Pétrole : Séoul, Tokyo, New Delhi... Les stratégies asiatiques face au blocage d'Ormuz

Une raffinerie du groupe pétrochimique Shandong Haiyou dans le comté de Ju, province du Shandong, en Chine.
FL - REUTERS - DOMINIQUE PATTON

Une raffinerie du groupe pétrochimique Shandong Haiyou dans le comté de Ju, province du Shandong, en Chine.
FL - REUTERS - DOMINIQUE PATTON
Le blocage du détroit d'Ormuz force les puissances asiatiques à puiser dans leurs réserves (254 jours pour le Japon) pour compenser l'arrêt des livraisons du Golfe.
Pékin aggrave la pénurie régionale en suspendant ses exportations de diesel et d'essence, isolant les pays importateurs de l'Asean comme les Philippines ou le Vietnam.
L'Inde émerge comme un pivot alternatif en raffinant massivement du brut russe, tandis que le Bangladesh et la Birmanie instaurent un rationnement strict à la pompe face à l'envolée des cours.
Les économies d'Asie, dont la croissance repose sur une dépendance critique aux hydrocarbures transitant par le détroit d'Ormuz, sont entrées dans une phase de gestion de crise. Les perturbations de l'offre de pétrole et de gaz sont devenues une réalité qui force chaque capitale à déployer des arsenaux de mesures d'urgence pour limiter l'impact sur leur PIB.
La riposte des capitales asiatiques s'articule autour de stratégies hétérogènes, dictées par leurs marges de manœuvre budgétaires et la robustesse de leurs infrastructures de stockage. Cette cartographie des mesures d'urgence révèle des disparités entre les puissances industrielles sécurisées et les économies émergentes, contraintes à des arbitrages radicaux.
Séoul a instauré cette semaine un système de plafonnement des prix des produits pétroliers. L'objectif est double : protéger le pouvoir d'achat des ménages et préserver la compétitivité d'une industrie technologique extrêmement énergivore. Dépendante à 70 % du brut moyen-oriental, la Corée du Sud joue la montre. Le gouvernement a sécurisé une livraison d'urgence de 4 millions de barils via les Émirats arabes unis, évitant stratégiquement le passage par Ormuz. Toutefois, la vulnérabilité structurelle demeure si le blocus persiste au-delà du trimestre.
Tokyo adopte une approche prudente, centrée sur la solidarité internationale et l'utilisation de ses stocks colossaux. L'archipel dispose de réserves équivalentes à 254 jours de consommation de pétrole et trois semaines de gaz naturel liquéfié (GNL). En participant ce lundi à une réunion du G7, le Japon cherche à coordonner un éventuel déstockage massif pour lisser les prix mondiaux. Si ce levier peut amortir le choc à court terme, il ne saurait annuler l'inflation importée si les flux du Golfe restent nuls.
New Delhi émerge comme le grand gagnant relatif de cette crise. En continuant d'importer du pétrole russe — avec l'aval tacite de Washington —, l'Inde optimise ses gigantesques capacités de raffinage, notamment le complexe de Jamnagar. Le pays dispose de 7 à 8 semaines de réserves de produits finis et s'apprête à remplacer la Chine comme fournisseur principal de l'Asie du Sud-Est. Cette souveraineté énergétique affichée permet à l'Inde de ne pas dépendre des accords tiers, tout en captant des marges de raffinage historiques.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Pour ces économies, l'heure est à la sécurisation accélérée des cargaisons de GNL. Taïwan a déjà sécurisé 20 cargaisons sur les 22 prévues pour le printemps. Au Vietnam, le gouvernement a réduit à zéro les taxes douanières sur les carburants pour stabiliser le marché intérieur. En Thaïlande, le prix du diesel est plafonné pour 15 jours. Cependant, ces mesures pèsent lourdement sur les finances publiques. Sans capacités de stockage de longue durée, ces pays sont les plus exposés à une prolongation du conflit au Moyen-Orient.
Dans les économies les plus fragiles, la crise se lit déjà sur le bitume. La Birmanie et le Bangladesh ont instauré des mesures de rationnement strictes, provoquant des files d'attente interminables et des incidents violents devant les stations-service. Aux Philippines, l'État impose désormais la semaine de quatre jours pour réduire la consommation nationale de 10 à 20 %. Ces mesures administratives révèlent une incapacité à absorber le choc des prix et font peser un risque majeur de déstabilisation sociale dans toute l'Asie du Sud.
Le scénario central pour les six prochains mois table sur une tension prolongée sans rupture totale, sous réserve d'une réouverture partielle d'Ormuz. Chaque hausse de 10 % du prix du baril pourrait amputer la croissance régionale de 0,3 point d'inflation supplémentaire.
À plus long terme, le repli protectionniste de la Chine modifie durablement la géopolitique de l'énergie en Asie. La perception de la Chine comme un fournisseur peu fiable pousse ses voisins à diversifier leurs sources vers le Canada, les États-Unis et la Russie. Ce basculement, bien que coûteux, pourrait accélérer les projets d'interconnexion énergétique régionale et, paradoxalement, stimuler les investissements dans les énergies décarbonées pour réduire une dépendance aux hydrocarbures devenue insoutenable.
(Avec AFP)
Neogy, Delfox, Tehtris : nouvelle hécatombe de start-up dans l'écosystème bordelais
Nouvelle usine à Douvrin, projet à Toulouse... L'ETI Netexial surfe sur les quelques succès de la réindustrialisation tricolore
Gaz : une hausse de 7,4% au 1er juillet pour 6 millions de ménages
Après les bouteilles de plongée, le rhodanien RotH2 s'outille pour son virage vers l'hydrogène