La drague d’Eramet, reliée à son usine flottante située sur un bassin artificiel et qui avance d’environ 30 mètres par jour, le 22 décembre 2024 dans le désert de Lompoul au Sénégal.
Nicolas Remene / Le Pictorium - Le Pictorium via Reuters Connect - Nicolas Remene / Le Pictorium
Le conseil d’administration d’Eramet a démis de ses fonctions le directeur général Paulo Castellari, neuf mois après son arrivée. L’Italo-Brésilien est remplacé par sa prédécesseure Christel Bories, qui reprend provisoirement la présidence et la direction du groupe minier.
Coup de tonnerre dans le secteur minier. À l’issue d’un conseil d’administration extraordinaire ce dimanche, le directeur général d’Eramet, Paulo Castellari, a été débarqué. L’Italo-Brésilien, arrivé à la tête du groupe français il y a seulement neuf mois, sera remplacé par sa prédécesseure, Christel Bories, qui occupera donc de façon intérimaire les fonctions de présidente et directrice générale. A l'ouverture de la Bourse de Paris ce lundi, l'action du minier perdait près de 7 %.
Des raisons encore floues
Christel Bories connaît bien ce poste qu’elle a occupé pendant huit ans avant de séparer les fonctions de présidence et de direction il y a un an. Au cours d’un appel téléphonique à la presse rapporté par l’Agence France Presse, Christel Bories a justifié la décision des actionnaires par un « problème de méthode », et des « divergences apparues au fil du temps » dans le « processus de prises de décision et les interactions entre le conseil d’administration et le directeur général ».
Paulo Castellari avait été annoncé en janvier 2025 et avait pris ses fonctions en mai. Venu du Brésil, son parcours était marqué par d’importantes réussites en matière de redressement d’entreprise, notamment de la mine de Minas-Rio à la suite du rachat par Anglo American. Au cours de son passage à la tête d’Eramet, Castellari aura tout de même eu le temps de présenter la stratégie ReSolution début décembre. Ce plan de redressement, consécutif à des conditions de marché difficiles, visait à diminuer les coûts à travers notamment une amélioration de la productivité et une réduction des investissements.
Christel Bories a précisé que le départ de M. Castellari « ne modifie absolument pas la stratégie » du groupe. Le plan avait été accueilli positivement sur les marchés, quelques jours seulement avant que l’action d’Eramet ne décolle plus fortement sous l’effet d’un bond des prix du lithium. L’entreprise, présente dans les sables minéralisés, le lithium, le nickel et le manganèse doit toujours présenter ses résultats annuels pour 2025 le 18 février.
Un contexte de marché sous tension
Le limogeage de Paulo Castellari intervient alors que les métaux restent chahutés, entre prix déprimés et volatilité accrue. Les cours du nickel, tombés fin 2025 à leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années, pèsent sur la rentabilité des producteurs exposés, malgré quelques rebonds techniques liés aux annonces de réduction de production en Indonésie. Sur l’ensemble des métaux critiques, le marché reste marqué par un paradoxe : une demande tirée par la transition énergétique, mais des prix qui se détendent sous l’effet d’investissements massifs et d’une offre devenue surabondante sur certains segments, comme le lithium. Dans ce contexte, Eramet, présent dans le manganèse, le nickel et en phase de montée en puissance sur le lithium, doit à la fois absorber la pression sur les cours et maintenir les investissements nécessaires pour rester un fournisseur clé de matériaux pour batteries. Sous la direction de Christel Bories, le groupe avait amorcé un recentrage stratégique sur ces métaux d’avenir, notamment avec le projet de lithium en Argentine et les partenariats en Indonésie pour le nickel. Le retour provisoire de l’ex-dirigeante pourrait rassurer investisseurs et partenaires sur la continuité de cette trajectoire, avant la nomination d’un nouveau directeur général définitif dans les prochains mois.
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