Panneaux solaires : faut-il du « made in France » à tout prix ?

Organisé par La Tribune, le Solar Summit a permis de débattre des enjeux de réindustrialisation des panneaux solaires en France et en Europe.
Quentin Salinier / La Tribune

Organisé par La Tribune, le Solar Summit a permis de débattre des enjeux de réindustrialisation des panneaux solaires en France et en Europe.
Quentin Salinier / La Tribune
Les équipes et les actionnaires de Carbon ont su prendre des risques et montrer la voie. Mais les entrepreneurs français ont-ils vu trop grand ? Lors du Solar Summit 2026, organisé par La Tribune, les participants au débat sur le « Made in France » n’ont en tout cas pas manqué de saluer le précurseur français Carbon, dont le projet de gigafactory de panneaux solaires a officiellement été abandonné le 19 mai.
Derrière les explications avancées par les dirigeants de Carbon sur l’absence de marché et le manque de soutien de l’État français pour le créer, d’autres pistes ont été avancées. « Il faut savoir regarder au-delà des frontières. C’est ce que nous faisons en nous intéressant aux marchés canadien et américain », a réagi Laurent Bodin, directeur commercial de HoloSolis, le second et dernier acteur français du panneau photovoltaïque encore en lice. Celui-ci porte un projet cousin d'usine de panneaux en Moselle, prévu pour une mise en service début 2028.
« Il y a eu quelques errements stratégiques, le projet avait démarré en 2022 quand les prix étaient très élevés. Des changements ont été actés, mais sont intervenus trop tard, alors que les prix avaient chuté dès 2023 », analyse de son côté Philippe Macé, directeur des opérations du Becquerel Institute, à la fois société de conseil stratégique et organisme de recherche appliqué, spécialiste du solaire photovoltaïque.
Il faut dire que les prix pratiqués par la Chine, portés par une stratégie industrielle de l’État financée avec une abondance d’argent, sont insoutenables, faisant perdre de l’argent aux acteurs chinois eux-mêmes. « Nous connaissons cependant un momentum, les prix évoluent, passant de 10 centimes le module auparavant à parfois 15 centimes aujourd’hui. Une partie du monde est prête à payer des panneaux européens si l’écart de prix ne dépasse pas 20 % », avance Antoine Chalaux, directeur opérationnel de ROSI Solar, qui produit des matériaux à haute valeur ajoutée à partir des flux de déchets de l'industrie photovoltaïque.
Davantage que l’opportunité du « Made in France », c’est le coût de ne pas faire ce choix que pointe Carine Guillaud, conseillère en stratégie de réindustrialisation. « D’un point de vue macroéconomique, se posent la question de la souveraineté et celle de la balance commerciale, les panneaux solaires creusant à eux seuls le déficit de 4 milliards d’euros par an. D’un point de vue microéconomique, l’absence de lien entre R&D et fabrication a un coût industriel. Donc oui, il faut du « Made in France » à tout prix », défend-elle. Ou au moins du « Made in Europe », rétorque Laurent Bodin.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Reste qu’en détaillant l’origine des composants, leur criticité apparaît évidente. « Sur la cinquantaine qui composent un panneau photovoltaïque, la moitié sont critiques - leur manque aura un effet en cascade sur le reste de la chaîne - ou vulnérables - en raison de problèmes d’approvisionnement. Cela ne manque pas de complexifier le processus industriel », estime Carine Guillaud.
A partir d’anciens panneaux solaires, ROSI Solar récupère divers matériaux (silicium, argent, cuivre, aluminium, verre…) qu’elle revend. « Pas à des acteurs du photovoltaïque, car cela reviendrait à vendre aux entreprises chinoises, mais aux fabricants de composants », décrit Antoine Chalaux. L’entreprise voit dans la récupération du silicium et de l’argent, dont 25 % de la consommation est aspirée par le photovoltaïque (auquel s’ajoute la demande croissante du secteur automobile électrique), un levier de croissance.
Pour la société, l’enjeu réside dans le passage à l’échelle, alors que d’ici 20 ans 400 000 tonnes de panneaux seront à recycler. « Or le marché des panneaux en fin de vie est d’abord en Europe et pour dix ans. Et nous sommes en avance sur la technologie », soutient-il.
« Impossible toutefois de faire sans les acteurs chinois », nuance Philippe Macé. « Nous en sommes au début du boom du photovoltaïque, il nous faut une feuille de route. Nous avons l’avantage de compter des fabricants d’équipement et c’est une force. Il faut construire sur cette brique sans vouloir aller trop vite », appelle-t-il de ses vœux.
À lire également
Alors que le producteur de photovoltaïque HoloSolis devrait ouvrir son usine en Moselle fin 2027 ou début 2028, Laurent Bodin voit dans l’aboutissement des levées de fonds la clé de sa réussite. Le coût du projet de gigafactory française s’élève à un milliard d’euros. Les règles de protection et de préférence déployées par l'Union européenne seront aussi un juge de paix pour inciter les clients à se détourner des géants chinois.