Les zones d’activités économiques sont presque à saturation en France. De nombreux projets d’implantation sont refusés faute de foncier disponible et le risque d’une pénurie de surface pourrait intervenir dès l’année prochaine.
Le foncier économique se fait de plus en plus rare en France. Plus de huit intercommunalités sur dix (81 %) – échelon en charge du développement économique avec les régions – ont indiqué l’année dernière manquer de terrains disponibles pour accueillir de nouveaux projets et être contraintes de les refuser, d’après le troisième Baromètre du foncier économique publié mercredi par l’association Intercommunalités de France, la Banque des Territoires et le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement).
Si ce phénomène n’est pas récent, il s’est fortement accéléré. Car moins de sept intercommunalités sur dix (67 %) s’étaient déclarées dans cette position en 2022. Soit une hausse de 14 points en seulement trois ans.
C’est aussi le risque d’atteindre la saturation des parcs d’activités économiques qui s’est grandement accru. Alors que cette situation était jusqu’à présent anticipée d’ici à 2030, elle pourrait finalement intervenir dès… 2027. Autrement dit demain.
« L’extinction de l’offre foncière économique à l’horizon 2027 constitue un signal particulièrement alarmant, préviennent les auteurs de l’étude. Il fragilise directement les capacités locales d’accueil et de développement des entreprises, compromet les projets d’implantation et pèse sur les objectifs nationaux de réindustrialisation. Il affecte également la capacité des territoires à accompagner la croissance des entreprises existantes ».
Manque de foncier « prêt à l’emploi »
Le manque de surfaces disponibles n’explique pas à lui seul la pénurie qui guette. Quand les hectares sont bel et bien là, ils sont parfois inadaptés aux besoins de l’acteur économique intéressé (problème de taille, de configuration, de desserte, de viabilisation). Les auteurs du baromètre relèvent ainsi une pénurie de foncier « qualitatif », qu’ils définissent comme des sites aménagés et viabilisés, prêts à accueillir une implantation.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
La concrétisation des projets est en outre freinée par les délais liés aux procédures d’urbanisme et environnementales et aux autorisations nécessaires. Ces étapes, en plus d'« allonger les calendriers » et de « fragiliser les projets », représentent « un véritable défi pour les collectivités dans leur capacité à proposer du foncier aux entreprises », estiment les auteurs.
Parmi les autres difficultés rencontrées : les coûts du foncier, l’acceptabilité du projet ou encore le manque d’attractivité du territoire.
Tendance aux petites surfaces
Il ressort du Baromètre 2026 que les besoins des industriels ne sont pas les mêmes aujourd’hui qu'il y a cinq ans. En termes de surface, la tendance est à des projets plus petits, inférieurs à 50 hectares. « Il y a une forte attente de petits fonciers, de moins de 5 ou 2 hectares, de la part d'entreprises qui souhaiteraient par exemple rajouter un atelier pour répondre aux commandes de leurs clients. Et c'est là que c'est compliqué, parce que les zones d'activité économiques sont souvent déjà saturées », explique Thomas Raulet, de la Banque des Territoires, interrogé par Les Échos.
La nature des terrains recherchés a aussi changé, ce qui traduit une « recomposition profonde des activités économiques », relèvent les auteurs du Baromètre. Les demandes en faveur de fonciers industriels et d’artisanat restent dominantes – représentant respectivement 36 % et 30 % des besoins en 2025 – mais en léger repli (-2 points et -1 point comparé à 2020).
Celles liées au commerce ont fortement reculé (passant de 17 % à 7 %), tout comme les besoins de bureaux, dont la demande est tombée à zéro dans les intercommunalités (11 % en 2022, 0 % en 2025). C’est surtout la logistique qui tire son épingle du jeu, représentant 14 % des demandes contre 7 % cinq ans plus tôt.
De nouvelles aspirations ont en outre émergé, comme la demande pour sortir de terre des centres de données. Si cette dernière demeure pour l’heure marginale (5 % en 2025), elle témoigne d’une évolution des attentes.
Tout ce contexte ne rend pas attractif le développement de projets économiques. D’autant plus que d’autres acteurs lorgnent les surfaces disponibles pour y ériger des logements, des activités culturelles ou de loisirs…
Ils ont d’ailleurs déjà réussi à grappiller des mètres carrés. Sur les cinq dernières années, les communautés de communes ont ainsi déclassé en moyenne 13 hectares de surface économique au profit d’autres usages (logements, infrastructures ou équipements). Soit l’équivalent d’environ 17 terrains de football par intercommunalité.
« En matière de planification et de stratégie foncière, la tendance d’éviction du foncier économique s’est installée dans la durée », confirment les auteurs. Et d’alerter : « Cette dynamique d’éviction du foncier économique est particulièrement préoccupante pour le renforcement de l’économie productive des territoires ».