Le navire, qui inquiète les autorités, est soupçonné d’être impliqué dans les survols de drone au Danemark. La raison de sa présence est encore floue.
Quelque part entre l’île de Noirmoutier et le parc éolien offshore de Saint-Nazaire, à quelques encablures de l’estuaire de la Loire, se dessinent les 244 mètres de long de ce pétrolier au mouillage.
Parti de Primorsk en Russie et naviguant sous pavillon béninois, il paraît banal tant les navires de sa classe sont courants dans le chenal qui va jusqu’à la raffinerie de Donges. Seulement, depuis plus d’un an, le bateau est inscrit dans le registre des navires de la flotte fantôme russe, sous sanction occidentale.
Enjeu sécuritaire
Si le Pushpa - dernier nom en date de ce bâtiment qui en a connu près d’une dizaine d’autres depuis sa construction il y a 20 ans -, est en mouillage au large de Saint-Nazaire, ce n’est vraisemblablement pas pour approvisionner l’hexagone en pétrole. Pourtant avec ses plus de 50 000 tonnes de jauge brute, le navire pourrait contenir entre 100 000 et 120 000 litres d’or noir si ses cuves sont pleines.
Cependant, le doute persiste sur la véritable raison de sa présence si proche des côtes, au point de susciter l’inquiétude des autorités maritimes qui ont ouvert une enquête diligentée par le parquet de Brest pour « défaut de documentation de la nationalité et du pavillon du navire » et « refus d’obtempérer ». Car, la trajectoire du Pushpa interpelle : alors que sa destination est l’Inde, il bifurque, au large de Brest, vers le golfe de Gascogne avant de virer de bord de nouveau : cap vers l’est, direction Saint-Nazaire, avant d'être arraisonné dès samedi par la Marine nationale. Selon l'Agence France Presse, ce mercredi après-midi, des militaires, en treillis et cagoulés, patrouillaient sur le pont du bateau.
Trajet du Pushpa (Crédits : DR)
« Le Pushpa profite de la particularité du plateau continental à cet endroit : C’est-à-dire qu’il peut être au mouillage, abrité car proche des côtes, protégée par l’anse formée entre Belle île et Noirmoutier, tout en étant dans les eaux internationales à la limite des eaux françaises », explique pour La Tribune Paul Tourret, directeur Institut Supérieur d’Économie Maritime.
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Preuve de l’importance du sujet, le président de la république en personne a justifié cette enquête en marge d’un sommet européen à Copenhague : « Il y a eu des fautes très importantes qui ont été commises par cet équipage qui justifient d’ailleurs que la procédure soit judiciarisée aujourd’hui », a déclaré Emmanuel Macron. Il y a 2 mois, un précédent tanker de la flotte fantôme russe avait été arraisonné dans la même zone avant de reprendre sa route.
Si le Pushpa inquiète plus que les autres, c’est parce qu’il est soupçonné d’être à l’origine des survols de drones du Danemark survenus au cours des dernières semaines. En effet, au cours du survol de l’aéroport de Copenhague, le Pushpa, avec deux autres bateaux suspects, traversait les eaux danoises, surveillé de près par un navire militaire allemand.
Ce n’est pas la première fois que le navire fait l’objet d’une enquête. Le 11 avril dernier, le pétrolier qui naviguait sans pavillon et sous le nom de Varuna avait été arrêté dans les eaux estoniennes alors qu’il arrivait d’Inde. À son bord : un capitaine chinois et 24 membres d’équipage. Au cours de ce voyage, le propriétaire du bateau était une entreprise mauricienne qui ne possédait que cet unique pétrolier. Peu de temps après, le navire est vendu à une autre société, pour un nouveau voyage vers l’Inde au cours duquel il change de nom et de pavillon, rendant ainsi sa traque toujours plus complexe.
« Être sous pavillon d’un pays signifie avant tout être inscrit dans ses registres. Or, le Bénin n’a pas vraiment de registre, c’est une société basée aux Émirats arabes unis qui gère l’enregistrement de navires pour le compte du pays. C’est une zone grise » , souligne Paul Tourret.
Parfois, certains de ces navires vétustes de la flotte fantôme n’hésitent pas à changer de pavillon en pleine mer. Non loin de là ou le Pushpa a posé l’ancre, un autre pétrolier de la flotte fantôme, le Maïsha, s’était déjà arrêté en mai dernier, stationnant pendant deux mois avant de lever l’ancre et opter pour un pavillon béninois. « Peu de temps avant qu’il ne s’abrite dans cette anse entre Belle-Île et Noirmoutier, le Maïsha venait d’être inscrit au registre des navires de la flotte fantôme par le Royaume-Uni, il devait craindre de passer la mer du Nord », explique Paul Tourret.