Guerre au Moyen-Orient : pourquoi le prix des bouteilles d'eau risque d'augmenter
latribune.fr
La fabrication de bouteilles en plastique est menacée par le blocage du pétrole brut dans le Golfe.
Photographer - Hans Lucas via AFP - Romain Doucelin / Hans Lucas - ROMAIN DOUCELIN
La production d'éthylène, une matière utilisée dans de nombreux produits en plastique, est menacée par le blocage du détroit d'Ormuz. Des entreprises asiatiques sont même déjà forcées de réduire leur production de plastique.
Une inquiétude commence à se faire entendre chez les industriels : et si la guerre au Moyen-Orient provoquait une pénurie de plastique ?
Le quasi-bloquage du détroit d'Ormuz provoque des remous dans le transport mondial de matières premières. Le pétrole brut en direction de l'Asie a notamment fait les frais de la riposte iranienne à l'attaque américaine débutée le 28 février. Mais cette situation menace toute une industrie : celle dépendant du naphta, issu du raffinage de pétrole brut. Face à la difficulté pour les bateaux de traverser le golfe, l'offre se tend : les cours du naphta ont explosé de 60 % en deux semaines.
Une situation qui menace directement la production de nombreux plastiques. Le naphta est un composant essentiel de l'éthylène. Et cette molécule sert elle-même de brique de départ aux polyéthylènes (qui permettent la fabrication de sacs en plastique, de bouteilles d'eau ou encore de tuyaux en PVC). Le naphta sert aussi à la fabrication de nombreux produits chimiques comme des détergents, solvants ou antigels.
Les industriels japonais et coréens menacés
Cette situation inquiète particulièrement les industriels asiatiques. Le Japon et la Corée du Sud, où l'industrie pétrochimique est un poids lourd économique, sont en effet dépendants des pays du Golfe pour leur approvisionnement en naphta : 74 % des importations japonaises de naphta en proviennent, selon la fédération nationale du secteur.
« Nous estimons que les stocks de naphta au Japon correspondent actuellement à environ 20 jours de consommation. Si Ormuz restait (encore) fermé pendant deux à trois semaines, cela pourrait avoir un impact majeur sur l'activité à partir d'avril », avertissaient la semaine dernière les analystes de Nomura.
Tous les pays asiatiques ne vont cependant pas souffrir de la même manière. Cette crise intervient alors que Japon et Corée du Sud fermaient déjà des installations pétrochimiques vieillissantes en raison d'une surcapacité chronique de la Chine - pays doté de complexes intégrés de raffinage et pétrochimie bien plus compétitifs. La Chine, justement, se voit actuellement relativement épargnée, grâce à ses capacités de raffinage et sa possibilité de recourir au naphta russe.
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Hausse du prix du PVC également annoncée
Reste que, face à ce manque de pétrole brut, les tensions apparaissent déjà sur le continent. Selon l'agence Bloomberg, six des 12 usines d'éthylène du Japon ont déjà réduit leur production, deux semaines après le début du conflit. « Nous avons estimé qu'une réduction des importations de naphta était inévitable. Notre objectif est d'éviter l'arrêt de nos activités en raison d'une pénurie de matières premières », a notamment expliqué à l'AFP une porte-parole de Mitsubishi Chemical.
En conséquence, les prix devraient augmenter. Shin-Etsu Chemical relèvera nettement le prix de vente du polychlorure de vinyle (PVC) sur le marché japonais à compter du 1ᵉʳ avril. « Le prix de l'éthylène, matière première du PVC, a flambé et nous avons été contraints de réduire notre production en raison des restrictions de quantité imposées par nos fournisseurs. Il n'y a pas de perspectives claires sur l'approvisionnement futur en éthylène », a déploré le groupe.