État, distributeurs… À qui profite vraiment la hausse des prix de l'essence ?

Selon les prix à la pompe recensés par Bercy, le litre de SP-95/E10 se vendait jeudi matin en moyenne à 1,78 euro.
CP/ - REUTERS - Charles Platiau

Selon les prix à la pompe recensés par Bercy, le litre de SP-95/E10 se vendait jeudi matin en moyenne à 1,78 euro.
CP/ - REUTERS - Charles Platiau
L'État est-il vraiment le « grand gagnant » des prix des carburants, qui ont augmenté rapidement avec la guerre au Moyen-Orient ? Sur une semaine, la hausse est de « 5 à 15 centimes d'euros sur le SP95 » et de « 15 à 20 centimes sur le gazole », a indiqué le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans une interview au Parisien jeudi 5 mars.
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a déclaré jeudi que l’État « ne peut pas s'enrichir sur le dos de la crise ». Et le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, a affirmé que « l’État » était le « grand gagnant » de la hausse du prix de l'essence car « plus de 51 % du prix que vous payez à la pompe part directement dans les poches de l'État ».
Ce qu'il en est réellement. Selon l'Union française des industries pétrolières (Ufip), le prix du litre de carburant se compose d'environ 30 % du coût des matières premières, de 50 à 55 % de taxes (TVA et accise sur les produits pétroliers) et de 15 à 20 % de coûts de distribution.
En l'occurrence, « la plus grande part des recettes (fiscales) liées au carburant », à savoir l'accise sur les produits pétroliers (ex-TICPE, taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), « ne dépend pas du prix du carburant », a martelé le ministère de l'Économie. « La seule part qui va augmenter quand les prix augmentent, c'est la TVA », fixée à 20 %.
« Un choc pétrolier n'a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques » car « ça affecte la croissance et donc ça affecte les recettes de l'État », a par ailleurs souligné le ministère de l'Économie lors d'un point presse téléphonique.
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Ce que proposent les oppositions. La cheffe des députés RN, Marine Le Pen, a tout de même proposé mercredi de baisser des taxes sur les carburants pour compenser les hausses. Son parti réclame depuis plusieurs années de réduire la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants, le fioul et le gaz. Jordan Bardella a aussi appelé dès lundi à baisser TVA et accise sur les produits pétroliers « en cas de flambée ». Une demande qu'il a réitérée jeudi à Lille.
Le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Éric Coquerel (LFI), a, lui, demandé au gouvernement de « réfléchir à un blocage des prix » de l'essence. Et « si la situation perdure », que le gouvernement procède à « des ajustements » sur l'accise.
Ce qu'il en coûterait à l'État. Mais pour le gouvernement, pas question d'agir à ce stade sur des taxes dont l’État a besoin et qui, assure-t-il, ne dépendent pas tant du prix de l'énergie. La ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon a estimé « inconcevable » de baisser TVA et TICPE, car cela entraînerait un trou de près de 20 milliards d'euros dans le budget de l'État.
L'entourage du ministre de l’Économie Roland Lescure a fustigé « le RN, qui fait toujours son beurre sur les sujets énergétiques, et certains qui ont pris la parole » pour dire que l’État était « le grand gagnant », estimant qu'ils se « servent de la situation pour tirer leur épingle du jeu ».
Les distributeurs en profitent-ils ? Parallèlement, Bercy a reçu jeudi matin les distributeurs de carburant pour « s'assurer » qu'ils ne pratiqueraient pas de hausses exagérées des prix, par rapport à celle des cours du pétrole. Lors de la réunion, Roland Lescure a exhorté à « être solidaire dans la crise, gouvernement, énergéticiens, revendeurs, etc. ». En d'autres termes, à ne pas se renvoyer la responsabilité des hausses de prix, a rapporté un participant.
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Le ministre a déclaré jeudi dans Le Parisien avoir « demandé aux différents acteurs (…) de regarder chez eux "qui exagère" » et vouloir rendre publics leurs noms si « les faits sont confirmés ». « Il y a la mise en garde : "pas d’abus" », a rapporté un autre distributeur. Toutefois, selon Bercy, la « majorité des distributeurs se comportent normalement ».
(Avec AFP)
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