« 2025 a été l’année la plus importante pour l’industrie minière », selon l’ICMM

En Guinée, les entreprises chinoises ont joué un grand rôle dans l’entrée en production de Simandou.
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En Guinée, les entreprises chinoises ont joué un grand rôle dans l’entrée en production de Simandou.
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Le Conseil international des mines et métaux (ICMM) réunit les PDG de 26 entreprises minières, parmi lesquelles des géants comme Rio Tinto, BHP ou Anglo American. Il travaille depuis 2001 à l’édiction de normes de responsabilités des sites miniers. Après un an de consultations publiques et l’élaboration d’une administration, 2026 marquera l’entrée en vigueur du Consolidated Mining Standard (CMS), un ensemble de normes visant à améliorer la durabilité des mines. Pour La Tribune, Rohitesh Dhawan, président de l’ICMM, revient sur l’année mouvementée pour le secteur minier et le futur des mines responsables.
LA TRIBUNE. L’année a été marquée par les tensions sur les terres rares et sur les autres métaux critiques. Quel bilan tirez-vous de 2025 ?
ROHITESH DHAWAN. Je pense que 2025 a été l’année la plus importante pour l’industrie minière depuis un demi-siècle. Pour la première fois, les gouvernements ont vraiment pris ces sujets au sérieux. Nous avons vu l’annonce de nombreuses politiques sur les minéraux critiques, nous avons constaté un soutien financier direct à l’industrie, et nous avons vu investisseurs et clients s’engager pour renforcer ces chaînes d’approvisionnement. C’est ce qui rend 2025 décisive, mais 2026 pourrait être encore plus importante, puisque le Consolidated Mining Standard sera présenté au monde.
Que va changer réellement le Consolidated Mining Standard ?
Cette norme consolidée peut transformer non seulement l’industrie minière, mais aussi la vie des populations et l’état de la biodiversité, car il modifiera profondément la manière dont les entreprises seront plus responsables. Il nous permettra d’avoir un futur radicalement différent du passé en matière d’exploitation minière. L’objectif est de rassembler quatre des standards les plus utilisés dans le secteur minier : la norme de l’ICMM, les « Responsible Gold Mining Principles » du World Gold Council, le programme « Towards Sustainable Mining » de l’Association minière du Canada, et The Copper Mark . Ces quatre référentiels sont déjà largement utilisés dans le secteur. L’ambition est de les fusionner en un unique standard mondial. Nous rendrons possible pour n’importe quelle entreprise, de n’importe quelle taille, produisant n’importe quelle matière première, n’importe où dans le monde, de pouvoir s’y conformer.
Jusqu’à présent, seules les grandes entreprises disposant de ressources importantes pouvaient suivre les standards existants. Désormais, nous avons l’opportunité de construire un modèle comportant plusieurs niveaux. Une entreprise qui suit ce standard pourra obtenir un label indiquant qu’elle respecte les exigences. Cela lui permettra d’affirmer : « ce site minier possède ce label », et ainsi de le montrer à ses clients et à ses investisseurs comme preuve de responsabilité.
Vous évoquiez le rôle des gouvernements, plus présents cette année, qu’attendez-vous encore d’eux ?
Une grande partie du monde semble encore avoir oublié que nos vies reposent sur des choses que nous tirons du sol. Et beaucoup de gens, en particulier en Occident, tiennent la vie moderne pour acquise, sans comprendre qu’elle dépend de matériaux qui viennent de nos sols. Je crois aussi que très peu de personnes mesurent véritablement l’écart entre le monde occidental et les pays qui ne sont pas encore développés économiquement, ni à quel point, si ces derniers voulaient atteindre le même niveau de vie que nous, il faudrait des quantités immenses de matériaux supplémentaires pour construire des logements comparables, assurer la même qualité de vie, ou mettre en place des infrastructures publiques équivalentes.
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Je pense que, finalement, ces cinq dernières années, les grands gouvernements ont commencé à prendre conscience de cette vulnérabilité et à la considérer sérieusement. Mais, le point le plus important pour 2025 à mes yeux est le suivant : toutes ces annonces nationales et ces déclarations internationales — qu’elles viennent du G7 ou du G20 — doivent maintenant se traduire très rapidement par un soutien concret sur le terrain pour l’industrie. Dire que quelque chose est important ne suffit pas à faire advenir les actions nécessaires.
