ANALYSE. Aux confins des enjeux géopolitiques et économiques, les terres rares ont à la fois bousculé la diplomatie avec la Chine et mis en péril des industries occidentales. 2025 a agit comme un électrochoc pour l'Europe, mais l'issue de la course à l'autonomie reste incertaine.L’histoire suivante est rapportée par les autorités chinoises. Au cours du mois de juillet dernier, alors que les pénuries de terres rares mettaient sous pression les industries occidentales, les services des douanes de Pékin interceptent des oxydes dissimulés dans des colis. Tantôt mêlés à des carreaux de céramique, parfois enfouis à l’intérieur de mannequins en plastique, et même cachés dans de simples bouteilles d’eau, les procédés rivalisent d’ingéniosité. Une créativité révélatrice de la valeur de ces substances, et de la nécessité de les faire sortir de Chine qui concentre 60 % de l’extraction mondiale et près de 90 % des capacités de raffinage.
Les enjeux entourant la production des dix-sept éléments chimiques disent beaucoup du malaise industriel contemporain. Si les Occidentaux en sont venus, aujourd’hui, à user de manigances et de stratagèmes pour récupérer ces métaux, c’est d’abord parce qu’ils en ont, dès la fin du XXᵉ siècle, délégué la production au géant asiatique. Fort de ce quasi-monopole, Pékin n’a eu qu’à s’en saisir en 2025 pour en faire une arme économique.
La poudre des terres rares, l’étincelle des tarifs
En octobre dernier, Jean-Wilfried Diefenbacher a fait paraître aux éditions Hermann La Guerre du métal. L’Europe : vassalité ou souveraineté ? Issu d’un travail d’écriture engagé dès décembre 2024, l’ouvrage apparaît, au-delà d’un appel au sursaut européen, comme un point d’entrée particulièrement éclairant pour comprendre l’étrange année 2025 des terres rares.