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Arabie saoudite : MBS obtient des F-35 sans céder sur la norme américaine sur le plutonium

latribune.fr

Publié le 18 novembre 2025 à 10:48

L'acquisition des F-35, avions que seul Israël possède actuellement au Moyen-Orient, est un objectif majeur pour Riyad, désireux de renforcer ses systèmes avancés de défense aérienne et antimissile.

L'acquisition des F-35, avions que seul Israël possède actuellement au Moyen-Orient, est un objectif majeur pour Riyad, désireux de renforcer ses systèmes avancés de défense aérienne et antimissile.

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Riyad refuse catégoriquement d’abandonner le droit d’enrichir l’uranium et de retraiter le plutonium, le cœur du « gold standard » américain, transformant la négociation en bras de fer pour l’autonomie stratégique et la vente des avions F-35.

La rencontre entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, à la Maison-Blanche s’est soldée par une double annonce : la signature d’un accord-cadre sur le nucléaire civil et l’approbation de la vente des avions de combat F-35. En qualifiant l’Arabie saoudite d’« allié super », le président américain signale sa volonté d’avancer rapidement sur ce dossier, et ce, malgré la période tendue suivant l’assassinat du chroniqueur du Washington Post, Jamal Khashoggi, en octobre 2018. MBS, dirigeant de facto du royaume, était d’ailleurs reçu par Donald Trump quelques mois avant cet événement, témoignant de leurs relations étroites, scellées par des promesses d’investissement de 600 milliards de dollars.

L’acquisition des F-35, avions que seul Israël possède actuellement au Moyen-Orient, est un objectif majeur pour Riyad, désireux de renforcer ses systèmes avancés de défense aérienne et antimissile. Cependant, cette vente est inséparable d’un autre enjeu : la position de l’Arabie saoudite dans le cycle du combustible nucléaire. L’accord-cadre signé est volontairement imprécis, n’étant pas un accord 123 définitif, permettant aux deux parties de revendiquer un progrès tout en repoussant la résolution du véritable point bloquant.

Le « gold standard », la ligne rouge américaine

Pour que les États-Unis transfèrent des technologies nucléaires civiles à un partenaire, le gouvernement américain exige la signature d’un accord 123, fondé sur la section 123 de la loi américaine sur l’énergie atomique de 1954. Ce cadre juridique impose neuf critères stricts de non-prolifération : garanties perpétuelles sur les matières transférées, de sécurité physique, d’usage pacifique uniquement​ ; interdiction d’enrichissement du matériel nucléaire américain​, de retraitement du plutonium​, de retransférer les produits non autorisés, de stockage de matières fissiles hautement enrichies​ ; droit de retrait des technologies transférées​ et, enfin, application rétroactive à tous les matériaux et installations produits.

Le point de friction central, celui qui a paralysé les discussions depuis des années, réside dans le « gold standard » traditionnel de cet accord. Cette norme impose à l’État partenaire de renoncer légalement et irrévocablement à deux capacités : l’enrichissement d’uranium sur son territoire et le retraitement du plutonium provenant des combustibles usés. Les Émirats arabes unis ont accepté cette contrainte en 2009, établissant la référence pour Washington. Riyad, en revanche, refuse obstinément de se plier à cette exigence.

Le risque de détournement du plutonium

Le refus saoudien de renoncer au retraitement du plutonium n’est pas un détail technique, mais une question de prolifération majeure, pour des raisons scientifiques et stratégiques. Le combustible usé des réacteurs contient environ 1 % de plutonium, une matière fissile produite naturellement. Le retraitement, réalisé via le processus Purex (Plutonium Uranium Extraction), sépare chimiquement ce plutonium du reste du combustible, créant une matière fissile isolée et manipulable.

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Une fois isolé, le plutonium devient potentiellement utilisable pour des armes nucléaires, même s’il n’est pas de qualité militaire optimale. La construction et l’opération d’une telle installation de retraitement sur le sol saoudien créent un risque théorique de détournement vers un programme militaire. C’est la raison pour laquelle Washington cherche à conserver un contrôle absolu sur ces technologies sensibles. Permettre à Riyad d’accéder à cette capacité créerait, de fait, un précédent dangereux qui alimenterait une « spirale de prolifération » au Moyen-Orient, d’autant que l’Iran enrichit déjà son uranium et accumule des stocks record.

L’autonomie stratégique de Riyad

L’Arabie saoudite ancre son refus de l’accord 123 « gold standard » dans une quête d’autonomie stratégique profonde. Le contrôle complet du cycle du combustible nucléaire, incluant l’enrichissement et le retraitement, est perçu par les dirigeants saoudiens comme un élément fondamental de souveraineté. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a martelé en janvier 2025 que le royaume « enrichira l’uranium, le vendra, et produira du yellowcake » (concentré d'uranium).