Le message que j’adresse aux gouvernements est simple : nous voulons être un partenaire pour tous les États qui souhaitent bâtir des chaînes de valeur minérales responsables. Nous démontrons qu’il est possible d’extraire des minerais non seulement sans nuire à la société, mais aussi en apportant une contribution réellement positive, sur les plans économique, social et environnemental. Oui, nous avons besoin que les gouvernements soutiennent l’industrie.
En revanche, si les gouvernements apportaient un soutien — sous forme de subventions directes, de tarifs électriques avantageux ou de garanties de prix minimums — les entreprises pourraient à nouveau investir dans des capacités de raffinage en Europe ou aux États-Unis, et réduire la dépendance actuelle vis-à-vis de la Chine. Il n’y a donc aucune fatalité à la situation actuelle. En deux ou trois ans seulement, il est tout à fait possible de construire une nouvelle fonderie aux États-Unis ou en Europe. Certes, les mines prennent beaucoup plus de temps à développer, mais la véritable vulnérabilité des pays occidentaux se situe dans le raffinage et la métallurgie, et cela pourrait être rapidement corrigé avec suffisamment de volonté politique et de soutien financier.
Puisque vous parlez de cette « course » entre la Chine et l’Occident, est-ce que l’ICMM a un rôle à jouer dans cette compétition ? Vous comptez d’ailleurs une entreprise chinoise parmi vos 26 membres.
Nous sommes politiquement neutres et géographiquement très diversifiés. Nous avons en effet un membre chinois au sein de l’ICMM, qui s’appelle MMG. Mais il est vrai que, compte tenu de la taille de l’économie chinoise et de l’importance de son secteur minier, la Chine est sous-représentée au sein de l’ICMM. La raison est simple : les entreprises ne doivent pas simplement payer une cotisation et devenir membres de l’ICMM. Beaucoup d’entre elles aimeraient en faire partie, mais pour être acceptées, elles doivent démontrer qu’elles respectent les standards élevés que nous avons fixés pour nous-mêmes.

Or, dans le passé, de nombreuses entreprises chinoises n’ont pas suivi de hauts standards en matière d’exploitation minière. Bien entendu, l’ICMM accueillerait volontiers davantage d’entreprises chinoises responsables parmi ses membres. Mais il est réaliste de reconnaître que beaucoup d’entreprises chinoises, par le passé et encore aujourd’hui, ne suivent pas de bonnes pratiques, notamment lorsqu’elles opèrent hors de Chine, par exemple en Afrique. Et même en Chine, le manque de transparence et de contrôle extérieur sur certaines opérations pose problème.
En Afrique, en Asie et même en Amérique latine, certaines des réserves les plus riches en minerais de la transition énergétique se trouvent dans des régions confrontées à des coups d’État, à des conflits civils ou à des institutions faibles. Pensez-vous que des opérateurs responsables peuvent être une force de stabilité dans des pays à haut risque ou bien un facteur supplémentaire de déstabilisation ?
Une exploitation minière responsable peut être un pilier de stabilité dans des zones marquées par la perturbation et l’instabilité. Il arrive souvent que les entreprises minières deviennent le principal fournisseur de services essentiels pour des populations qui, autrement, n’y auraient pas accès, car les infrastructures publiques fonctionnent mal. Pour prendre l’exemple de mon pays, l’Afrique du Sud : nous faisons face à des difficultés en matière de production d’électricité, d’accès à des hôpitaux, à des écoles, ou à des infrastructures de base. Et dans tous ces contextes où l’État est absent ou inefficace, c’est souvent une entreprise minière responsable qui fournit l’eau, construit des écoles, finance des hôpitaux, et soutient les habitants pour qu’ils puissent accéder aux services dont ils ont besoin. Sans ces entreprises, la situation des populations serait bien pire.
Mais, si la corruption atteint un niveau tel qu’une entreprise ne peut plus fonctionner sans verser de pots-de-vin ou se rendre complice d’activités illégales, alors les entreprises responsables doivent se retirer tout simplement. Cela ne signifie pas que l’exploitation minière cessera, car il y aura toujours des acteurs prêts à opérer de manière non responsable.