La production électrique a atteint des sommets l'an dernier en Nouvelle-Aquitaine quand la consommation, comme dans le reste de la France, a stagné. Portée par le développement effréné du solaire, la région attire les projets industriels très gourmands en énergie qui seront les futurs gros consommateurs tant attendus.
La France ne consomme pas plus d'électricité qu'il y a vingt ans. Les énergies fossiles, gaz et pétrole, restent grandement dominantes tandis que l'électrification des transports, de l'industrie ou du chauffage patine. Et pourtant, le système énergétique est plus que prêt : entre un nucléaire qui tourne de nouveau à fort régime et des énergies renouvelables en plein boom, la production est excédentaire par rapport aux besoins.
Ce déséquilibre s'est particulièrement illustré en Nouvelle-Aquitaine en 2025, puisqu'avec 59 térawattheures (TWh) générés, la région a produit l'équivalent de 140 % de sa consommation et de 10 % à elle seule de la demande tricolore. L’excédent a été exporté vers les pays européens voisins, la France ayant d’ailleurs battu un record d’exportation d’électrons en 2025.
Voici le contexte mis en lumière par le bilan régional de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, présenté ce 5 mai. Depuis sa création en 2016, la Nouvelle-Aquitaine, dopée par ses six réacteurs nucléaires et sa position de leader national en matière de puissance photovoltaïque installée, n'avait jamais produit autant d'électricité.
Un record qui s'explique par la santé retrouvée des centrales de Civaux dans la Vienne et de Blaye en Gironde, touchées successivement ces dernières années par des arrêts prolongés dus à la corrosion sous contrainte. Avec 41 TWh injectés sur le réseau, les deux sites représentent plus des deux tiers du mix électrique régional.
Projets industriels
Loin derrière, le solaire s'affirme comme la deuxième source avec 7,5 TWh produits en 2025. Avec 1,2 GW raccordé l'an passé, la puissance du parc néo-aquitain s'élève désormais à 6,8 GW, soit le premier parc photovoltaïque des régions françaises. Sur la troisième marche du podium, l'éolien a permis de produire 4,1 TWh, juste devant l'énergie hydraulique.
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Voir la consommation stagner est donc un crève-cœur pour RTE, à l'heure où l'opérateur investit comme jamais pour ériger de nouvelles infrastructures de transport d'électricité. Celui qui met sur la table 100 milliards d'euros d'ici 2040, dont une vingtaine rien qu'en Nouvelle-Aquitaine, pousse pour la grande conversion des usages à l'électricité.
« On a ce qu'il faut en terme de production d'électricité, il faut maintenant déclencher ce moteur de l'électrification », martèle Jérôme Rieu, délégué régional de RTE dans le Sud-Ouest. « On est dans une situation favorable pour se décarboner, on a la ressource pour le faire », appuie-t-il.
Et si la consommation fait encore la moue, les prochaines années promettent plus d’engouement. À travers les projets industriels qu’elle va accueillir, la Nouvelle-Aquitaine disposera bientôt de nouveaux consommateurs d’électricité de premier plan. Production d’hydrogène, fabrication de carburants de synthèse, datacenters : ces trois secteurs très énergivores misent sur l’énergie verte pour limiter leur empreinte carbone.
Les intentions de raccordement communiquées à RTE par les entreprises du territoire ou qui souhaitent s’y implanter représenteraient ainsi 30 GW de puissance électrique. C’est tout simplement la moitié de la puissance du parc nucléaire français ! Le chiffre doit toutefois être pris avec des pincettes car il ne recoupe que des intentions, les vrais besoins seront probablement in fine moins importants. La donnée dit en tout cas beaucoup de l’attente en matière de développement de la production électrique à moyen terme.
Pour anticiper les besoins, RTE revoit donc les capacités de développement régionales. En plus des 24 GW d’énergies renouvelables qui doivent être raccordés d’ici à 2030, le gestionnaire a ouvert la voie à 11 GW supplémentaires en Nouvelle-Aquitaine. Ce nouveau contingent sera inscrit dans un document officiel, le Schéma régional de raccordement des énergies renouvelables, d’ici début 2028. De quoi contenter en partie seulement les appétits des développeurs de parcs, qui s’arrachent cette région très ventée au nord et bien exposée au soleil au sud.
« On avait presque récolté l’équivalent de 50 GW de demandes, mais il faut rester cohérent avec ce qu’on peut observer sur le taux de réalisation des projets », souligne Jérôme Rieu. La dernière version de la stratégie énergétique nationale a par ailleurs amputé les objectifs en matière de solaire et d’éolien. D’où la capacité additionnelle fixée à 11 GW en Nouvelle-Aquitaine, « fruit d’un consensus », qui aboutirait tout de même à en faire la région la plus dotée en énergies renouvelables. La production attend désormais des usages pour la consommer. Et l’inverse sera bientôt tout aussi vrai.