recommander une remontée plus nette, avec un livret A qui se rapprocherait de 2 % et un LEP relevé dans les mêmes proportions pour conserver son avantage social.

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Cette stratégie aurait un impact plus lourd sur le coût des prêts indexés, avec le risque de retarder certains projets de logements sociaux ou d’équipements publics. D’où l’idée, souvent évoquée, d’un compromis : limiter la hausse du livret A, voire maintenir son taux, tout en concentrant l’effort sur le seul LEP, qui cible les foyers les plus exposés à la flambée des carburants. Dans ce cas, l’épargne populaire serait mieux protégée de l’inflation, sans alourdir outre mesure la facture de financement supportée par la Caisse des dépôts et les bailleurs sociaux.

En définitive, le choix qui sera annoncé dira beaucoup de la hiérarchie des priorités entre gouvernement et Banque de France : degré de protection du pouvoir d’achat des épargnants, soutien au logement social ou volonté de rester parfaitement aligné avec la trajectoire de la politique monétaire de la BCE. Alors que la Banque centrale européenne a choisi de laisser ses taux inchangés malgré le choc pétrolier, la décision du 1ᵉʳ août enverra un signal direct aux ménages sur la manière dont l’État gère la tension entre inflation et épargne.

1 000 euros sur livret A ou LEP : ce que vous gagnez (ou perdez)

Sur 1 000 euros placés pendant un an, avec une inflation moyenne de 2,2 % comme en avril, voici ce que donnerait chaque option.

La formule s’applique : livret A à 1,8 %, LEP à 2,8 %

– 1 000 euros sur livret A à 1,8 % rapportent environ 18 euros d’intérêts en un an. Avec une inflation de 2,2 %, la hausse des prix rogne environ 22 euros de pouvoir d’achat. Au final, vos 1 018 euros ne valent plus que l’équivalent d’environ 996 euros d’aujourd’hui : la perte réelle tourne autour de quatre euros sur l’année.
– 1 000 euros sur LEP à 2,8 % rapportent environ 28 euros d’intérêts. Face à 22 euros de hausse des prix, vos 1 028 euros gardent quasiment la même valeur réelle : votre pouvoir d’achat est globalement préservé, voire très légèrement positif.

Stabilité : livret A figé à 1,5 %

– 1 000 euros sur livret A à 1,5 % génèrent environ 15 euros d’intérêts sur un an. Avec une inflation de 2,2 %, la perte de pouvoir d’achat liée à la hausse des prix avoisine 22 euros. Vos 1 015 euros ne valent plus que l’équivalent d’environ 993 euros d’aujourd'hui : la perte réelle se situe autour de sept euros sur l’année, soit le scénario le plus défavorable pour l’épargne de précaution si la flambée de l’énergie dure.

Coup de pouce : livret A vers 2 %, LEP relevé en proportion

– Si le livret A montait à 2 %, 1 000 euros rapporteraient environ 20 euros d’intérêts. Avec une inflation à 2,2 %, la perte de pouvoir d’achat serait limitée à environ deux euros sur l’année : l’érosion serait presque neutralisée.
– Si le LEP était poussé au‑delà de 3 %, un épargnant modeste verrait au contraire son pouvoir d’achat légèrement progresser : les intérêts dépasseraient la hausse des prix, même dans un contexte de carburants durablement chers.

latribune.fr

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