L’incertitude la plus complète règne sur les capacités de calcul que les data centers atteindront dans cinq ans seulement. Les frictions semblent inévitables entre ce qui est promis et la réalité, exposant le secteur à des déséquilibres, d’après une étude Coface.Les capacités des centres de données vont croître à coup sûr d’ici à 2030, dopées par la course à l’intelligence artificielle. Mais pour atteindre quel niveau ? 122 gigawatts de puissance électrique ? Ou plutôt 300 gigawatts ? La différence est énorme mais elle reflète le degré extrême d’incertitude qui règne actuellement. Il n’y a tout simplement pas de consensus sur le niveau qu’atteindront nos infrastructures dans seulement cinq ans, alors même que les projets sont déjà signés. « Nous ignorons si ces capacités vont être multipliées par trois ou par six. Le nombre d’hypothèses est trop important pour s’accorder sur un scénario central», nous explique Aurélien Duthoit, économiste chez le spécialiste de l’assurance-crédit Coface et qui vient de publier une étude sur le sujet.
Les prévisions diffèrent même en moyenne de 80% entre l’Agence Internationale de l’Energie et le cabinet McKinsey, par exemple. Et ce n’est pas un détail vu les investissements en jeu. Aurélien Duthoit a donc passé en revue les différents scénarios possibles à venir. Et sa conclusion est sans appel : il y aura inévitablement des frictions, étant donné l’ampleur de la trajectoire de croissance et sa rapidité. « Too much too fast ? », s’interroge l’économiste.
Des annulations et des reports à prévoir
Le pari fou des data centers va d’abord se heurter à des réalités physiques et la possibilité d’une surchauffe. Une partie des projets prévus ne se fera sans doute pas en 2030. Parce que certains seront annulés ou reportés à cause de contraintes de construction (délais d’obtention des permis, problèmes de main-d’œuvre, temps de livraison du matériel), de difficultés de raccordement à l’eau ou d’approvisionnement en énergie.
En prenant uniquement en compte le facteur du raccordement électrique, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que 20% des infrastructures ne seront pas au rendez-vous dans cinq ans. Cela représente 750 milliards de dollars d’investissements. Avec pour conséquences des retards de paiements, des problèmes d’invendus et de surcoûts. Le choc serait alors absorbé par l’aval de la chaîne : les exécutants, les fabricants d’équipements ou les sociétés d’ingénierie.