L'électricien tricolore comptait sur la remise en service, après 2030, d’une usine de Westinghouse au Royaume-Uni pour étendre l’usage de l’uranium recyclé et mettre un terme à sa dépendance à Moscou. Mais, selon nos informations, ce scénario n'est plus d'actualité.Les ambitions d’EDF d’accroître l’utilisation d’uranium recyclé dans son parc nucléaire d’ici aux années 2030, tout en se défaisant de la Russie, ont du plomb dans l’aile. Alors que l’électricien est régulièrement pointé du doigt pour le maintien de ses relations commerciales avec une filiale du géant russe Rosatom pour le recyclage de son uranium de retraitement, le groupe tricolore s’était engagé à travailler à une diversification en s’appuyant sur le développement d’une usine de conversion en Europe occidentale. « Cette diversification prendra une dizaine d’années afin d’être pleinement opérationnelle », précisait EDF dans un e-mail adressé à La Tribune en février 2024. Aujourd’hui encore, EDF affirme travailler à cette « diversification ». Toutefois, selon nos informations, le plan sur lequel tablait le groupe tricolore est largement compromis.
Pour mémoire, l’uranium de retraitement (URT) désigne l’uranium issu des combustibles nucléaires utilisés une première fois dans les réacteurs d’EDF, après retraitement dans l’usine de La Hague d’Orano. Il s’agit d’une matière valorisable, et non d’un déchet, car elle peut être utilisée une seconde fois dans les centrales du parc atomique, après avoir été convertie puis enrichie. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon, le mono-recyclage. Rosatom possède le seul site dans le monde capable de convertir de l’uranium de retraitement, avant son réenrichissement, qui peut lui être effectué en Russie ou aux Pays-Bas. Il devient alors de l’URE (uranium de retraitement enrichi).
Pour se défaire, à terme, de la Russie, l’électricien tricolore misait sur la remise en service de l’usine de conversion d’uranium de Westinghouse, sur le site de Springfield (Royaume-Uni). Laquelle aurait pu consacrer une partie de ses capacités à l’uranium de retraitement. « Westinghouse et Cameco, son actionnaire principal, avaient obtenu une aide financière du gouvernement britannique pour mener une étude de faisabilité », retrace Teva Meyer, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la géopolitique nucléaire. Officiellement, une décision conjointe du gouvernement britannique et de l’entreprise nord-américaine, pour acter, ou non, le lancement de ce projet est attendue d’ici à la fin de l’année.