Riyad refuse d’être assujetti à des restrictions plus contraignantes que celles appliquées à d’autres États sur la scène internationale, insistant sur le fait que cette restriction créerait une asymétrie intenable face à ses rivaux régionaux, l’Iran et Israël. Riyad s’appuie sur deux précédents : l’Inde dispose d’un accord 123 qui autorise le retraitement ; et la Corée du Sud a obtenu le droit d’enrichir de l’uranium dans son accord 123 révisé en 2015.

Pour MBS, s’y soumettre reviendrait à accepter une infériorité stratégique permanente. Le gouvernement américain, y compris Donald Trump, fait face à une position saoudienne inébranlable sur ce point.

L’ombre du partenariat saoudo-pakistanais

La pression exercée par Riyad dans les négociations américaines est considérablement renforcée par un développement récent : la signature, en septembre 2025, d’un accord stratégique de défense mutuelle avec le Pakistan. Cette alliance change la donne. Elle dote l’Arabie saoudite d’une option de repli non négligeable.

Le ministre de la Défense pakistanais a publiquement indiqué que l’arsenal nucléaire de son pays était « à la disposition de l’Arabie saoudite ». Cette menace de contournement est explicite : selon le journaliste Bob Woodward, le prince héritier aurait affirmé au sénateur Lindsey Graham : « Je n’ai pas besoin d’uranium pour faire une bombe. Je peux en acheter une au Pakistan. »

Cette proximité stratégique avec une puissance nucléaire établie permet à Riyad de négocier l’accord 123 en position de force. Accepter les restrictions américaines est perçu comme accepter d’être vulnérable stratégiquement. Si Washington maintient l’interdit sur l’enrichissement et le retraitement, Riyad dispose d’une alternative crédible via la Chine ou le Pakistan, réduisant la pression américaine dans les négociations.

Face à l’impasse structurelle, une solution dite de « boîte noire » est explorée depuis 2023. Le principe : les États-Unis construiraient et exploiteraient une usine d’enrichissement sur le sol saoudien. Seul le personnel américain aurait accès à l’installation, satisfaisant ainsi l’objectif saoudien d’avoir une infrastructure nationale tout en maintenant le contrôle américain sur la technologie.

Cette solution permettrait à Riyad de commercialiser de l’uranium enrichi produit aux États-Unis. Cependant, cette approche est perçue comme un pis-aller dangereux par les experts en non-prolifération, car elle présente des faiblesses majeures. D’abord, les États-Unis reconnaissent qu’un tel accord impliquerait un transfert de technologie résiduelle qui rompt avec les normes classiques, car même sans accès direct, le personnel saoudien serait exposé au processus. Ensuite, la présence de l’usine sur le territoire offre inévitablement aux ingénieurs saoudiens la possibilité d’acquérir progressivement du savoir-faire pour, à terme, négocier un accès accru ou construire leurs propres installations. Ce compromis ne résout pas la question de la non-prolifération.

Le veto israélien

Le projet d’assouplissement de l’accord 123, bien que soutenu par Donald Trump, rencontre une résistance ferme au Congrès américain, y compris dans les rangs républicains. Le risque d’ouvrir un précédent de prolifération régionale est une préoccupation majeure.

De plus, la vente des F-35 est liée aux accords d’Abraham et à la reconnaissance d’Israël, objectif de Donald Trump. Selon le média Axios, Israël souhaite que toute vente américaine de F-35 à Riyad soit conditionnée à l’abandon de l’enrichissement d’uranium. Cette condition, imposée par Israël, complique d’autant plus les négociations. Donald Trump souhaite plutôt dissocier ces enjeux pour « faciliter » l’accord, mais la tension entre les objectifs de sécurité d’Israël et l’autonomie stratégique de Riyad demeure non résolue.

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L’accord-cadre signé en novembre 2025 ne résout donc pas le point bloquant central, mais sert d’accord de transition et de façade diplomatique. Il permet à l’administration Trump de revendiquer une « victoire » et à Riyad de poursuivre ses négociations sans s’engager définitivement. L’impasse est structurelle : d’un côté, Riyad ne peut accepter une infériorité stratégique permanente face à l’Iran ; de l’autre, Washington ne peut autoriser le retraitement du plutonium sans affaiblir le régime de non-prolifération nucléaire. Les vrais enjeux – enrichissement d’uranium, retraitement du plutonium, et maîtrise du cycle du combustible – sont repoussés au moment de la négociation du véritable accord 123, qui s’annonce très tendue.

latribune.fr

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