Le président américain avait promis lors de sa campagne présidentielle de réduire de moitié les prix de l'énergie. Un an plus tard, les ménages américains continuent de se plaindre de leurs factures d'électricité qui atteignent des sommets. Parmi l'un des fautifs : le développement sans précédent de l'intelligence artificielle. De quoi grandement fragiliser Trump à l'approche des élections de mi-mandat.
Les informations à retenir
Les prix de l'électricité aux États-Unis continuent d'augmenter
À l'approche des midterms, les Américains sont échaudés par le montant de leurs factures d'électricité.
Parmi les coupables : les centres de données très énergivores qui se sont multipliés avec le boom de l'intelligence artificielle.
Hiver froid, augmentation des prix du gaz, vétusté du réseau électrique… Les problèmes à l'origine des prix élevés sont aussi multiples.
Seuls les prix à la pompe ont baissé ces derniers mois, mais la montée des tensions entre l'Iran et les États-Unis pourrait faire basculer la tendance.
« Quand les Américains voient les prix de l'énergie chuter à de tels niveaux, ils n'en croient pas leurs yeux », a exulté Donald Trump mardi soir dans son discours sur l’état de l’Union. Une réalité toute autre que celle vécue par les ménages américains. Depuis son retour à la Maison-Blanche, ils n’ont pas vu leur facture se réduire de moitié comme l'avait promis le milliardaire durant sa campagne. C’est même le contraire. Les prix de l’électricité croissent plus rapidement que l’inflation. Ils ont augmenté de 6,7 % en décembre sur un an.
À l’approche des midterms, les élections de mi-mandat qui détermineront la majorité au Congrès, cette hausse des prix de l’électricité pourrait peser favorablement dans la balance pour les démocrates en novembre. Les Américains se plaignent de plus en plus du coût de la vie et la cote de popularité du président n’a jamais été aussi basse, indiquent les derniers sondages.
Échaudés par ces hausses de prix de l’électricité, les Américains ont trouvé un coupable : les centres de données. Ils ont poussé comme des champignons aux États-Unis, qui en comptent plus de 5 000 en 2025, avec le développement effréné de l’intelligence artificielle. Or, ils sont très énergivores et l’augmentation de la demande crée des tensions sur les prix. D’après des données de Bloomberg, les prix de gros de l’électricité ont subi jusqu’à 267 % d’augmentation en cinq ans, dans les zones les plus proches des data centers comme Baltimore. Une hausse qui se répercute ensuite sur les consommateurs.
« Les prix au détail pour les particuliers ont augmenté de 37 % depuis 2019 », souligne Aurélien Duthoit, économiste sectoriel chez l’assureur-crédit Coface, à La Tribune. « Les prix progressent plus vite pour les particuliers que pour les entreprises car les ménages doivent aussi payer l’entretien du réseau de distribution », complète-t-il.
Dans ce contexte, le président américain a affirmé travailler avec les « grandes entreprises technologiques » pour éviter que les ménages n’aient à payer la facture des centres de données. « Nous sommes le pays 'LE PLUS CHAUD' au monde et le numéro un en matière d'IA. Les centres de données sont essentiels à cet essor et permettent aux Américains de rester LIBRES et EN SÉCURITÉ, mais les grandes entreprises technologiques qui les construisent doivent 'payer leur part' », a écrit Donald Trump début janvier sur son réseau Truth Social. Microsoft s’est déjà engagé à ne pas être la cause de telles augmentations dans les secteurs où le groupe construit des data centers.
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Mais faire payer les entreprises ne va pas régler le déséquilibre entre l’offre et la demande. « La demande augmente considérablement, les carnets de commandes explosent pour les data centers, mais dans quelle mesure les producteurs d’électricité sont-ils incités à accroître leur production ? », questionne Aurélien Duthoit. D’après lui, les grandes entreprises qui fournissent de l’électricité, comme NextEra Energy ou encore Duke Energy, craignent de surinvestir. « Il est difficile de déterminer l’état de la demande supplémentaire liée à l’intelligence artificielle d’ici cinq ans, ils prennent le risque que les nouvelles capacités ne servent plus à rien d’ici là », estime-t-il. Résultat, il y a de grandes chances que ce soit le gaz qui viendra principalement alimenter ces centres, estime l’expert.
Vétusté, hiver froid, prix du gaz…
L’augmentation de la facture des ménages ne s’explique pas uniquement par les centres de données. Le réseau électrique fait surtout face à une problématique structurelle : sa vétusté. « Le problème des États-Unis est sa capacité à acheminer la bonne quantité d’électricité, le pays compte l’une des infrastructures les plus vieilles du monde », ajoute Aurélien Duthoit. La majorité de l’infrastructure date des années 1960 et 1970. Résultat, les ménages américains paient le coût de l’entretien du réseau. Et le pays n’est pas épargné au fil des années par les nombreuses catastrophes naturelles qui viennent empirer la situation. Les habitants de la Californie, touchée de plein fouet par les incendies, ont vu les prix de l’électricité augmenter.
Certaines régions ont traversé un hiver particulièrement froid. Les factures de chauffage ont enregistré une hausse moyenne de 9,2 % d’après la National Energy Assistance Directors Association. Le prix du gaz élevé a également alimenté cette flambée. Un ménage doit donc débourser un peu moins de 1 000 dollars pour se chauffer cet hiver.
Projets dans les renouvelables avortés
À l’approche des midterms, les marges de manœuvre de l’administration Trump sont faibles pour alléger la facture. « Il y a des choses que le gouvernement fédéral peut contrôler. Les prix locaux de l'électricité n'en font pas partie », a même déclaré en novembre sur ABC News Scott Bessent, le secrétaire au Trésor.
Mais il est reproché au gouvernement d’avoir arrêté des projets d’énergies renouvelables qui auraient justement permis d’alléger la tension de la demande pesant sur le réseau. L’administration Trump a ainsi annulé près de 680 millions de dollars de financement pour une douzaine de projets éoliens offshore l’année dernière dans onze États.
SI l’électricité a continué d’augmenter, Donald Trump s’en est cependant mieux sorti concernant les prix à la pompe. L’essence est environ à 0,74 dollar le litre en moyenne, loin du pic à 1,3 dollar en 2022 à la suite de l’invasion russe en Ukraine. « Sous la pression de l’administration américaine, l’Opep a bien réouvert les robinets et les producteurs américains ont été incités à produire plus », explique à La Tribune Olivier Gantois, président d’UFIP Énergie. Ce qui a permis de baisser les prix du baril. « Comme les Américains ont très peu de taxes sur l’essence, les dix dollars en moins sur le baril se sont retrouvés dans les prix à la pompe », complète-t-il. Mais les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont fait monter le prix du baril la semaine dernière. Et une guerre entre les deux pays n'est pas impossible. Au risque de faire grimper les prix à la pompe.